Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, considéré comme l’un des derniers géants du cinéma et auteur du sulfureux Dernier Tango à Paris et de la grande fresque historique 1900, est mort lundi à Rome à 77 ans. « Bernardo Bertolucci nous a quittés aujourd’hui à 7h », a confirmé lundi son service de presse, sans préciser les causes de sa mort. Selon les médias italiens, il était atteint d’un cancer.

Débuts et consécration scandaleuse : Le Dernier tango à Paris

Né le 16 mars 1941 à Parme, ville du nord de l’Italie où il situera Prima della Revoluzione (1964, prix de la critique à Cannes), Bernardo Bertolucci a grandi dans un milieu aisé et intellectuel. Il a la révélation du cinéma en voyant La Dolce Vita de Federico Fellini. Son père, poète, professeur d’histoire et critique de cinéma, lui offre sa première caméra 16 mm à 15 ans.

En 1969, Bertolucci est le co-scénariste du célébrissime film de Sergio Leone Il était une fois dans l’Ouest.

En 1972, il réalise à Paris Le Dernier tango à Paris, film par qui le scandale et la polémique arrivent. L’œuvre obtient un succès phénoménal et consacre Bernardo Bertolucci comme réalisateur. Alors véritable légende vivante, Marlon Brando participe à une scène de sodomie qui avait fait scandale et provoqué l’interdiction du film en Italie. L’actrice Maria Schneider, âgée de 19 ans au moment du tournage, en avait été profondément marquée, le réalisateur ayant raconté par la suite qu’elle n’avait pas été complètement avertie avant le tournage du contenu de cette scène.

De 1900 à 2013

Après ce scandale, Bertolucci dispose d’assez de moyens pour tourner sa grande fresque historique, 1900, une de ses œuvres majeures qui embrasse près d’un siècle de lutte des classes dans la riche plaine du Pô à travers le destin de deux amis d’enfance. Le film, porté par un prestigieux casting international (Robert De Niro, Gérard Depardieu, Burt Lancaster, Dominique Sanda), a acquis le statut de monument classique dans son pays,

La consécration de ses pairs lui viendra avec Le Dernier Empereur (1987), qui lui vaudra neuf Oscars.

Bertolucci a promené sa caméra à Paris, décor de l’un de ses derniers films, The Dreamers (2003), mais aussi en Chine avec Le Dernier Empereur, en Afrique avec Un Thé au Sahara ou encore au Bhoutan avec Little Buddha.

Bernardo Bertolucci avait modestement jugé, dans un entretien avec l’AFP en 2013, qu’il resterait probablement dans le cœur des cinéphiles comme « un découvreur de jeunes actrices », après avoir fait tourner Dominique Sanda, Maria Schneider, Liv Tyler ou encore Eva Green.

Hommages

« C’était le dernier empereur du cinéma italien, le seigneur de toutes les fresques et de toutes les frasques. La fête est finie : il faut être deux pour danser le tango », a déclaré lundi Gilles Jabob, ancien président du festival de Cannes, qui avait remis une palme d’honneur à Bertolucci en 2011.

« On se souviendra de lui comme un des plus grands du cinéma italien et mondial », a réagi de son côté le président de la Mostra de Venise, Paolo Baratta. La Mostra lui avait également rendu hommage en lui décernant en 2007 un Lion d’Or pour sa carrière.

« La mort de Bernardo Bertolucci est une douleur immense. Le plus grand de tous s’en est allé, le dernier empereur du cinéma italien », a réagi dans un communiqué l’acteur et réalisateur Roberto Benigni, oscarisé pour son film La Vie est belle.

Le président de la République italienne Sergio Mattarella a pour sa part évoqué « un grand maître entré dans l’histoire du cinéma », adressant ses condoléances « à tous ceux qui ont tiré un enseignement de sa sensibilité artistique et intellectuelle ».

avec AFP



Photographie de Une – Bernardo Bertolucci (crédits : Laurentius 87)