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Le GEIQ Théâtre compagnonnage : un modèle unique pour la formation des comédiens

Le GEIQ Théâtre compagnonnage : un modèle unique pour la formation des comédiens
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Grâce à l’engagement solidaire de plusieurs compagnies, de jeunes comédiens peuvent se former à leur métier tout en s’insérant dans la vie active. Ce Groupement d’Employeurs de Lyon leur assure une formation en alternance, depuis 1997… un modèle encore unique en France, plus de vingt ans après. La compagnie des Trois-Huit en est à l’initiative. Au-delà de l’aspect social du dispositif, celui-ci semble visionnaire dans le milieu du théâtre : les jeunes ont besoin de se faire connaître en même temps qu’ils apprennent.

L’idée d’offrir une possibilité aux comédiens de s’insérer dans la vie active est née en 1997, au moment où la classe d’art dramatique de Lyon fermait. « Le réseau des écoles de théâtre n’existait pas encore, explique Virginie Bouchayer, l’administratrice du compagnonnage. Des compagnies se sont donc réunies pour pallier cette absence et proposer une formation dans le cadre d’un « compagnonnage » avec des professionnels, à la fois en emploi et en formation. »

Leur réflexion a mûri grâce à la collaboration avec les tutelles de la DRAC et de la région, ainsi qu’avec l’Afdas, qui « leur a expliqué le fonctionnement des contrats en alternance ». Ce fut une découverte déterminante.

Une compagnie pilier : les Trois-Huit

L’engagement solidaire que suppose cette structure s’est ensuite mis en place progressivement. Au départ, seules les deux compagnies fondatrices, les Trois-Huit et Macocco-Lardenois, assurent la formation des comédiens dans le cadre du Groupement d’Employeurs (GEIQ) ; une troisième les rejoint en 2001. Aujourd’hui, dix-neuf compagnies participent au GEIQ Théâtre Compagnonnage, pour le parcours 2016-2018.

Pour intégrer la formation, la sélection des comédiens est assez rigoureuse puisque seule une dizaine est acceptée sur une durée de deux ans, pour 400 candidatures en moyenne. L’état d’esprit compte autant que la qualité du jeu dans le choix des candidats. Et pour cause, l’engagement consiste aussi à travailler avec les compagnies et à participer de leur envie de renouveler l’approche théâtrale.

Si l’enjeu est collectif, le moteur et pilier principal des activités demeure la compagnie des Trois-Huit qui dispose d’un théâtre, suffisamment solide pour maintenir la pérennité du compagnonnage. Elle « s’engage d’ailleurs, si nécessaire, à assurer la moitié de l’emploi (et son financement) des compagnons-comédiens », ajoute Virginie Bouchayer. Les autres compagnies ne doivent pas pour autant se reposer sur cette décision, puisqu’au moment de leur adhésion, « elles s’engagent à employer les compagnons sur un nombre de semaines fixé ».

Le principe même des Trois-Huit est basé sur un modèle collectif, puisqu’un comédien peut aussi être metteur en scène, et réciproquement. Afin de favoriser un mode de gouvernance commun et fédérateur, la compagnie est passée en SCOP* (Société coopérative ouvrière de production) en 2003. La metteure en scène et gérante Nathalie Laurent a ainsi pu passer en CDI depuis.

Un modèle économique à renforcer

Pour la gestion budgétaire, le compagnonnage s’appuie sur les financements de l’Afdas pour la formation des comédiens, à hauteur de 1 200 heures sur deux ans. Le double de temps est consacré à l’emploi des compagnons, en CDD et payés au SMIC. Le GEIQ Théâtre est une association subventionnée par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, la région Rhône-Alpes et, de manière moindre, par la DIRECCTE, « quand il s’agit des conventions d’accompagnement dans l’emploi ». Les treize compagnons recrutés pour le parcours actuel sont salariés à temps complet.

Son modèle économique tend actuellement à s’équilibrer mais demeure fragile, notamment à cause de la difficulté à augmenter l’autogestion et par la contrainte pesant sur les compagnies adhérentes, qui font un effort financier pour participer au projet. Certaines, pourtant, courtisent le GEIQ Théâtre sans avoir encore le droit d’en faire partie, car l’aspect familial y est largement entretenu pour favoriser les collaborations sur le long terme.

Une bonne moitié du budget dépend des subventions que l’on sait de plus en plus aléatoires ; sur le plan des recettes, les comédiens rapportent davantage, notamment parce qu’ils coûtent moins cher que des intermittents. Est-ce là une double stratégie du GEIQ ? Mais, en dehors de ces considérations pratiques, les comédiens y gagnent aussi, car environ 83 % d’entre eux restent ensuite sur le marché et vivent de leur métier.

Économique donc, et social jusqu’au bout, puisque les compagnons hors scène participent à la vie de la cité, des universités aux hôpitaux ; quant à la dimension solidaire, elle s’inscrit dans la transmission du savoir théâtral, animé d’un esprit collectif, afin d’assurer l’avenir de la profession et la possibilité d’un emploi pérenne des comédiens. Pour autant, le Compagnonnage Théâtre devra certainement prendre exemple sur les modèles économiques plus viables d’autres GEIQ, qui ont su faire face aux incommodités de dépendre de l’État.

Louise ALMÉRAS

* SCOP : Les sociétés coopératives participatives (SCOP) sont des entreprises commerciales de type « société anonyme » ou « société anonyme à responsabilité limitée ». Elles peuvent prendre deux formes juridiques différentes : la société coopérative et participative ou la société coopérative d’intérêt collectif. Les SCOP sont des entreprises qui appartiennent à leurs salariés, qui proposent une gestion démocratique et sans but lucratif, et qui disposent d’une fiscalité avantageuse, notamment par l’exonération de taxe professionnelle (en savoir plus : economie.gouv.fr).



Crédits des photographies : GEIQ Compagnonnage Théâtre – Lyon



 

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