Chronique des confins (17)

Christine Guinard

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Un jour, une écriture – Le confinement porte en lui-même une intimité, une profondeur dont peuvent se saisir les écrivains et les écrivaines, notamment de théâtre et de poésie. Nous les avons sollicités, afin qu’ils offrent généreusement leurs mots, leur écriture des confins… Derrière l’humour qui inonde les réseaux sociaux, il y aura toujours besoin d’une parole qui porte un désir, une attente, un espoir, du sens.

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Dans le désarroi que faudrait-il dire
garder espoir dire à tous
que cela passera
car tout passe
mais comment et où, cela passera
jusqu’où et pour quoi
combien de morts, d’effroi
mesures inhumaines la peur
semée
sans scandale
….. jour après jour et jusque-là

Jusqu’en ce mois de mars de l’année 2020

femmes, hommes, villes, asphyxiés
première, deuxième, troisième ligne
dedans, confinés, dehors, exposés
la confusion
l’ordre exalté, ici et là telle heure, tel geste, ce papier
toi oui lui non, vos téléphones, ceux isolés
et juste là, sous le mot, juste
….. la confusion

on pourrait crier
on devrait hurler
le ciel purifié par l’absence des fumées
nos évidences d’hier
notre traîne, notre tribut
et que dire
qu’écrire qui se tienne la main, qui se tienne debout là où
le sol se craquelle et les murs viennent à manquer
l’air, notre air, privés d’air, quelle ironie
….. le ciel qui se purifie

il faudrait se taire
il faudrait parler
il y aura après, ouvrir l’œil, pied marin
gouvernail et changer de cap, tous embarqués
….. il y aura car tout passe

mais au ciel pointées combien d’étoiles nouvelles
filantes
passées si vite
on n’y voit
….. plus rien

il y aura mais
aujourd’hui
que dire
et pourquoi dire

s’arrêter

longuement
s’arrêter
c’est long, un arrêt
gorge nouée, l’esprit entre terre et ciel
se demander, par la fenêtre

l’oiseau volette, le ciel tout bleu

se demander
quelle ironie on le savait
qu’on ne pourrait plus
….. respirer.

Christine GUINARD

Poète
Dernier livre paru :
Sténopé aux éditions Unicité

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Crédits photographiques : NL

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