Située en bord de Loire, la Maison de la culture à Nevers, connue sous le nom de La Maison, est la plus grande salle de spectacle du département de la Nièvre. Dirigée depuis 2016 par le comédien et metteur en scène Jean-Luc Revol, l’établissement, dont certains espaces étaient jusqu’alors fermés car obsolètes, est désormais entièrement réhabilité pour mieux remplir ses missions de diffusion, d’action artistique et de soutien à la création sur le territoire.

Comment le public et les artistes vont-ils retrouver le chemin de la scène après une période de rupture contrainte et forcée ? Rencontre avec Jean-Luc Revol, Neversois d’origine, homme de théâtre et directeur de l’authentique ‘Maison’, pour un aperçu de la saison culturelle qui s’annonce.

Une maison rénovée

L’édifice siège dans la capitale nivernaise depuis plus de cinquante ans et compte parmi les seize maisons de la culture en France. En pénétrant dans ce grand bâtiment qui était en travaux en 2018 et 2019, son nom La Maison semble bien modeste comparativement à sa taille.

Il comporte en effet deux salles de spectacles, l’une de 990 places et l’autre de 136 places, une autre salle dédiée aux arts plastiques au sous-sol et des studios de répétitions avec miroirs et petits gradins, que l’on nomme ici « le Grenier », récemment ouverts.

« Deux tranches de travaux ont été réalisées : une première pour refaire la toiture et une seconde pour la rénovation du hall, de l’espace d’exposition, de toutes les huisseries extérieures et des coursives, explique Jean-Luc Revol. On est en train de finir avec un parvis devant l’entrée, car celle-ci se fait désormais côté Loire et non plus côté boulevard. »

Un bel ensemble remis à neuf pour recevoir artistes et public dans les meilleures conditions et assurer un rayonnement culturel régional, national, voire si possible international. Les travaux de modernisation seront bientôt parachevés avec l’obtention du label “Scène conventionnée Arts en territoires”.

Le théâtre à domicile

Si, comme le prescrit le cadre fixé par la délégation de service public, une grande variété de spectacles artistiques – danse, théâtre, musique classique, variété, marionnettes et arts numériques – est proposée à la Maison de la culture, Jean-Luc Revol ne cache pas son engagement fort pour le théâtre et sa volonté de développer des propositions sur tout le territoire.

« J’ai choisi cette direction pour emmener des spectacles de théâtre dans le département, précise-t-il. Il y a d’abord la programmation Côté Jardin et on travaille de plus en plus avec toutes les communautés de communes autour du théâtre, même lorsque celles-ci n’ont pas la compétence culture. »

Non seulement le public vient voir des spectacles à la Maison, mais c’est aussi le théâtre qui vient à lui, à domicile, dans le cadre de la tournée d’alimentation générale culturelle qui sillonne le département en été. Il s’agit d’une camionnette rouge et jaune qui se déplace dans différents lieux : « Les gens ont un rendez-vous et découvrent le spectacle et la compagnie le jour même. Sur les huit spectacles proposés, il y a six compagnies locales. »

Une dynamique collaborative…

Principalement financée par l’agglomération de Nevers et la région Bourgogne-Franche-Comté, la Maison participe à de nombreuses co-productions en France ; ses propres productions sont également jouées dans différents lieux comme les théâtres de Roanne et de Cusset.

Sur le territoire régional, un réseau solidaire s’est dessiné : « Le rapport avec les autres structures comme les villes du Creusot, Auxerre ou Chalon-sur-Saône se passe plutôt bien. D’après ce que j’observe aussi au comité d’experts dont je fais partie à la DRAC pour sélectionner les compagnies conventionnées, les choses circulent bien dans la région, les gens s’écoutent et peuvent faire des projets. On n’est pas dans une logique de compétitivité. »

Les projets se réinventent et se renouvellent avec des partenaires associatifs importants comme le festival littéraire Tandem ou encore les Zaccros d’ma Rue, dont la 21e édition devait avoir lieu début juillet avant d’être finalement annulée. Pour se rattraper, plusieurs rendez-vous de théâtre de rue, de mime, de cirque, de danse et de marionnettes sont prévus en septembre prochain, dans le cadre des P’tits Zaccros, avec quinze compagnies accueillies dans différents espaces publics de la ville, au théâtre municipal et dans les jardins de l’ancienne banque de France.

qui soutient l’émergence

Le festival Jeunes Pousses a pour but de soutenir le travail des jeunes créateurs et créatrices lors de quatre jours mêlant spectacles, ateliers, rencontres, courts-métrages et concerts. Bisannuel, l’événement aura lieu en 2021 pour sa seconde édition.

La Maison met aussi à disposition ses espaces de travail pour des résidences d’une à deux semaines : « Sept ou huit compagnies sont programmées l’année prochaine, détaille Jean-Luc Revol. On a aussi notre chorégraphe et artiste associé Sylvère Lamotte, de la compagnie Lamento, qui répète en ce moment sa création. »

La programmation,  »un jeu de dominos »

Si Jean-Luc Revol juge les conditions sanitaires actuelles inadaptées au travail des artistes, en particulier celui des danseurs qui ne peuvent pas faire de portés par exemple ni même répéter correctement, il reste néanmoins confiant pour la saison prochaine.

« On a choisi de rester optimiste. On table sur une demi-jauge de septembre à décembre, car on a peu de visibilité pour l’instant. Mais à partir de janvier 2021, on espère un retour à la normal. Sur douze spectacles initialement prévus, dix ont été reportés à la saison 2020/2021 et deux à la saison 2021/2022. C’est un peu un jeu de dominos. »

À la suite de la fermeture de l’espace Schengen, certaines compagnies étrangères comme les Québécois de Machine de cirque ont reporté leurs dates françaises. Malgré les complications pour élaborer une programmation, notamment thématique, la Maison a fait sa présentation de saison publique tout début juillet, annonçant des têtes d’affiches comme Miossec, le 10 octobre prochain, ou encore Alain Souchon, le 23 janvier 2021.

« On aura aussi des co-productions avec Royan de Marie Ndiaye et Frédéric Bélier-Garcia le 5 mars, et un seul-en-scène touchant intitulé Kaos, de la compagnie Vivre dans le feu, qui aura lieu à la salle Théodore-Gérard de Decize, le 12 mars 2021. »

En dépit des incertitudes liées à la Covid-19, la vie artistique générée par la Maison de la culture à Nevers réinvestit le territoire dans un esprit collaboratif, reprenant ses droits dans l’espace public, les théâtres et surtout le cœur des spectateurs.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

.
En savoir plus : Maison de la culture à Nevers

.

Crédits photographiques : Eloïse Thomas