Il fut à la tête du CNC, des Inrocks, de France culture et conseilla Lionel Jospin, François Hollande et Bertrand Delanoë : homme de culture, David Kessler est mort lundi à l’âge de soixante ans.

Né en février 1959, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de philosophie (spécialiste de Spinoza), David Kessler fut d’abord professeur dans l’enseignement secondaire de 1982 à 1986.

Nommé auditeur au Conseil d’État en 1989 à sa sortie de l’ENA (promotion “Liberté-Égalité-Fraternité”), David Kessler fut promu maître des requêtes en 1992 et conseil d’État en octobre 2005. Il commence alors une carrière de haut fonctionnaire. Chef de la mission juridique du Conseil d’État à la direction des affaires politiques, administratives et financières au ministère des Départements et territoires d’Outre-mer (1991-1992), il fut parallèlement secrétaire général du Conseil supérieur de l’Agence France-Presse (1991-1994) et plonge dès lors dans l’univers des médias.

Du CSA au CNC

Après avoir été conseiller technique au cabinet du secrétaire général du gouvernement (alors Renaud Denoix de Saint-Marc) de 1992 à 1994, il devint directeur de cabinet (1994-1995), puis directeur délégué (1995-1996) auprès du directeur général de France 2, alors Raphaël Hadas-Lebel puis Michèle Pappalardo-Goulard. Puis il fut nommé directeur général du Conseil supérieur de l’audiovisuel (1996-1997). « Sa parfaite connaissance des acteurs et des rouages du secteur en faisait l’un des experts les plus reconnus et les plus respectés », a salué hier l’institution dans un communiqué.

Il fut ensuite conseiller pour la culture et la communication au cabinet de Lionel Jospin à Matignon (1997-2001). « C’est quelqu’un qui ne voulait pas faire carrière mais il avait tellement de talents qu’on pensait à lui, a d’ailleurs commenté sur France Inter l’ancien Premier ministre. J’appréciais son intelligence et son immense culture. »

Il fut par la suite nommé directeur général du Centre national de la Cinématographie (2001-2004) puis conseiller du président de France Télévisions, alors Marc Tessier, chargé de la direction de la stratégie des programmes (septembre 2004-2005). Directeur de France Culture, de septembre 2005 à septembre 2008, David Kessler devint directeur général délégué chargé de la stratégie et des contenus auprès de Jean-Paul Cluzel, alors président de Radio France, ainsi que président du Forum des images entre 2008 et 2009.

« Il a tant fait, sa vie durant, du CNC à France Culture, de Matignon à l’Élysée, pour que nous vivions dans un monde meilleur, plus civilisé, ouvert, a reconnu le CNC dans un communiqué. Son intelligence et son infinie bienveillance nous manqueront irrémédiablement. »

De la mairie de Paris à la direction d’Orange Content

Conseiller (culture, enseignement supérieur, éducation, vie étudiante, nouvelles technologies et recherche) auprès de Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, de juin 2009 à mars 2011, qui a salué en lui un être « intelligent, cultive, rayonnant, libre », David Kessler prit la direction générale des Éditions Indépendantes SA, société éditrice de l’hebdomadaire Les Inrockuptibles, et fut parallèlement nommé en janvier 2012 directeur de la publication de la SAS Huffington Post Le Monde.

Il devint par la suite conseiller culture et communication à la présidence de la République auprès de François Hollande, de 2012 à 2014. Son nom avait même circulé à plusieurs reprises pour des fonctions ministérielles. « David Kessler a consacré sa vie à la culture sous toutes ses formes et à la création dans toutes ses dimensions, lui a rendu hommage François Hollande. C’est ainsi qu’il pensait servir son pays, au sein de l’État ou à la tête de grands organismes publics ou privés. »

En 2014, il avait rejoint le groupe Orange comme directeur général d’Orange Studio et conseiller de la direction générale d’Orange sur la stratégie médias et contenus. Depuis 2017, David Kessler était directeur général d’Orange Content, la division « contenus » de l’opérateur de télécoms, qui regroupe notamment la filiale de production « Orange studio » et OCS.

Il était également administrateur de la Cinémathèque française et président du conseil de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye.

De nombreux hommages lui ont été rendus, par des messages sur les réseaux sociaux ou des communiqués de presse. « Il laissera le souvenir d’un homme généreux, empreint de convictions et d’humanité », écrit l’Union des producteurs de cinéma (UPC), tandis que Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France salue le « subtil connaisseur de l’audiovisuel [qui] a toujours défendu la transmission des savoirs et l’ouverture d’esprit ».

La Rédaction

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