Profession Spectacle s’est glissé dans les coulisses des Ateliers du cinéma, lieu de formation de cinéastes en herbe, fondé par Claude Lelouch à Beaune en décembre 2015. Rencontre, entre deux tournages, avec Rémi Bergman qui est à la fois directeur de production et directeur de la formation, au cœur d’une fabrique de cinéma d’auteur-réalisateur-producteur.

L’équipe vient à peine de rentrer de Normandie, après un mois et demi passé sur le tournage de Nos plus belles années, épilogue d’Un homme et une femme, qui avait reçu la Palme d’or à Cannes en 1966. Rémi Bergman et quelques-uns de ses apprentis s’apprêtent à retrouver Claude Lelouch à Paris pour réaliser le ‘‘making-of’’ de l’enregistrement de la bande-originale du film, signée Francis Lai. Mais avant cette étape de postproduction, retour express aux Ateliers du cinéma pour sauvegarder entre autres les rushes du film et nous permettre par la même occasion de découvrir les lieux.

« Le cinéma est un art qui ne s’apprend pas, qui se vit et qui se ressent »

Entrée des Ateliers du cinéma à BeauneLes Ateliers du cinéma ont été créés sous l’impulsion de Claude Lelouch qui souhaitait avant tout transmettre son expérience et, comme il le dit lui-même, « rendre tout ce que le cinéma lui a donné ». « Je travaillais avec Claude depuis plusieurs années, explique Rémi Bergman, et il m’a confié la direction de la structure ». C’est lui également qui, comme directeur de production, constitue et chapeaute les équipes des films de Claude Lelouch.

Surtout ne pas se méprendre, les Ateliers du cinéma se veulent moins une école – comme par exemple l’École nationale supérieure Louis-Lumière qui transmet un savoir technique essentiel à la fabrication d’un film – qu’un lieu de transmission où le cinéma s’expérimente. Loin de dénigrer les écoles qui transmettent les techniques de l’image et du son, Claude Lelouch et Rémi Bergman partagent un même point de vue : « Pour avoir fait moi-même une école, je sais combien on achète très cher du vent. La meilleure école pour le cinéma, qui reste un art qui ne s’apprend pas, qui se vit et qui se ressent, est pour une grande part l’expérience. »

Une structure portée par Les Films 13

La société de production Les Films 13 de Claude Lelouch soutient à la fois l’association des Ateliers du cinéma et le ciné-club des Ateliers où des projections de films et des concerts sont programmés. Pour Kera, assistante de Rémi Bergman, « même si les Ateliers devraient faire venir davantage de public, ils sont de plus en plus fréquentés localement ».

Composée de quatre salles de montage, d’un studio de 650 mètres carrés et d’une salle de projection à la capacité d’accueil de quarante-neuf personnes, l’infrastructure profite à cette seconde promotion de quatorze apprentis recrutés en septembre 2017, tout comme à certains apprentis de la promotion précédente qui sont encore accompagnés par les Ateliers. Des projets en commun y sont également menés notamment avec le lycée viticole de Beaune. « Les lieux sont parfois privatisés et mis à disposition de sociétés et les recettes du bar permettent également notre financement », ajoute Kera.

Montage exposition des Ateliers du cinéma à BeauneLa vertu de l’impondérable, un film qui sera entièrement réalisé au smartphone

L’équipe des Ateliers fait participer autant que possible ses quatorze apprentis à la réalisation des films de Claude Lelouch. Outre le tournage de Nos plus belles années, déjà mentionné, ils ont jusqu’ici pris part aux essais de La vertu de l’impondérable, qui sera tourné entièrement au smartphone à partir de janvier 2019.

« On accompagne nos apprentis pendant le temps qu’il faut et le planning nous tombe un peu dessus parfois », explique Rémi Bergman constatant que leur feuille de route s’établit en fonction des aléas de la production. « Les besoins de production évoluent vite, avec d’une côté une inflation de moyens et de l’autre, une diminution des budgets. Tout l’enjeu est de trouver des budgets qui correspondent à ce que l’on souhaite. Le but du jeu sur le tournage de La vertu de l’impondérable sera de trouver de nouvelles façons de tourner. En effet, les changements techniques déterminent une autre qualité d’image. »

Une formation diversifiée qui offre une expérience concrète

Pouvoir être formé aux Ateliers représente, pour les apprentis, une opportunité sans pareil afin d’acquérir une expérience à la fois diversifiée et spécialisée des métiers du cinéma. Paul-Guy, l’un d’entre eux, souhaite être auteur-réalisateur et est entré aux Ateliers après une quatrième année effectuée à l’Institut européen du cinéma et de l’audiovisuel (IECA) de Nancy : « Ce que l’on fait ici nous permet de découvrir des univers différents tout en se perfectionnant dans ce que l’on aime le plus ». Luca, également apprenti aux Ateliers, a pu jusqu’à présent travailler à la fois en tant qu’infographiste et en tant qu’assistant caméra sur le tournage de Nos plus belles années, aux côtés de Jean-Louis Trintignant et d’Anouk Aimée.

Ainsi, aux Ateliers du cinéma, jeunes apprentis et professionnels collaborent ensemble avec passion pour suivre Claude Lelouch dans ses projets et faire vivre le cinéma d’auteur. Il s’agit à la fois d’un lieu de vie culturel au niveau local et d’une « petite ruche » où se fabriquent les films, selon le mot de Rémi Bergman.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté



Galerie photos

Entrée principale des Ateliers du cinéma à Beaune

Entrée principale

Bar des Ateliers du cinéma à Beaune

Bar

Salle du bar des Ateliers du cinéma à Beaune

Salle du bar

Bar et entrée des Ateliers du cinéma à Beaune

Bar et entrée des Ateliers du cinéma

Studio des Ateliers du cinéma à Beaune

Studio



Crédits photographiques : Morgane Macé / Profession Spectacle