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CeeJay : « Ni âme ni spiritualité ils sont les brutes modernes »

CeeJay : « Ni âme ni spiritualité ils sont les brutes modernes »
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Série : « Les sens de l’art après le V-13 sanglant  » (5)

Le poète n’est pas là pour supprimer l’horreur, ni même l’expliquer, mais la revêtir d’une lumière… Douze jours ont passé depuis le V-13 sanglant, et nous laissons de nouveau la parole à un albatros de notre temps, CeeJay, qui reprend le cri de Pascal Boulanger pour le porter en d’autres terres et d’autres cieux, à travers 4 poèmes.

Ce qui demeure.

L’obscur n’a pas encore été pénétré de lumière,
Un abîme de stupeur tatoue nos mines étonnées.

L’inconcevable fut conçu, que la modernité a incorporé
Depuis, holocaustes et génocides ne sont plus que banalités.

La boite de Pandore à été éventrée
Rien n’arrêtera le progrès de l’horreur.

Le frisson tant chéri est devenu le stupéfiant viatique
Plutôt crever de faim que d’en être privé.

La relève est debout à tous les postes clés
L’argent est amassé au profit d’unité.

Ceux là ne sont que sable
La poussière sans le souffle.

Ni âme ni spiritualité ils sont les brutes modernes
Ils thésaurisent par delà l’entendement !

– – – – – – – – – –

J’allume des bougies sur les chemins où mes pas  mènent
L’obscurité en est toujours aussi dense et meurtrière.

Ce voyage là, peut être fait dans l’infini
Et permet de visiter l’avenir.

Conscients d’être univers
Particules en voyage éternel.

Sachant que rien ne disparaît, que tout se mixte
Que nous renaissons en myriade aux travers des espaces.

Nous sommes dans tout simultanément
Et dans le même temps momentanément ici.

C’est la métaphore du dieu insufflant la poussière
Pour donner vie, à laquelle l’homme veut croire.

Ce voyage nous en sommes au présent les pilotes…
Ce qui vient, ce qui part, ce qui demeure.

*          *          *

La fin se lève

Dépecée par les barbelés
La fin se lève.
Le jour se tait.
La nuit étend ses bras voleurs.

La fin se lève radicale.
Serrée à droite.
Raclant les murs.
Son nombre croît.

D’heure en heure
Sidérante.
La fin envahit nos espaces
D’une brume venue du viscéral.

C’est par un cri strident
Aussitôt étouffé
Que nous regardons la fin qui se lève
Avec naturel, sans honte.

La fin se lève pour nous égorger.
Nous dépecer de toutes nos vérités.
Nous mettre à nu d’amour.
Et révisionnel l’Histoire !

*          *          *

Jourdain de sang

La lune prend la vallée
Nous devenons des cibles.

Le Jourdain qui s’écoule
À la couleur du sang.
Nos corps vacants
Y flottent nus et suivent le courant.
Les étoiles une à une s’allument.
C’est la féerie rouge !
Une sorte de Noël à changer de croyance.

Les dunes ont des yeux de rubis.
Tu tombes, ton regard les croise
Dernier signe avant les marécages de l’âme.
C’est ton fusil d’assaut
Qui vers le fond t’emmène
Tant sous les privations tu as perdu de poids.

L’air sent le soufre, il est léger
Comme du fond de toi
S’exhale la dernière haleine.
Delà le sable, les villages rougeoient.
Les lauriers roses sont devenus de feu.

La vie entière défile sous tes paupières closes.
Une unique vision globale y suffit :
Les obus, le feu, les cris.
Les corps des enfants et celui de ton frère.
Ta mère qui agonise sous le ciment.
Le tonitruant cataclysme des missiles en rafales.
Le sifflement des balles.
Les éclats de chair déchirée sur les mines
antipersonnelles.
Les jambes, les mains, les visages épars
Et tout ce sang qui abreuve la terre
Depuis près de soixante-dix ans.
Sur ce sol les colons implanteront
Des murs de béton en place d’oliviers.

La lune s’est élevée.
La brume de la guerre a caché les étoiles.
Et c’est à contre-jour
Que sur toi se referment les flots.

*          *          *

En mon cœur emmuré

Sous les tôles du camp

Une touffeur de fournaise.

Les plaies fourmillent de vers

Et les yeux sont vitreux.

La boue des urinoirs s’évapore lentement

Laissant sous une vapeur sombre

Ramper un fumet d’ammoniaque.

Cernés des ombres noires

Les enfants ne posent plus de questions

Et s’en vont en silence

Chercher la claire bouillasse

Que sera jour après jour la pitance.

Mes pieds crissent sur la cendre

Des amis et des familles brûlés.

Je crie et blasphème en silence car je ne prie pas.

J’essuie des larmes sèches.

Les scories rougeoyantes me calcinent les cils

Quand je pose mon regard

Sur la bouche puante des cheminées du diable.

Les corps nus des compagnons d’infortune

Comme à l’étal des bouchers

Se tiennent immobiles.

Sur les cailloux gelés de la cour infernale

Du haut des miradors le faisceau nous balaye

En quête d’un mouvement las.

Et s’il se fait un geste

La mitraillette couchera au hasard

Une volée d’entre nous

Et l’attente infinie sera recommencée

Jusqu’au fond de la nuit.

Je ne prononcerais par le nom de ce lieu de massacre

Aux planches poissées de sang qui a gardé mon âme.

Cela serait danger de perdre un secret

En mon cœur emmuré

Où il reste planté lacérant comme une lame.

 

CeeJay

Poète

Les trois derniers poèmes, extraits de Bombe voyage, bombe voyage (Maelström, 2014), sont reproduits sur ce site avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Dans la même série :

  1. Pierre Monastier : « Au lendemain du  »V-13 sanglant », gare à la récupération artistique !« 
  2. Ariel Spiegler : « L’épouvante et la honte : seconde victoire des terroristes ?« 
  3. Pascal Boulanger : « La gueule enfouie ils ne regardent jamais le ciel« 
  4. Maël Lucas : « La facilité, c’est pour l’artiste de se poser en martyr face à la barbarie.« 
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1 Comment

  1. Bel article de Pierre Monastier merci

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