Ce festival d’art lyrique implanté dans le Tarn-et-Garonne a annoncé maintenir ses dates fin juillet et début août. Grâce à la jauge très vaste du lieu de représentation, Frank Thézan, le fondateur, estime que le risque de contamination est infime.

Dans la France post-confinement, rares sont les festivals à avoir été maintenus. Celui des châteaux de Bruniquel fait partie des exceptions et se déroulera dans cette commune du Tarn-et-Garonne du 30 juillet au 9 août. Le programme s’articule autour d’une pièce maîtresse, cette année l’opéra bouffe La Grande-duchesse de Gerolstein d’Offenbach, à laquelle s’ajoutent des tables d’hôtes, des concerts lyriques et des stages.

Frank Thézan, metteur en scène et fondateur de cet événement lancé en 1997, n’a jamais pensé qu’il serait annulé, même pendant la phase de confinement. Les raisons sont multiples : le festival était encore loin dans le temps au début de l’épidémie, la région a faiblement été touchée et, surtout, la jauge du lieu de représentation rend possible une organisation en fonction des recommandations sanitaires. « L’esplanade entre les deux châteaux peut contenir 600 personnes, précise le metteur en scène. Nous sommes contents quand nous pouvons en accueillir 380 ! » Mais malgré sa conviction personnelle, Frank Thézan s’est montré prudent. Avant de lancer le travail, il a demandé si certains professionnels ou bénévoles ne voulaient pas participer. « Ils sont trois ou quatre à s’être désistés, commente-t-il. Un copain écossais, qui est figurant, est âgé de la soixantaine. Il m’a dit qu’il avait peur pour lui et je comprends tout à fait. »

Risque financier

Une fois la question de la participation réglée, tout le reste de la préparation en amont a été réalisé. « Le choix de la pièce a été fait et les partitions ont été envoyées à tout le monde. Avant la première, nous avons 20 jours pour tout monter, il faut que tout le monde arrive prêt pour travailler. Mais avant de communiquer sur le maintien du festival, j’ai attendu l’annonce d’Édouard Philippe du 28 mai. Dès qu’il a dit que les spectacles pouvaient avoir lieu, s’ils se déroulaient dans de bonnes conditions sanitaires, nous avons lancé les impressions. »

Au niveau local, il s’est mis d’accord avec le maire de la commune sur la tenue de l’événement. En revanche, il hésite encore avant de mettre des affiches sur les routes. « Je trouvais que c’était un peu de la provocation, commente-t-il. J’attends encore la prochaine annonce le 21 juin, elle devrait être très bonne. »

Malgré son enthousiasme, il sait qu’il prend un risque et qu’il peut perdre de l’argent, mais à ce stade, la perte ne sera pas si importante. « En revanche, si on interdit le festival à la veille de la première, ce sera plus difficile car j’aurai tous les salaires à payer. C’est un pari que je fais. »

Seconde vague

D’un point de vue sanitaire, il envisage quelques mesures pour la sécurité des comédiens comme la mise à disposition de gel hydroalcoolique. « Nous avons acheté un pinceau de maquillage et une éponge pour chaque comédien, ajoute-t-il. Ils devront les nettoyer tous les soirs. » Mais il reconnaît que la troupe temporaire vit comme une grande famille le temps de la préparation et du festival et qu’il sera difficile de faire plus.

Le public sera quant à lui organisé par foyer, avec un espace entre chaque groupe. Mais ce public sera-t-il présent ? « Je n’en sais rien, reconnaît Frank Thézan. Mais c’est la même chose chaque année ! Je me dis qu’entre les gens qui ne viendront pas parce qu’ils sont encore terrorisés par la maladie et ceux qui n’apprécient pas spécialement l’art lyrique mais qui viendront parce qu’il n’y a rien d’autre, on devrait faire comme les autres années. » Depuis l’annonce du maintien du festival, les réservations affluent, selon le metteur en scène, même s’il reconnaît que c’est aussi parce que, d’habitude, la billetterie est ouverte dès le mois d’avril.

Néanmoins, il sait qu’il annulera le festival si un des comédiens tombe malade ou si une seconde vague de la maladie apparaît. « Mais je pense qu’avec toutes les manifestations diverses qui viennent d’avoir lieu [relatives au mouvement Black Lives Matter, NDLR], si la maladie était encore très présente, on devrait le savoir d’ici une quinzaine de jours… »

Chloé GOUDENHOOFT

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Crédits photographiques : Jacques Combalbert