Au cœur du pays Foyen, entre Gironde et Dordogne, la 7e édition du festival Pampa aura lieu du 21 au 29 août à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt : 9 soirs de spectacles et concerts, orchestrés par une vingtaine d’artistes, mettant à l’honneur Feydeau, Jon Fosse, Tchekhov, Koltès ou encore Dalida.

Rencontre avec l’acteur, auteur et metteur en scène Matthieu Dessertine, co-fondateur du festival Pampa, co-directeur artistique et responsable de la coordination.

Quelle est l’intuition fondatrice du festival Pampa ?

Le festival Pampa est né de la rencontre entre trois artistes au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. L’idée était de créer des petites formes, simples et exigeantes, et de partir en tournée ; de revenir à nos fondamentaux, en dehors des institutions avec lesquelles nous avions l’habitude de travailler. L’un des membres fondateurs, Anthony Boullonnois, étant originaire de Gironde, nous avons décidé de partir en itinérance sur ce territoire. Nous avons commencé à jouer dans des domaines viticoles, sur des places publiques, dans des salles des fêtes. Puis nous avons eu la chance qu’une maison nous soit prêtée pendant tout le mois d’août. Le festival s’est alors agrandi d’année en année jusqu’à compter aujourd’hui en son sein une vingtaine d’artistes, des bénévoles, des techniciens, des cuisiniers… Le festival Pampa recevait l’année dernière 3 500 spectateurs, proposait neuf spectacles (Dom Juan, La Nuit juste avant les forêts, La vie de Galilée, Pinocchio, Médée, Burn out Michael’s Show, deux formes par Denis Lavant, le projet Georges), des ateliers jeunesse, et un concert.

Comment l’événement s’intègre-t-il dans le tissu local ?

Pampa est devenu un lieu incontournable du mois d’août en Gironde. Très attendu par des spectateurs venant de milieux sociaux très divers (agriculteurs, étudiants, professeurs, retraités, commerçants), il participe activement à la vie sociale du territoire. Le festival est également proche de nombreux acteurs locaux : associations (Fondation John-Bost, Cœur de Bastide) et producteurs locaux (brasseurs, domaines viticoles, fromagers, agriculteurs) pour sa buvette. Le festival Pampa est aujourd’hui présidé par Monsieur Jean-Michel Mezuret, agriculteur, ancien directeur du cinéma de Sainte-Foy-la-Grande et grand connaisseur du monde associatif.

L’Ours d’Anton Tchekhov, La nuit juste avant la forêt de Bernard-Marie KoltèsChez Maxim de Georges Feydeau ou encore Rêve d’automne de Jon Fosse… Le théâtre de textes est au cœur de votre programmation. Pourquoi un tel parti pris ?

Nous sommes essentiellement issus des grandes écoles de théâtre nationales. Nous avons pu découvrir au long de notre formation de grands textes, parcourir des périodes riches de l’écriture dramatique. Nos carrières respectives d’acteurs, d’actrices, de metteurs et de metteuses en scène ne nous permettent pas toujours de traverser ces textes, de les servir comme nous le souhaiterions. Le festival Pampa est un formidable laboratoire, il nous permet de revenir à l’essence même de notre métier : un texte, un décor naturel, quelques lumières, des spectateurs. Et tous ceux qui assistent à nos représentations ne s’y trompent pas ; ils voient du théâtre dépouillé de tous les artifices, du théâtre qui cherche à réveiller l’imaginaire, qui place au centre la relation entre l’acteur, le spectateur et le poème. Et quel plaisir pour nous qui aimons goûter les mots de nous aventurer chez Tchekhov, Feydeau, Molière, Shakespeare… Cependant, et même si cela n’est pas le cas pour l’édition 2021, nous avons déjà proposé plusieurs spectacles moins portés sur le texte : écritures collectives, clown, spectacles d’objets… Cette année, nous présenterons aussi Laissez-moi danser avec Dalida, un spectacle musical !

En marge des spectacles, vous organisez des concerts et des ateliers pour les plus jeunes : comment s’organisent-ils ?

Nous avons toujours proposé des concerts à Pampa. Nous sommes très curieux des propositions qui sont faites dans la région en matière de musique. Cette année, nous accueillerons deux groupes bordelais, Chelabôm et Barking Spiders, et un dj set par Captain Doomboscq. Les concerts viennent ponctuer les moments phares du festival : l’ouverture et la clôture. Ils sont pour tous un moment de grande communion : après les spectacles, tout le monde peut se retrouver autour de la musique et partager ses impressions. En ce qui concerne les ateliers pour la jeunesse, ils sont également très importants pour nous. Nous les proposons depuis nos premières éditions et ne cessons d’améliorer leur contenu. Cette année, ils seront en lien avec les spectacles proposés et donneront lieu à de toutes petites formes devant les parents et amis présents. Le festival Pampa est aussi présent sur le territoire pendant l’année et propose des ateliers avec des primaires et collégiens de la communauté de commune du Pays Foyen.

Après une année pour le moins chaotique, qu’espérez-vous susciter ?

L’année dernière a été pour nous une édition très enrichissante. Nous avons pu jouer et avons remarqué à quel point les habitants étaient impatients de retrouver leurs lieux de culture, et à quel point nous étions incapables de vivre sans les autres. Malgré les mesures barrières, les retrouvailles furent émouvantes et des personnes qui ne s’étaient pas vues depuis un an ont pu se retrouver dans notre champ. Cet été, qui ressemblera sur bien des aspects à celui de l’an passé, nous souhaitons par le théâtre et la musique continuer à faire rêver nos spectateurs, tenter de leur faire non pas oublier mais relativiser les temps que nous traversons. Les arts vivants, en plus de rapprocher les êtres, se doivent d’être une promesse pour le présent : quel que soit l’état de notre monde, revenir à la simplicité d’un poème ou d’une harmonie peut redonner confiance, espoir et volonté.

Propos recueillis par Nadège POTHIER

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En savoir plus : festival Pampa

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Photographie à la Une : festival Pampa, équipe 2020 (crédits : Benjamin Porée)