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Interview. Xavier Beauvois : « J’avais envie d’un film sur les femmes »

Interview. Xavier Beauvois : « J’avais envie d’un film sur les femmes »
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Dévoilé en première mondiale dans la section Special Presentations au 42e festival de Toronto, Les Gardiennes est le 7e long métrage de Xavier Beauvois – prix du jury et Grand Prix à Cannes en 1995 et 2010 pour N’oublie pas que tu vas mourir et Des hommes et des dieux, en vitrine à Venise en 2000, 2005 et 2014 avec Selon Matthieu, Le Petit Lieutenant et La Rançon de la gloire.

Son nouvel opus est le premier film d’époque de sa carrière, mais c’est aussi une œuvre « féministe » avec, en têtes d’affiche, Nathalie Baye, Laura Smet et Iris Bry. Rencontre.

Cineuropa : Comment avez-vous découvert le roman d’Ernest Pérochon, Les gardiennes, et pourquoi avoir décidé d’en faire un film ?

C’était l’un des auteurs préférés de Maurice Pialat et Sylvie Pialat (Les Films du Worso) m’en avait parlé il y a quelques années. Je ne l’avais pas lu, mais je l’avais à côté de moi. J’avais un autre projet de film de guerre très compliqué à produire car c’était en 39-45, en anglais et en français, donc je me suis dis : « tiens, je vais lire ce truc ». Et cela m’a tout de suite énormément intéressé. D’abord, parce que j’avais réalisé beaucoup de films sur les hommes. Car même si c’était Nathalie Baye qui avait le rôle principal dans Le Petit Lieutenant, c’était écrit pour des hommes, et Des hommes et des dieux et La Rançon de la gloire aussi. J’avais envie d’un film sur les femmes. J’ai aussi été marqué par Les Parapluies de Cherbourg : c’est la guerre d’Algérie et on voit ce qui se passe à l’arrière, ces femmes qui perdent leurs fiancés, qui sont enceintes, qui se marient, le type qui revient alcoolique, qui perd son travail, les attentats à la grenade, et on apprend des choses… J’ai trouvé que c’était passionnant de parler de la guerre, mais pas sur le front, et Les Gardiennes m’en donnait l’occasion. C’était aussi la première fois que j’adaptais un roman et cela m’a beaucoup excité de m’approprier un livre. On se sert des personnages, on en invente d’autres, on change de région et cela devient notre scénario; on le critique et cela devient le tournage que l’on critique à son tour au montage et, à la fin, le film n’a plus grand chose à voir avec le roman tout en étant complètement relié à lui. La plus grand différence avec le livre, c’est que j’ai enlevé beaucoup de personnages d’enfants car ils grandissent dans la vie et c’est très compliqué à tourner pour un film qui commence en 1914 et finit en 1919.

Votre film se déroule dans la campagne française pendant la Première Guerre Mondiale. Quelles recherches avez-vous menées ?

J’habite depuis 12 ans à la campagne et je suis entouré de fermes, de vaches… J’avais aussi un grand-père paysan et la campagne me touche. L’époque du film m’intéressait également beaucoup avec ces femmes qui faisaient tous les métiers des hommes comme la conduite des bœufs, le labour, le hersage… Et c’était dur pour elles ! Quand on se lance dans un film, c’est forcément sur quelque chose qui nous passionne et on a le temps de lire, de se spécialiser, et de rencontrer des « profs » formidables. J’ai été notamment épaulé par un historien pendant toute la préparation, pour une tonne de détails allant jusqu’à l’élagage des arbres à côté de la ferme pour qu’ils correspondent à ce qui se pratiquait à l’époque. Et il y a également des choses qu’on a besoin de savoir même si elles ne sont pas dans le film.

Comment avez-vous travaillé sur le rythme du film, la vie à la campagne étant par nature plutôt tranquille ?

Ce sont toujours des compromis. Si l’on veut vraiment filmer la campagne, chaque jour est quasiment identique. Dans le film, il y a plusieurs saisons et plusieurs années, donc cela a été assez compliqué à doser et j’ai coupé beaucoup de plans.

La manière dont vous filmez la campagne évoque parfois des tableaux.

Je me suis quand même retenu, parce que je ne voulais pas que chaque plan soit un tableau. Mais j’ai glissé exactement un tableau de Degas quand la fille se lave de dos. D’ailleurs, en parlant de ça, j’ai refait aussi le plan de L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat des frères Lumière. Sinon, c’est vrai que j’ai étudié beaucoup de peintures, mais il ne faut oublier qu’en France à l’époque, l’agriculture, c’était 80 % de l’activité économique. Donc les peintres qui étaient des gens qui s’intéressaient au travail ont produit énormément de tableaux sur la campagne et le travail à la campagne : Van Gogh à ses débuts avec son paysan fatigué devant la cheminée, Millet, et beaucoup d’autres. Cela aurait trop simple d’en faire trop et c’était un piège dans lequel je ne voulais pas tomber.

Propos recueillis par Fabien LEMERCIER

Source partenaire : Cineuropa

Synopsis – 1915. A la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l’assistance publique pour les seconder. Francine croit avoir enfin trouvé une famille…



Photo de Une – Xavier Beauvois (© Claude Lair)



 

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