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« Le Petit Chaperon rouge » version Julien Gélas : entre Asie, Mai 68 et Gilets Jaunes !

« Le Petit Chaperon rouge » version Julien Gélas : entre Asie, Mai 68 et Gilets Jaunes !
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Julien Gélas présente une version personnelle du Petit Chaperon rouge, conte rendu célèbre par Charles Perrault en France et par les frères Grimm en Allemagne. La pièce, destinée à toute la famille, se joue en ce moment même au théâtre du Chêne-Noir à Avignon et, nous l’espérons, bientôt en tournée.

Il était une fois le fils d’un directeur de théâtre, Julien Gélas, parti dans le pays de l’Empire du Milieu pour apprendre la philosophie et la langue chinoise. Là-bas, il devient chercheur, professeur de philosophie et traducteur de Gao Xingjian puis revient en France avec sa femme née dans ce lointain pays. Il y a peu de temps, il devient collaborateur de son père à la direction du théâtre. Puis, après plusieurs mises en scène et divers livres, il compose des musiques qu’il présente en concert. Beau parcours.

Aujourd’hui il nous offre une version revisitée du Petit Chaperon rouge.

Entrechats et méchant loup

D’entrée, on voit la teinte asiatique au travers de la comédienne qui incarne avec fougue et délicatesse ce Petit Chaperon rouge, mêlant des entrechats à ses pas, s’adressant aux spectateurs avec malice, apparaissant, disparaissant. Liwen Liang est une comédienne diplômée de l’Académie de théâtre à Shanghai, un de ces lieux où l’art de la scène est total : le mime, la danse, tout doit concourir à la formation de l’artiste et à son épanouissement.

Tout ceci est bien présent dans son jeu. À ses côtés, deux comédiens, Guillaume Lanson et Renaud Gillier, jouent avec bonheur la grand-mère, la mère, le chasseur et le loup.

Si le Petit Chaperon rouge est un jeune fille courageuse, épanouie et rusée, sa maman pourrait être un Gilet Jaune, avec de faibles ressources et opprimée par un patronat sans scrupule. Elle fait ce qu’elle peut, mais il y a précisément des limites à ce qu’elle peut.

La grand-mère est plus tonique, figure de la révolution de 68, porteuse de revendications sur la condition de la femme ; femme de mots et de combats, elle a encore, malgré son âge avancé, une verve et un mordant remarquable.

Entre ces deux femmes, le Petit Chaperon a grandi et essaie de vivre, guidée par son goût pour la danse.

Le loup… musicien talentueux du violoncelle, pousse ses notes mélodieuses dans la forêt obscure… tant et si bien qu’on en vient à l’aimer, à le prendre en affection… Mais voilà, la nature reprend ses droits et le loup reste en fin de compte un vrai loup, faisant de la grand-mère son repas. Rassurez-vous le Petit Chaperon échappera à son sort et ne finira pas en dessert de quadrupède à poil long, fût-il musicien.

Une modernisation sans excès

La fin est fort belle et je ne vous la conterai pas… Il faut aux choses laisser leur part de mystère.

L’amusant est que les enfants, nombreux dans la salle archi-comble du théâtre de Chêne-Noir à Avignon, vivent la pièce avec beaucoup d’attention et de réactions ; cela fuse de toutes parts, le théâtre est total et le jeu en ricochet, très vivant.

Le décor fort ingénieux de panneaux tournants et de diapositives géantes découpe des espaces dans lesquels la magie du récit opère. Si les acteurs sont tous remarquables de justesse dans un registre qui n’est pas facile, car pouvant tomber dans un contre jeu trop réducteur, Liwen Liang est particulièrement magnifique et tire la pièce vers le haut.

Il faut reconnaître que Julien Gélas structure bien son récit et donne des détails accrocheurs ; il sait moderniser le récit sans tomber dans des excès. Pas de bienveillance sirupeuse, pas de clins d’œil à la bêtise. Son Petit Chaperon rouge, c’est l’innocence, la pureté, l’amour de la famille ; il se trouve confronté à un monde sans pitié, où règnent la manipulation et la ruse, un monde qui aliène et qui opprime, un monde qui ne nous est pas étranger et fort d’actualité. Il s’en sort car son cœur pur et sa bienveillance ne sont pas un obstacle à sa perspicacité, ni à sa vivacité d’esprit.

Un fort belle création que grands et petits prennent plaisir à voir, car cela s’adresse à eux avec beaucoup d’intelligence.

Jean Michel GAUTIER



Spectacle : Le Petit Chaperon rouge

Texte : Julien Gélas, d’après le conte de Charles Perrault

Mise en scène : Julien Gélas

Avec Liwen Liang, Guillaume Lanson et Renaud Gillier

Production : Théâtre du Chêne-Noir

Crédits photographiques : Samuel Le Dumas



Où voir le spectacle ?

– Du 17 au 21 décembre : théâtre du Chêne-Noir (Avignon)



 

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