Poussées par la passion du théâtre, Anne-Marie Potel et Elina Barguil ont repris un lieu situé au cœur des pentes de la Croix-Rousse de Lyon créant ainsi « Au Rikiki », petit café-théâtre. Elles y entament leur deuxième année. Comment peut-on créer un théâtre dans la région lyonnaise ? Rencontre et explications.

De la passion à la création

Les grands projets commencent parfois très simplement. C’est le cas de ce café-théâtre dont le nom choisi par ses deux propriétaires, Au Rikiki, en dit long sur l’esprit qui les anime. Il y est question de simplicité, d’humour, de bonne humeur et d’intimité. Ce nouveau « théâtre de poche » se veut proche des spectateurs tant par l’accueil que par la programmation. « Au Rikiki » est en effet le fruit d’une passion, mâtinée d’un petit grain de folie.

Anne-Marie Potel et Elina Barguil se sont rencontrées dans leur atelier théâtre, ‘‘La compagnie des Affreux’’, auquel elles appartenaient dans « leur vie antérieure ». Lorsque leur petit groupe s’est disloqué, leur séparation leur a semblé tout simplement impensable et c’est là qu’a surgi l’idée : créer leur propre espace théâtral afin de faire perdurer leur envie et de la transmettre.

Inexpérimentées mais très motivées, nos deux futures propriétaires tombent sur Les Vedettes – théâtre installé rue de l’Annonciade depuis 1986 – qui est à vendre. Elles se lancent alors dans l’aventure. Après quelques semaines de travaux, le Rikiki peut accueillir ses premiers spectateurs en septembre 2018.

Une première année prometteuse

Passée « l’insouciance » de la prise de décision, il a fallu s’atteler à la tâche et notamment chercher le financement du projet. Pour cela, Anne-Marie Potel et Elina Barguil ont contracté un emprunt bancaire, un prêt personnel et mis en place un financement participatif – via KissKissBankBank. Mais elles ont également pu compter sur les différentes aides proposées par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Celle-ci offre en effet une aide non négligeable à la création : c’est notamment le rôle de Rhône Développement Initiative (RDI) qui leur a accordé un prêt à taux zéro. Mais le fait qu’elles soient des femmes a été à la fois un handicap et un atout : un handicap parce qu’il est certain que voir deux jeunes femmes arriver dans leur bureau peut ou a pu parfois faire sourire certains banquiers, assimilant la passion féminine à de la candeur et de l’inconscience ; un atout parce que le RDI s’est porté garant de leur emprunt bancaire pendant cinq ans, précisément parce qu’elles sont des femmes.

C’est alors qu’émerge une nouvelle question : le fait d’être des femmes peut-il avoir une incidence sur la gestion d’un théâtre ?

La réponse se doit d’être nuancée. Selon elles, le fait d’être des femmes aux commandes laisse une place plus importante aux coups de cœur ou aux rencontres humaines. Car le point important de leur activité consiste à trouver des spectacles susceptibles d’intéresser leur public. Elles regardent des captations de spectacles, des teasers, assistent à d’autres spectacles et, bien sûr, se rendent à Avignon, temps fort pour la découverte de nouveaux projets. La programmation se fait main dans la main, les deux jeunes femmes se décrivant aussi proches que deux sœurs. Toutes les comédies au sens large qu’elles mettent à l’affiche ont été de véritables coups de cœur, ce qui se ressent dans l’accueil du public, un public plutôt adepte de pièces divertissantes. Au Rikiki propose ainsi un théâtre de divertissement, « parce que nous n’avons pas le public pour un théâtre engagé », explique Anne-Marie.

Il s’agit toutefois d’un divertissement qui ne se détourne pas totalement de sujets graves ou contemporains puisque les pièces proposées ont pu par exemple permettre aux spectateurs de s’interroger sur des sujets aussi sensibles que l’inceste ou la vie en prison pour des femmes. Par ailleurs, elles organisent cette année encore le festival « Histoires de Femmes », dont la deuxième édition se tiendra cette année du 7 au 14 mars, une semaine consacrée à des pièces dont le sujet central sera la femme.

Une deuxième année plus stressante

La deuxième année est placée sous le signe de l’enthousiasme. Les heureux débuts devront néanmoins être stabilisés car, si la première année est une année de folie, de mise en place de la passion et des envies, cette deuxième année se doit de consolider les premiers résultats. Comme le résume Anne-Marie, « la première année est souvent un peu insouciante. On n’a pas réellement conscience des enjeux et de tout ce que cela va engendrer. La deuxième année est bien plus stressante et les chiffres prennent une importance grandissante. »

On le voit, le caractère humain et très intime de l’aventure apporte beaucoup à ce café-théâtre. En effet la salle, pouvant accueillir soixante-dix personnes, se veut un véritable lieu de partage et d’émotions. De plus, comme un coin restauration est destiné à accueillir le public avant et après les spectacles, il n’est pas rare que les spectateurs se lancent après les représentations dans des discussions enjouées et passionnées autour d’un verre ou d’une part de tarte maison ! Un vrai théâtre de proximité donc…

Virginie LUPO

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