Lors d’une conférence de presse, le 13 octobre dernier, dans le cadre du MaMA, l’Alliance des Managers d’Artistes (AMA) a présenté les résultats d’un sondage réalisé auprès de 1 500 personnes – dont plus de 1 000 managers – sur les réalités du management et de la représentation d’artistes en France. L’AMA prévoit de prendre appui sur le rapport pour formuler diverses propositions d’actions, tant sur les conditions du manager que sur sa reconnaissance.

Une viabilité économique de plus en plus aléatoire et difficile à atteindre

37 % seulement des managers et agents déclarent vivre de leur activité. La grande majorité tire ses revenus d’autres activités, directement ou indirectement liées à la musique pour les 2/3, sans lien avec la musique pour 1/3.

La plupart des mangers sont assez jeunes dans le métier :

  • 1-5 ans d’activité : 60 %
  • 6-10 ans d’activité : 20 %

Quant à ceux qui pratiquent depuis plus de 10 ans (certains depuis plus de 20 ans), il s’agit pour l’essentiel d’agents artistiques centrés sur le spectacle. Ce sont eux d’ailleurs qui, individuellement, représentent le plus grand nombre d’artistes.

Une diversité de pratiques et de genres

Les relations contractuelles passent la plupart du temps par un contrat de management, qui prélève un pourcentage sur les revenus de l’artiste, généralement sans garantie minimale. 40 % des managers ont par ailleurs recours à la facturation de prestations de services – pour du conseil ou des interventions ciblées – qui assurent des revenus immédiats, ou encore à des contrats spécifiques pour des accompagnements tarifés sur une durée limitée (6 mois ou 1 an).

Outre cette diversité de pratiques, les managers manifestent également une diversité dans les genres artistiques qu’ils représentent, avec une très forte proportion d’artistes émergents. 53 % des interrogés déclarent accompagner parallèlement des artistes confirmés.

Une activité à géométrie variable et touchant à tous les aspects

Le champ d’intervention du manager couvre de plus en plus la totalité des aspects liés à l’artiste et à son développement. Les réponses données classent ainsi les domaines : spectacle, stratégie, recherche et négociation de contrats, internet (site d’artiste, réseaux sociaux…), merchandising et produits dérivés, musique enregistrée, recherche de financements, administratif, édition et synchros, recherche de partenariats…

Potentiellement, il n’est rien qui sorte de son domaine ; tout dépend des artistes et des groupes représentés. Le manager peut dorénavant proposer un accompagnement « à la carte ». Il pratique plusieurs types de relations contractuelles, plusieurs modes de rémunération et couvre un champ d’intervention adapté à chaque artiste ou projets.

Un transfert de risques vers le « manager-entrepreneur »

Comme l’AMA le constate depuis sa création, il y a un transfert croissant du risque et de l’entrepreneuriat vers les managers, le plus souvent par défaut. En effet, ceux-ci sont de plus en plus conduits à des investissements ponctuels dans le développement des artistes qu’ils représentent, afin de pallier l’absence de partenaires professionnels traditionnels (éditeur, label, tourneur) dans la première phase d’émergence.

On peut aujourd’hui parler de « managers-entrepreneurs » comme on parle depuis plusieurs années « d’artistes-entrepreneurs ». Ce transfert de risques, bien réel, n’est pas reconnu à sa juste valeur ; en effet, s’il existe de nombreux programmes d’aides proposés par les organismes du secteur, aucun ne concerne les managers.

Un statut légal inadapté

En 2011, un statut légal a été mis en place, qui concerne indistinctement managers et agents artistiques. Toutefois, une grande majorité d’entre eux ne le connaisse pas ou peu.

  • 43 % disent n’en avoir jamais entendu parler,
  • 35 % avouent ne pas en connaître réellement les dispositions.

Les 22 % restant sont très critiques sur ce statut, soit qu’ils le trouvent déconnecté de la réalité, voire inadapté aux projets en développement, soit que ce statut accentue la confusion entre « managers » (vision globale et intervention sur tous les aspects de l’activité d’artistes) et « agents » (dont la plupart sont centrés avant tout sur le placement d’artistes du spectacle, et sont considérés comme des « bookers »).

Ce sondage souligne ainsi l’insuffisance pour professionnaliser une activité qui peine encore à trouver sa reconnaissance et dont les pratiques sont aussi larges que les demandes émanant des artistes accompagnés.

Nadège POTHIER (avec l’AMA).

En téléchargement : AMA – Sondage sur les réalités du management en France.