Jean Bouquin fonctionne au coup de cœur : l’ancien couturier de Brigitte Bardot reconverti dans le théâtre depuis 40 ans au Déjazet à Paris a donné carte blanche à une figure du théâtre public, Jean-Louis Martinelli, qui crée Nénesse. Le visage jovial sous la couronne de cheveux blancs, Jean Bouquin trône derrière le comptoir d’accueil de son théâtre, un vestige du « boulevard du crime » à République, qu’il a restauré en 1977 pour y accueillir Coluche.

[avec AFP]

Le lieu a failli devenir un supermarché et Jean Bouquin l’a restauré sans un sou d’argent public, renouant avec le cadre désuet qu’avait choisi Marcel Carné pour tourner les scènes d’intérieur des Enfants du paradis en 1943.

Depuis 1977, le Déjazet a accueilli un peu de tout : du théâtre, de la chanson, des humoristes (dont Laurent Gerra à ses débuts), bref, une affiche éclectique assez éloignée du théâtre public.« J’ai toujours voulu y faire des spectacles de vrai théâtre », assure l’ancien couturier, né en 1936 dans le quartier d’une mère blanchisseuse et d’un père photographe à la santé vacillante.

Une programmation 2017-2018 signée Jean-Louis Martinelli

Aussi tombe-t-il sous le charme lorsque le comédien Jacques Weber et Jean-Louis Martinelli, ancien directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre, viennent le voir pour donner L’Avare en 2015. Martinelli a quitté – contre son gré – les Amandiers en 2013 et cherche un théâtre parisien pour la pièce. Jean Bouquin se prend d’amitié pour « ce grand garçon qui allait devoir jouer les colporteurs pour vendre ses pièces aux théâtres ». Il lui propose de programmer toute la saison 17/18.

Le Déjazet ouvre en septembre avec Und, une pièce exigeante de Howard Barker avec Natalie Dessay créée à Tours, puis Ceux qui restent de David Lescot, témoignage poignant de deux enfants rescapés du ghetto de Varsovie et Le malade imaginaire de Michel Didym, du théâtre national de Lorraine.

Le public est clairsemé, car on n’installe pas une image de théâtre en quelques mois…