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On a testé pour vous… l’école du one-man-show de Rennes !

On a testé pour vous… l’école du one-man-show de Rennes !
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Véritable institution du théâtre depuis les années 90, l’école du one-man-show de Paris a ouvert avec succès une antenne à Rennes, depuis septembre 2015, sous la direction de son créateur William Pasquiet. À quoi cela ressemble ? Profession Spectacle s’est jeté sur les planches.

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Il est 18h45 en ce lundi de février. Direction la brasserie-cabaret La Lanterne, située sur les quais de la Vilaine dans le centre-ville de Rennes. Un bonjour au tenancier qui nous oriente vers le sous-sol de l’établissement. Quelques marches plus bas et nous tombons sur une petite salle de spectacle aux murs de pierre. Une scène en bois, des coulisses d’un mètre de large pas plus, cachées par un rideau mauve, une cinquantaine de places assises bien serrées et une petite régie son et lumière… l’endroit est intimiste. Parfait pour mettre à l’aise des comédiens-humoristes en herbe, dont certains n’ont jamais foulé les planches.

« À Paris, tout est bloqué ! Le public parisien est blasé »

Quelques minutes plus tard, William Pasquiet débarque. Les cheveux en bataille, barbe de trois jours, pantalon large et vieux pull camionneur trop grand, le comédien et metteur en scène nous accueille avec le sourire. À 51 ans, il se dit « très fier du succès » que connaissent les cours proposés à Rennes depuis le 28 septembre. « Les sessions ont lieu tous les lundis mais devant la demande, on a dû ouvrir un autre créneau le mardi soir », se félicite-t-il avant de se remémorer la genèse et le succès de son école du one-man-show de Paris. « Je l’ai créée avec l’aide et les conseils de ma complice Sylvie Joly en 1994, au théâtre du Point-Virgule, se souvient-il. C’était bien avant que l’humour ne devienne le phénomène de mode qu’il est aujourd’hui. Nous n’avions que trois inscrits au tout départ. » Aujourd’hui, l’école compte plus de 300 élèves et le succès n’est plus à prouver.

Des grands noms de la scène actuelle y ont fait leurs classes, parmi lesquels Gaspard Proust, Fabrice Éboué ou Bérengère Krief. « J’ai quitté Paris il y a deux ans pour souffler un peu. Créer des ateliers en province m’a paru comme une évidence. À Paris désormais, tout est bloqué !, regrette t-il. Le public parisien a le choix entre plus de 800 spectacles par soir. Il a tout vu ! Le pire et le meilleur ! Conséquence, il est blasé. La province pour moi, c’est l’horizon. »

Les élèves jouent leurs propres textes

19 heures approchent. Les élèves sont arrivés eux aussi. Il est temps pour William Pasquiet de rameuter les troupes : « Tout le monde est là ? Non ? Vincent est malade. Ok… » Ce soir-là, ils sont six à être présents face à lui, sur les dix-huit inscrits le lundi soir ou le mardi. L’ambiance est détendue. Tout le monde discute, certains autour d’une bière. D’autres révisent des textes écrits sur des feuilles volantes ou un cahier.

William Pasquiet photo 1

William Pasquiet

19h15, premier exercice. « Tout le monde sur scène. On va faire une mise en bouche pratique pour s’échauffer la voix, lance William Pasquiet. Exercice de diction. Répétez fort et le plus clair possible : Papa boit dans les pins, dans les pins Papa boit, dans les bois Papa boit et peint. » Les élèves s’exécutent avec plus ou moins de difficultés, le tout dans un gentil brouhaha entrecoupé de quelques fous rires.

Dix minutes plus tard, place aux choses sérieuses. « Trong, seul sur scène ! » Si durant les trois premiers mois de cours, les élèves ont eu droit à une initiation aux bases du jeu théâtral, puis à un travail sur l’interprétation de sketchs célèbres, chacun joue désormais ses propres textes. Et c’est donc Trong, une trentaine d’années, qui est le premier à s’élancer ce soir. « Bonsoiiiiir la Lanterne ! Ça va ?, débute-t-il énergique. Ma copine et moi, on vient d’adopter… un chien ». Il enchaîne son sketch dans son intégralité pendant cinq minutes. William Pasquiet écoute et regarde avec attention. Fin du texte, premier verdict. « C’est bien en place ! Tu es là ! Mais il faut que l’acteur que tu es libère sa folie, juge-t-il. Le texte est bien écrit mais on va voir le résultat si tu te lâches. Tu recommences. À mon top, tu es pris d’une violente crise de démence ! À mon deuxième top, tu poursuis ton texte. »

« N’ayez pas peur d’en faire trop ! »

« Top ». Le jeune humoriste part dans un état second. Il hurle, saute partout sur la scène les yeux révulsés. « Top ». Retour au texte mais avec cette fois une énergie décuplée. Le sketch prend une autre dimension. William Pasquiet le fera travailler 25 minutes. « Trong, tu peux t’asseoir, tu es fatigué. C’est bien, merci pour ce que tu as donné, le complimente t-il avant d’ajouter pour tout le groupe : N’oubliez pas ! N’ayez pas peur d’en faire de trop ! » Trong est en sueur et essoufflé : « Wow c’est du sport », lance-t-il. « N’oubliez pas que les professionnels font ça pendant 1h30, cinq soirs par semaine », lui répond William Pasquiet.

Presque 20 heures. Romain, 29 ans, prend la suite sur scène avec un sketch dans lequel il raconte sa vie de célibataire, insistant bien sur les détails les plus osés. C’est trash, grossier et drôle. « La présence tu l’as, mais il faut que tu travailles toi aussi le rythme et surtout ton regard. Tu as un regard de psychopathe. C’est ta force ! » lui faisant rejouer la même scène cinq, six, sept… jusqu’à dix fois.

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Puis vient le tour de Caroline, une jolie brune. Elle nous raconte dans son sketch qu’elle vient de se faire virer de son travail parce qu’elle a emmené les personnes handicapées dont elle s’occupait en… boîte de nuit. La jeune humoriste part dans un fou rire. « C’est bien ! Ne t’arrête surtout pas, au contraire, lui lance William Pasquiet. C’est toi, tu es folle et il faut que tu t’en serves ». Le metteur en scène donne de sa personne. Il se lève, agite les bras, monte sur scène, guide son élève, mime le texte et l’aide à trouver la bonne gestuelle. « Tu t’amuses et ça se voit ! C’est exactement ce qu’il faut », l’encourage-t-il.

Sur scène en public le 12 mars

Jusqu’à plus de 22 heures ce lundi soir, tous les élèves se donnent, répètent leurs gammes ; le plaisir est là, visible et communicatif. Aucun d’entre eux ne s’est inscrit ici en espérant coûte que coûte faire carrière. « On le fait avant tout pour s’amuser et progresser », expliquent Trong et Romain, même si les deux avouent « avoir le rêve de percer et pourquoi pas d’en vivre ». D’ici-là, une première échéance importante approche à grands pas. Le 12 mars aura lieu ici-même, à La Lanterne, une représentation en public et, bien sûr, le stress monte. William Pasquiet compte organiser une soirée plateau d’humour par mois, jusqu’au mois de juin, avec des invités venant de Paris.

Parallèlement, un nouvel atelier a été ouvert à Vannes, dans le Morbihan, depuis la semaine dernière. Et en janvier 2017, le comédien espère exporter son école dans sa ville natale d’Angers. La future star du one-man-show pourrait rapidement voir le jour dans l’Ouest.

Xavier GRIMAULT

*Pour en savoir plus : site de One-man-show Bretagne.

*William Pasquiet sera de retour sur scène, à la rentrée de septembre 2016, avec son personnage fétiche, le ringard et déjanté Giovanni Cayave, fils caché de Sylvie Vartan.

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