La région PACA dispose d’innombrables atouts pour rendre vivante la culture : un climat béni des dieux, un riche patrimoine architectural, une culture ancestrale, des paysages magnifiques et diversifiés… pas étonnant que les festivals pullulent ! Tous connaissent les grandes institutions telles que le festival d’Avignon, les Chorégies d’Orange ou le festival de jazz de Juan-les-Pins. Découvrez maintenant notre sélection spéciale de festivals de musique : nous avons sélectionné pour vous 5 rendez-vous musicaux particulièrement créatifs aux 4 coins de la Provence.

Photo de Une : Dub station festival de Vitrolles (© J.-B. Denizot)

Joutes musicales de printemps à Correns (Var) – 13-15 mai 2016

Chaque année lors du week-end de Pentecôte, le village de Correns vit au rythme des musiques du monde. Ce village de 900 âmes, que traverse l’Argens, s’affiche fièrement comme le premier village bio de France : vignes, oliviers, maraîchage, tout est planté et cultivé dans le respect de la charte du bio. Outre cette particularité, il abrite un centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde, le Chantier, dont les Joutes musicales de printemps sont la vitrine. Les Joutes, ce sont une trentaine de concerts répartis dans tout le village, sur six scènes allant d’une centaine à un millier de places. « À l’origine, c’était un concours de musique dont la pertinence n’a plus lieu, le festival s’étant professionnalisé », nous explique Laurent Sondag, qui est en charge de la communication. Il insiste sur le fait que les musiques traditionnelles et les musiques du monde sont toujours bien vivantes et en constant renouvellement, ce qui explique l’utilité du Chantier. « L’aspect concours entre les artistes ayant disparu, reste la rencontre entre les artistes et le public ; c’est là l’essentiel car les gens qui viennent aux Joutes sont avant tout curieux de découvrir de nouvelles voix, de nouvelles cultures, de nouvelles créations ». Dix créations issues du Chantier seront présentées cette année. Soutenu par la région, le département, la commune et la Drac, ce centre de création musicale unique au monde accueille en résidence des artistes, qu’il accompagne dans le travail, par des conseils et des rencontres, jusqu’à l’accouchement de leurs créations.

Moussu T - Les Joutes de Correns (© Akwa Bétotè)

Moussu T – Les Joutes de Correns (© Akwa Bétotè)

Les Heures Musicales de Biot (Alpes Maritimes) – 19, 26 et 31 mai et 3, 9 et 14 juin 2016

Kathia Buniatishvili - Les Heures Musicales de Biot

Kathia Buniatishvili – Les Heures Musicales de Biot

Ou comment produire un fameux festival avec trois sous. « Si ce festival propose chaque année une programmation éblouissante, depuis 33 ans, c’est qu’il est nourri par la passion », nous assure Liliane Valsecchi qui en est la directrice artistique et la fondatrice. Elle-même pianiste, elle est appelée par le maire de Biot pour créer une école de musique, laquelle connut un succès rapide. « Le petit village était connu pour ses artistes céramistes, ses maîtres potiers et surtout sa verrerie ; il ne lui manquait plus, pour ainsi dire, que la musique », raconte Liliane Valsecchi dans un éclat de rire. Ainsi créa-t-elle le festival de musique auquel, chaque été, dans la petite église à l’italienne de Biot dont l’acoustique est merveilleuse, les deux célèbres frères Capuçon, Renaud le violoniste et Gautier le violoncelliste, participent. Eux, ce sont les deux chéris, comme aime à le répéter Liliane Valsecchi ; il est presque normal qu’ils soient là, ce qui donne la mesure de la programmation. Des personnalités majeures de la musique classique ont participé à ce festival comme, l’an dernier, la soprano Natalie Dessay, le violoniste Gilles Apap ou la pianiste Katia Buniatishvili. « Moi-même, je suis époustouflée », assure-t-elle. De quoi ? De ce que persiste un festival de si haute tenue dans un lieu si reclus, malgré la baisse des subventions, malgré tout ce qui fait que nombre de festivals déclinent un jour ou l’autre et meurent ou s’endorment. « Mais ici, tout le monde est bénévole, c’est ce qui décuple la passion. » Voilà de quoi méditer.

Le Grand Bouillon à Reillanne (Alpes-de-Haute-Provence) – 17-19 juin 2016

Affiche du 1er Grand Bouillon de Reillanne

Affiche du 1er Grand Bouillon de Reillanne

Dans un village du Lubéron, célèbre pour son côté « petit village gaulois qui résiste encore et toujours… », c’est-à-dire pour son caractère remuant, vivant et festif, la population a décidé de reprendre en main l’organisation des fêtes du village. Cette idée est née d’un constat dégoûté : l’argent de la municipalité servait chaque 14 juillet à payer des groupes de musique et de spectacle sans âme et sans valeur, alors que le village regorge d’artistes de tout poil et de tout talent ; l’été dernier, le spectacle Chippendales de la fête censément populaire a fait déborder le vase. Rendons à la population sa fête populaire, s’est alors dit un groupe d’associations formées par des professionnels du spectacle qui vivent à Reillanne mais travaillent la plupart du temps ailleurs. Ainsi ont-ils décidé d’organiser cette année leur 1er grand festival qui mêle musique et spectacles, parade, danses, repas et bals populaires. Chacun peut désormais y trouver sa place, des enfants de l’école aux anciens, en passant par les jeunes actifs qui en sont la force motrice et bénévole. Car aucun des artistes vivant en ces lieux ne sera rémunéré, seuls les musiciens venus d’ailleurs le seront : Amsterdam Klezmer Band, A.S.M, Tchalé… Le festival s’ouvrira par une grande parade de chimères créées par des artistes locaux, accompagnée par les enfants de l’école qui auront confectionné leurs propres masques. Ils défileront jusqu’à l’église Saint-Denis, perchée au faîte du village, le vendredi 17 juin. Le reste est à l’avenant : trois concerts et un bal traditionnel avec des musiciens ; méchoui et repas sur la place, le dimanche, avant le spectacle de danse ; ateliers pour les plus petits ; expositions diverses dans des maisons ouvertes, tout se passant dans le vieux village. La restauration étant assurée par les paysans locaux, c’est bien tout un village qui est ainsi mobilisé, retrouvant le sens de la fête collective et intergénérationnelle.

Dub Station Festival à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) – 15-16 juillet 2016

C’est au domaine de Fontblanche, une ancienne propriété agricole située au sud de Vitrolles, qu’aura lieu la quatrième édition du Dub Station Festival, un festival de Sound System sans scène et en plein air, sur les grasses pelouses flanquées de deux allées de platanes. « La caractéristique de ce festival de musique dub, qui le rend unique dans la région, nous affirme Sébastien Grau, l’un des organisateurs, c’est qu’il prend exemple sur les festivals anglais et sur le fameux carnaval de Notting Hill. L’absence de scène et le fait que la musique soit diffusée sur deux murs de son de référence, installés par un collectif d’artistes, permettent une véritable proximité avec le public, en pleine ville et sur un domaine municipal où il est possible de planter sa tente. C’est en réalité dans la continuité de ce que le collectif propose toute l’année aux Docks du Sud à Marseille, mais aussi à Lyon et à Paris lors des soirées Dub Stations, que s’inscrit ce festival d’été. Les passionnés peuvent assister à des concerts d’artistes anglais et écossais qu’il est difficile de voir ailleurs, mais aussi à ceux des scènes locale et nationale. » De l’exotique donc, plus que du sauvage, dans ce festival que soutient la municipalité de Vitrolles. Cette dernière prend soin d’accueillir les festivaliers dans un cadre idyllique, avec un accent mis non seulement sur le respect du lieu, mais encore de la santé des participants : tel est l’enjeu des stands de prévention sur les drogues et les nuisances auditives, mis en place durant les deux jours.

Dub station festival de Vitrolles (© J.-B. Denizot)

Dub station festival de Vitrolles (© J.-B. Denizot)

Les 22e Choralies de Vaison-la-Romaine (Vaucluse) – 3 -11 août 2016

La grande fête internationale du chant choral s’installe dans la ville de Vaison-la-Romaine tous les trois ans depuis 1953, envahissant littéralement la cité, en plus de faire vibrer le Théâtre Antique. Lorsque l’on demande à Jean-Claude Wilkens, directeur artistique du festival, pourquoi deux années vides précèdent chaque festival, il nous répond qu’il serait tout simplement impossible de l’organiser chaque année. « Ce serait d’abord impossible d’un point de vue économique, autant pour le public que pour les choristes qui prennent sur leurs économies et leurs vacances pour venir ; mais c’est aussi une organisation énorme pour la ville de Vaison-la-Romaine, non pas tant à cause des sommes qu’elle y engage que des moyens municipaux qu’elle met à disposition du festival. » Et Jean-Claude Wilkens d’expliquer : « C’est toute la ville qui est envahie et mobilisée par le festival, soit 6000 personnes qui s’installent dans une ville de 6500 habitants. Préparer un tel festival demande également deux ans de travail. » En effet, il ne suffit pas d’y convier le public, il faut encore trouver les choristes, ces festivaliers qui viennent du monde entier pour écouter, mais aussi pour chanter. Telle est la marque du festival : mêler amateurs et professionnels, concerts et chants communs ; par les ateliers, créer une partie des concerts qui seront donnés. « Il faut assister aux 30 minutes de chant commun dans le Théâtre Antique chaque soir. C’est quelque chose de très impressionnant, pour ceux qui ne l’ont jamais vécu, que de se trouver dans le Théâtre entouré de trois à quatre mille personnes qui chantent. » Rendez-vous est pris !

Matthieu de GUILLEBON

Choralies 2016 (© Bertrand Vinsu - Jean Morlais)

Choralies (© Bertrand Vinsu – Jean Morlais)