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Olivier Py : « L’éducation artistique et culturelle est centrale ! »

Olivier Py : « L’éducation artistique et culturelle est centrale ! »
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Le Haut Conseil pour l’éducation artistique et culturelle a tenu une assemblée extraordinaire et ouverte à tous lors du festival d’Avignon, sur le site de l’université Louis Pasteur. Après une introduction de Philippe Ellerkamp, président de l’université, Olivier Py est intervenu pour défendre sa vision de l’éducation et les actions menées par le festival auprès des jeunes.

Mentionnant la pièce-phare d’Avignon 2018, Thyeste, mise en scène par Thomas Jolly, Olivier Py a vu dans ces enfants qui s’entre-dévorent et que nous dévorons une possibilité inscrite dans la montée du populisme. « Récemment, le président de la République a déclaré dans une vidéo qui a été beaucoup commentée que les minima sociaux, les prestations sociales lui semblaient inefficaces. C’est un point que je ne partage pas avec lui. Je pense qu’elles sont tout à fait efficaces pour sauver la dignité de certaines personnes, pour éviter la très grande misère, voire la mort. »

Sortir du diktat économique

Le metteur en scène a en revanche souligné un point de convergence avec Emmanuel Macron, le fait qu’il y ait un problème d’ordre éducatif, sauf qu’il ne constate aucune « grande augmentation des budgets de la culture, de l’éducation et de l’éducation artistique ». Et d’ajouter : « Je ne dis pas, au risque de me caricaturer moi-même, que la culture soit la réponse à toutes les questions, mais j’ai tendance à penser qu’elle est la cause de tous les problèmes, et souvent des problèmes économiques ».

Sortir du diktat des chiffres, qui impose une logique, une réalité sous-jacente, voire une politique culturelle publique, tel est un enjeu majeur. Il récuse ainsi « cette idée d’une réalité qui a plus de légitimité à présider à nos destins que les lettres, que la définition que nous donnons de nous-mêmes, de notre désir, de notre singularité, de notre bonheur d’être ensemble. Nous sommes dans une dictature des chiffres, c’est-à-dire dans une dictature de la virtualité dans une perte de plus en plus grande du réel. Quand le réel est exclu de la réalité, il revient souvent sous des formes monstrueuses, dans un désir de violence. »

Violence ou compromission : la voie culturelle médiane

Citant Alain Badiou, il évoque un choix réducteur pour la jeunesse de notre temps, entre la violence et la compromission : « se compromettre dans un système qu’elle n’aime pas, dans lequel il lui semble qu’elle perd une part de sa dignité, ou avoir une réaction violente, comme celle de l’intégrisme, du populisme, du nationalisme, de la haine, du racisme, etc. ».

L’enjeu pour les acteurs des arts et de la culture n’est rien de moins que de créer une alternative à ces deux formes de violence, celle qui consiste à « abdiquer sa propre singularité dans la compromission du monde capitaliste » et celle qui aboutit à « abdiquer sa sincérité dans la violence des extrémismes ».

Cette voie médiane n’est évidemment pas sans risques, ni difficultés. Nulle garantie de succès, certes, mais un devoir collectif « d’essayer encore et encore ». Olivier Py rappelle qu’à son arrivée à la tête du festival d’Avignon, il n’existait pas « de lien entre l’éducation nationale et le festival d’Avignon, pour des raisons très simples qui sont de l’ordre du calendrier » et du fait qu’il n’existait pas de lieu à l’année, avant la création de la Fabrica – par Vincent Baudriller et Hortense Archambault – en 2013.

Nécessité de coordonner les arts et l’éducation nationale

Pour Olivier Py, la coordination entre les arts et l’éducation nationale est une évidence : « Je ne sais pas faire autrement que de frapper immédiatement à la porte des partenaires de l’éducation nationale des collèges, des lycées, et de tous ceux qui prônent l’action sociale. Je pense que c’est consubstantiel à l’idée que je me fais du théâtre, du service public, de la décentralisation et du théâtre public. »

Le festival d’Avignon assure aujourd’hui près de 800 heures d’intervention, dans 77 établissements, 41 classes de primaire, 52 classes de collèges et 23 classes de lycée. Cela représente environ 7 000 personnes dont 5 000 élèves.

Le festival a par ailleurs mis en place un guide du jeune spectateur, afin de briser les « mécanismes d’auto exclusion » de certaines familles. Ces différentes formules semblent fonctionner puisqu’Olivier Py dit observer un rajeunissement du public. Enfin, « il y le problème des habitus : quelqu’un qui a 17 ou 18 ans ne sait pas forcément comment entrer dans ce qui lui apparaît comme une forteresse de la culture ». D’où l’accent mis sur la numérisation, les outils de communication…

Éducation artistique : une formation citoyenne

À quoi servent de tels dispositifs ? Olivier Py s’interroge, comme tous les acteurs de la culture : « Est-ce que ça sauve des vies ? Je ne sais pas, mais j’ai constaté que ça sauve des existences ». C’est pourquoi l’éducation artistique et culturelle fait l’unanimité. En revanche, « il y a un climat d’inertie, notamment chez les décideurs et les politiques, qui font que ça semble toujours en bas de l’échelle des préoccupations ».

Olivier Py a tenu à rappeler en conclusion que « l’éducation nationale n’est pas une formation professionnelle », mais un apprentissage citoyen, afin de ne pas créer « des enfants avec des têtes carrées, destinés à entrer dans les serrures du capitalisme », c’est-à-dire dans cette succession de « modes extrêmement vides ».

Celui qui bénéficie de « cette petite fenêtre de l’éducation artistique au sein de son parcours scolaire découvre que ce qui importe, c’est d’abord lui-même. C’est extraordinaire ! Pour une fois, on ne lui demande rien d’autre que d’être soi-même, de se rencontrer, de s’accomplir, de s’ouvrir, de rencontrer les autres et de se rencontrer soi-même en rencontrant les autres. Si c’est ça que fait l’éducation artistique, elle n’est pas périphérique, elle est centrale ! Elle est indispensable à la vie de l’éducation ; elle en est même la plus grande définition. »

Propos recueillis par Laure CHANTEGREL et Nadège POTHIER



Photographie de Une – Olivier Py (crédits : Marianne Casamance / Wikipédia)



 

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