Le Cas Richard Jewell ou comment un héros (trop) ordinaire devient la victime (trop) facile d’une société menée par une presse toute puissante et sans considération aucune pour l’individu, alliée à un FBI injuste. Pour la cinquième fois consécutive, Clint Eastwood s’empare d’un fait divers réel.

Une image de l’Amérique…

Nul ne peut oublier les rôles de cow-boys incarnés par Clint Eastwood ; or, quel genre cinématographique est plus lié à l’histoire de l’Amérique que le western ? Désormais réalisateur, Clint Eastwood ne cesse de croquer une image de son pays : que ce soit grâce au photographe de La Route de Madison, arpentant le monde pour son journal, ou l’Amérique des années trente dans L’Échange, le réalisateur sait rendre hommage à son pays. Son dernier opus n’échappe pas à la règle et les scènes de concert lors des soirées des J.O. sont impeccables. On y voit les spectateurs, toutes populations confondues, venus assister à la fête, la musique latino et folk unissant tous les Américains. C’est bien l’Amérique des années 1990 qui se déploie sous nos yeux et pour donner à voir ce spectacle-là, Clint Eastwood est incontestablement un maître en la matière.

Et du héros ordinaire…

Mais il est un autre thème important chez lui, qui innerve véritablement chacune de ses apparitions mais aussi chacune de ses réalisations : il s’agit de la question de l’héroïsme.

En effet, que ce soit en tant que réalisateur ou en tant qu’acteur, Clint Eastwood s’est toujours interrogé sur cette question de l’héroïsme et de sa représentation. Avec l’inspecteur Harry et les cow-boys solitaires des westerns qu’il a incarnés – Pale Rider ou la trilogie de Sergio Leone par exemple –, l’acteur semblait se demander quelles sont les caractéristiques d’un héros. Le réalisateur creuse le même sillon avec ses derniers films qui tentent d’apporter quelques réponses : en effet, American Sniper, Sully et Le 15h17 pour Paris offrent tous, à des degrés divers, une vision de l’héroïsme américain.

Le Cas Richard Jewell relate ainsi l’histoire vraie d’un agent de sécurité qui déjoua l’attentat à Atlanta lors des Jeux Olympiques de 1996. Repérant un sac à dos suspect, il appelle rapidement les services de déminage qui confirment ses soupçons et, grâce à une rapide prise de décision, un périmètre de sécurité est mis en place, permettant de sauver de nombreuses personnes. Promu véritable héros national quelques temps, Richard Jewell rencontre un double écueil : ne correspondant pas tout à fait aux critères du héros national – Richard vit en effet chez sa maman, il est trop gros, n’a pas le physique attendu du héros ni même son passé, possède une immense collection d’armes –, il se retrouve au cœur de questions d’ego, à la fois celui d’une journaliste trop ambitieuse, prête à tout mais sans talent, et celui d’un agent du FBI très contrarié de voir un attentat se dérouler dans le parc qu’il était censé surveiller le soir-même du drame. S’il n’a pas les caractéristiques attendues d’un héros, Richard Jewell possède au contraire toutes celles du bouc émissaire évident : la presse et le FBI vont alors devenir les agents de sa chute, l’accusant publiquement, rapidement et sans enquête, d’être le terroriste.

C’est en la personne d’un avocat, Watson Bryant – incarné par un Sam Rockwell d’une rare intensité – rencontré dans un emploi précédent, que Richard va trouver son seulement de l’aide mais également la justice, la vraie. Richard Jewell demande son aide à Bryant précisément parce qu’il est, hormis sa mère, la seule personne qui l’ait regardé comme un être humain, sans se moquer de lui, sans l’insulter. Il sera donc question de regard nous dit ici Clint Eastwood.

Populisme ou humanisme ?

Si l’histoire est tirée d’un véritable fait divers, le lien entre la journaliste et l’agent du FBI a été romancée par Eastwood afin de servir son propos : un homme du peuple accusé injustement par le pouvoir au sens large. Une autre force du film réside dans le casting marquant de manière subtile l’opposition entre les deux acteurs choisis pour incarner les personnages. L’acteur Jon Hamm, ici Tom Shaw, l’agent du FBI, est connu pour incarner Don Draper dans Mad Men : or il est l’incarnation absolue de l’image que l’on se fait du héros, bel homme, grand, athlétique, courageux, intelligent.

Face à lui, Paul Walter Hauser est un Richard Jewell que l’on n’a pas envie d’aimer, qui n’est pas aimable au sens où il n’inspire pas d’amour. Il est totalement obsédé par la sécurité, multiplie les abus de pouvoir lorsqu’il travaille sur un campus, collectionne les armes et a une foi absolue et aveugle dans le pouvoir et la police américaine. Pourtant, petit à petit, l’injustice de sa situation va faire évoluer notre regard sur cet homme. Et c’est notamment l’amour qu’il porte à sa mère, à laquelle Kathy Bates apporte une force et une émotion rares, qui va nous émouvoir. Car, ce qui le blesse plus que sa possible condamnation à mort, si toutefois il était reconnu coupable, c’est de faire endurer toute cette souffrance à sa maman.

C’est donc un regard tendre que porte Clint Eastwood sur un homme du peuple, un vrai héros car Richard Jewell a bien déjoué l’attentat ce soir-là. Alors certes, on pourrait y voir une sorte de populisme si l’on ne s’attachait qu’à l’histoire de surface – un homme du peuple victime du pouvoir ! Mais c’est sans compter sur la subtilité du réalisateur : Richard Jewell est un personnage ambigu qui semble enfin dessiller les yeux sur le monde qui l’entoure à la toute fin de son aventure… Plutôt que nous interroger sur le héros, le film ne nous incite-t-il pas à nous regarder avec sincérité, tendresse et respect les uns les autres ? Plus que du populisme, ne serait-ce pas de l’humanisme ici ?

Virginie LUPO

 



Clint Eastwood, Le Cas Richard Jewell, États-Unis , 2020, 130min

Sortie : 19 février 2020

Genre : drame

Avec Paul Walter Hauser, Olivia Wilde, Sam Rockwell, Jon Hamm, Nina Arianda, Kathy Bates, Ian Gomez, Wayne Duvall

Scénario : Billy Ray

Musique : Arturo Sandoval

Photographie : Yves Bélanger

Distribution : Warner Bros distribution

En savoir plus sur le film avec CCSF : Le Cas Richard Jewell

 



Découvrir toutes nos critiques de films