« Je ne cherche pas, je trouve. » Cette profession de foi, ou plutôt cette déclaration de guerre, due à Pablo Picasso, nous reste en travers de la gorge ! Soyons juste : ainsi présentée, l’affirmation est tronquée. Ce que Picasso, probablement excédé par les contempteurs de son art, et, plus largement, du cubisme, a écrit dans sa lettre sur l’art de 1926 est exactement ceci : « On me prend d’habitude pour un chercheur. Je ne cherche pas, je trouve ».

Chronique : « Hématome »

Une manière, certes arrogante et péremptoire, de revendiquer sa peinture, ses peintures, comme des œuvres pleinement maîtrisées et achevées, et non pas comme des tentatives plus ou moins avortées de renverser le monde des formes et des perceptions.

Aujourd’hui, naturellement, le risque de se perdre est épargné non seulement à l’artiste, mais aussi au simple quidam – deux mondes enfin réconciliés ! –, grâce au miraculeux G.P.S, le Global Positioning System, qui a définitivement ringardisé les chercheurs, de chemin, de noises, de poux dans la tête, de fortune, de quadrature du cercle (vicieux).

Déjà, dans les années 30, Walter Benjamin, philosophe flâneur et chiffonnier, soulignait la difficulté de s’égarer dans le labyrinthe des grandes métropoles, et préconisait d’en réhabiliter l’art, la science et la pratique.

Plus récemment, Guy Debord et ses amis situationnistes, donnaient à leurs pérégrinations urbaines le visage moderne d’une sorte de Carte du Tendre, version poétique et révolutionnaire des illisibles cartes routières au Xmillième.

Or, nous plonger dans la nuit hallucinée de la grande cité (Londres), c’est ce que HEMATOME a entrepris en mettant sur la scène Brûler des voitures, la pièce inédite de l’auteur britannique Matt Hartley, dont la création est imminente, après deux années de travail. Qu’y cherchions-nous ? Qu’allions-nous y trouver ? Certainement pas un chemin balisé, mais plutôt une suite de niches syncopées occupées par 9 personnages que rien, sinon un fait divers banal et pourtant sordide, ne pouvait relier. Plus encore, nous avons peu à peu réalisé que le destin de chacun de ces 9 personnages allait être bouleversé SANS, et c’est là l’habileté suprême de l’auteur britannique, QU’ILS EN SACHENT RIEN !

Passionnés par cette dramaturgie souterraine, par le grand cirque urbain qui semble avoir à notre insu pris le pas sur nos perceptions, nos sentiments, nos pensées, nous avons choisi de poursuivre son exploration par la recherche de formes originales, ludiques, suggestives, un nouveau chantier, sans GPS : cela s’appelle GOUFFRE ET PARADIS et ce sera, en 2018 /2019… l’HEMATOME 2 de notre parcours.

Michel GRAND


Ce portrait s’inscrit dans une chronique intitulée « Hématome », du nom de la compagnie fondée par Eva Provence, dont Profession Spectacle est partenaire.

Lire aussi :

1. Matthew Hartley ou l’art d’embrasser les réalités les plus diverses
2. Michel Grand, un homme-monde, entre orthodoxie campagnarde et dandysme parisien
3. Céline Martin-Sisteron : « Le théâtre est un lieu où l’on peut traverser les réalités »