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Musique : hommage au violoncelliste Rostropovitch décédé il y a dix ans

Musique : hommage au violoncelliste Rostropovitch décédé il y a dix ans
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L’image est restée imprimée dans les mémoires : Rostropovitch jouant Bach au violoncelle devant le mur de Berlin le 11 novembre 1989. Dix ans après sa mort, « Slava » est fêté avec un coffret exceptionnel chez Warner Classics, une exposition à Paris et un festival à Moscou.

[avec AFP]

Au Théâtre des Champs-Elysées, des photos intimes ou publiques retracent les grands moments de sa vie, dont ce 70e anniversaire joyeux organisé dans le théâtre parisien devant plusieurs têtes couronnées et en présence de Yehudi Menuhin et d’Elton John. Paris a beaucoup compté dans la vie du musicien né à Bakou. Lorsque la famille – Slava, son épouse la soprano Galina Vichnevskaya et leur deux filles – lassée des persécutions, demande un visa étranger pour deux ans au pouvoir soviétique en 1974, c’est à Paris qu’elle s’installe.

Elena, la fille cadette aujourd’hui âgée de 58 ans se souvient :

« D’abord dans de petits appartements de location, avant d’acheter l’appartement mythique de l’avenue Georges Mandel, la petite Russie. Mes parents étaient très nostalgiques, ils avaient recréé leur propre Russie, meubles, œuvres d’art, tout était russe. On recevait beaucoup de musiciens évidemment, et puis Rudolf Noureev, Marina Vlady, qui était mariée au poète Vyssotski, une figure pour nous… On pensait partir pour deux ans. En 1978, mes parents ont appris en regardant la télévision à Paris qu’ils étaient déchus de leur nationalité. Ca a été un traumatisme. »

Soutien fraternel à Soljenitsyne

Les relations avec le pouvoir soviétique s’étaient tendues depuis les année 1970 lorsque Mstislav Rostropovitch et son épouse accueillent le dissident Alexandre Soljenitsyne chez eux. « Mon père était très impulsif, il n’a pas décidé d’héberger Soljenitsyne pour faire un geste politique, mais pour l’aider ! Il l’a invité dans notre Datcha sans jamais se cacher, c’est devenu un problème énorme », se souvient Elena.

En 1970, Rostropovitch écrit une lettre ouverte à quatre grands journaux soviétiques pour dénoncer les attaques dont Soljenitsyne est l’objet après avoir reçu le prix Nobel de Littérature. Jamais publiée en Russie, la lettre est divulguée – probablement par le KGB – à l’Ouest.

Chute du mur de Berlin et entrée dans la légende

Le couple ne reverra la Russie qu’en 1990, après la Chute du mur de Berlin. « Il est parti à Berlin sur une impulsion, sans prévenir personne. Et bien sûr, il n’avait pas pensé à la chaise pour jouer du violoncelle ! Il a dû aller la chercher au Check Point Charlie chez les militaires, et il s’est assis pour jouer ».

L’aura de Rostropovitch est depuis longtemps déjà immense. « Mon père est une légende pas uniquement parce que c’était un très grand musicien mais aussi parce qu’il s’était donné pour mission d’élargir le répertoire du violoncelle, qui était un instrument de l’orchestre mais jamais au même niveau que le piano ou le violon », rappelle Elena, qui a accompagné son père au piano pendant sept ans avant de se dédier à sa propre famille.

Infatigable défenseur des compositeurs de son époque, Slava a créé plus de 230 œuvres. Il est l’ami de Chostakovitch, Prokoviev et Benjamin Britten. Il travaille avec toutes les esthétiques : du Français Henri Dutilleux à Piazzolla ou Bernstein.

Transmission et hommage

Né dans une famille de musiciens – mère pianiste et père violoncelliste – il transmet tout naturellement la musique à ses deux filles : Olga (violoncelle) et Elena (piano). Cette dernière travaille aujourd’hui pour la fondation de ses parents, dédiée à la santé des enfants, et sa propre fondation pour la musique et l’enfance.

Elle se souvient encore avec émotion de l’enseignement de son père quand elle a commencé à l’accompagner au piano, à 16 ans. « Il ne s’agissait pas de travailler un piano ou un crescendo. Il créait des images. J’avais du mal à démarrer la sonate de Schubert Arpeggione. Il m’a dit d’imaginer Schubert à son piano regardant par la fenêtre un paysage noyé de brume, et il me disait : il faut que tu écoutes le silence, et là tu commences à jouer ».

France Musique organise une journée spéciale le jour de l’anniversaire de « Slava » (« gloire » en Russe) le 27 mars. Sur Radio Classique, hommage le 30 avril. Un concert se tiendra dans le cadre des « Rencontres musicales d’Evian », qu’il a dirigées, le 4 juillet, et un Festival Rostropovitch se tient à Moscou du 27 mars au 4 avril.

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