Il y a quelques jours, le directeur Jean-Louis Grinda tirait la sonnette d’alarmes, en évoquant les menaces qui pèsent sur les Chorégies d’Orange et le risque de devoir suspendre la prochaine saison. « Les Chorégies d’Orange menacent de mettre la clef sous le théâtre antique », titrions-nous. La situation a quelque peu évolué puisque et l’État et la région Paca ont fait savoir qu’ils apporteraient leur « soutien sans faille » pour clore cette saison « en douceur ».

Problème réglé ? Pas définitivement. Un audit est prévu fin septembre, pour faire le point sur la situation financière alarmante du festival.

« Il n’est plus question de cessation de paiement, l’État et la Région ont donné leur caution morale et trouvé une multitude de solutions pour nous permettre de passer en douceur les deux ou trois mois à venir », a confirmé Jean-Louis Grinda à l’AFP.

Un tour de passe-passe : l’échelonnement des paiements

Y aurait-il eu une prise de conscience, secondé par une subvention cohérente ? Non. L’État et la région Paca ont simplement opéré un petit tour de passe-passe en accordant quelques « facilités » (sic), comme par exemple l’échelonnement de paiements et de charges sociales qui repoussent les échéances les plus urgentes.

Les Chorégies sont non seulement le plus ancien festival lyrique en France (1869), mais encore le plus populaire : le théâtre antique peut ainsi accueillir jusqu’à 8 300 personnes – sans parler des diffusions à la télévision. Pour autant, cela n’a pas empêché l’organisation d’accumuler, au fil des années, un déficit de 1,5 million d’euros. Résultat ? Pour faire le plein, elles ont eu tendance ces dernières années à programmer toujours les mêmes « tubes » de l’opéra, au risque de lasser le public. La saison s’achève samedi prochain, 5 août, avec Aida de Verdi.

Sur le moyen terme, « l’État a commandé un audit, qui sera lancé avant la fin du mois de septembre… C’est ce que nous réclamons depuis mon arrivée en mai 2016 », s’exclame l’actuel directeur.

Absence flagrante de vision politique

Le festival réussit une performance rare pour ce type de manifestation : il est est autofinancé à hauteur de 80 à 86 %, ne recevant « que » 900 000 euros sur près de 6 millions de budget total. En comparaison du festival d’Aix-en-Provence qui reçoit 8,5 millions d’euros de subvention, la dotation est bien maigre.

C’est à se demander pourquoi un des rares événements à, non seulement s’autofinancer, mais encore à être prisé du public, ne parvient toujours pas à entraîner de politique culturelle cohérente. D’autant que Les Chorégies peuvent se targuer d’une action éducative artistique et culturelle : 600 collégiens et lycéens de la région ont ainsi chanté au théâtre antique, le 22 juin dernier avec un orchestre symphonique.

« Pour couvrir les frais fixes, c’est-à-dire mettre le théâtre en ordre de marche avant même de payer le moindre chanteur ou musicien, il faudrait 400 000 euros de plus », fait valoir Jean-Louis Grinda.

Reste à connaître les résultats de cet audit pour vérifier d’où vient la défaillance…



Crédits de la photographie de Une : Philippe Gromelle