Les craintes du monde de la culture dans les Côtes-d’Armor ont été confirmées. Le Conseil général a validé, par le vote de son budget 2016, la fin des subventions à l’association Itinéraires Bis : une coupe claire de plus pour raisons économiques. Ce sont tous les professionnels des arts et du spectacle du département qui dénoncent les conséquences d’une telle décision.

Lundi 14 mars dernier, ils étaient 250 personnes à s’être rassemblées devant le Conseil général des Côtes-d’Armor à Saint-Brieuc. Artistes, directeurs de salles de spectacle ou de théâtre, associations culturelles… tous réunis sous une même bannière au jeu de mots tristement cynique « Côtes d’Art-Mort ». Pendant ce temps, dans le bâtiment à quelques mètres de là, l’assemblée départementale par la voix de son président Alain Cadec s’apprêtait à entériner le vote du budget 2016. Un budget dicté comme partout par la chasse aux économies. Au total, seize millions d’euros de moins que le budget 2015 sont actés sur une enveloppe globale de 646 millions. « Indispensable », assure l’exécutif.

Cherchez l’erreur : 1,13 % du budget total et 12,5 % des économies réalisées en 2016

Côtes d'Art-MortParmi les économies choisies, le budget culturel du département diminue de plus de 2 millions d’euros pour tomber à 7,3 millions d’euros. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la culture prend en charge 12,5 % des économies totales réalisées en 2016, alors que le budget culturel du département représente cette année 1,13 % du budget total seulement ! Une décision aberrante et disproportionnée.

Cette baisse correspond à la fin des subventions pour l’association Itinéraires Bis. Ce désengagement total avait été annoncé le 8 février dernier, provoquant un choc terrible pour les acteurs culturels du département et une mobilisation importante de soutien. « Une surprise, un choc, une décision prise sans aucune concertation ». Tels étaient les premiers mots de l’association et de ses 19 salariés qui espéraient alors encore un revirement.

Itinéraires Bis : qu’est-ce que c’est ?

Itinéraires Bis est une association créée – dans sa forme actuelle – en 2009, mais présente concrètement depuis plus de 30 ans dans le département des Côtes d’Armor. Elle est en effet le fruit d’une fusion de deux organismes : l’office départemental de développement culturel et l’association départementale pour le développement de la musique et de la danse. L’idée à l’époque était de créer une association culturelle unique pour avoir un outil plus efficace et lisible. Une idée venant… du département avec « une mission de service public pour la création, la diffusion et la démocratisation culturelle et artistique sur tout le territoire des Côtes-d’Armor ».

Itinéraires Bis a un budget s’élevant à 2 millions d’euros, dont 1,7 millions provient des subventions départementales, soit 80 %. L’association emploie 19 personnes, sans compter tous les sous-traitants et les intermittents.

Itinéraires Bis : qu’est-ce qu’ils font ?

Concrètement, les actions d’Itinéraires bis sont très larges et variées. Elle organise notamment plusieurs festivals comme le festival de théâtre et de musique Pas Sages qui a débuté le 10 mars et se poursuit jusqu’au 3 mai. Elle gère également la galerie d’art contemporain du Dourven.

Itinéraires BisL’association a fait son bilan : force est de constater que son champ d’influence en six ans a été très important dans un département particulièrement rural. « Ce sont 306 000 Costarmoricains qui ont été exposés à nos spectacles ou expositions, dont 38 200 élèves, énumère William Domenech, responsable montage et accompagnements de projet chez Itinéraires Bis et également représentant des salariés. 450 artistes ont été programmés, 271 projets artistiques accompagnés, 166 festivals aidés, conseillés et soutenus. Au total, près d’une centaine de communes ont accueilli chaque année des spectacles, que ce soit dans les écoles, les théâtres, les centres hospitaliers, les maisons de retraite… ».

Jean-Marc Imbert confirme. Il dirige le Petit écho de la mode, un centre culturel situé à Châtelaudren (980 habitants), comprenant une salle de spectacle et d’exposition, ainsi qu’une école de musique et de danse. « Grâce à Itinéraires Bis, nous avons pu être accompagnés d’un scénographe professionnel pour la construction de notre salle de spectacle. Nous avons pu accueillir des artistes en résidence, organiser des interventions dans les collèges… C’est un partenaire essentiel, explique-t-il, avant de s’interroger avec inquiétude : Qui va nous aider à apporter la culture dans un petit bled comme le nôtre ou d’autres dans le département ? Il y a trente ans, les Côtes-d’Armor étaient un département pilote grâce aux soutiens apportés aux compagnies artistiques. Ce serait terrible de perdre ça ! ».

Quelles conséquences concrètes ?

Alain Cadec (LR), président du Conseil général des Côtes-d’Armor depuis avril 2015, ne se cache pas : il assume le désengagement financier entraînant la fin d’Itinéraires Bis et ses conséquences, mais assure que « le département va reprendre un certain nombre des missions d’Itinéraire Bis et également une partie des salariés ». On parle de neuf personnes sur 19 réintégrées et d’une enveloppe d’un million d’euros pour accompagner ceux qui resteront sur le carreau. « La galerie du Dourven ne va pas disparaître. Elle restera dans le giron du département et sera gérée par notre collectivité, assure t-il également. Le département va se substituer aux engagements d’Itinéraire Bis pour les accompagner dans leurs manifestations, leurs festivals. Nous serons à leur disposition ». À court terme donc, l’effet ne devrait pas se faire sentir. Mais par la suite ? Comment faire autant avec moins de moyens ? Impossible !

Des « États généraux de la culture » en septembre

Itinéraires Bis espérait obtenir un moratoire d’au moins un an pour essayer de trouver un autre modèle de financement. Il n’en sera rien. Alain Cadec a également annoncé, pour tenter d’apaiser les choses, qu’il organisera « des États généraux de la culture » en septembre prochain « pour réfléchir ensemble à une vision partagée de l’action culturelle du département pour l’avenir ». « Ce sera de beaux débats qui ne serviront à rien ! », prédit déjà Jean-Marc Imbert. La mobilisation de soutien va continuer pour sauver ce qui peut encore l’être mais l’espoir semble bien faible.

 

Xavier GRIMAULT