Dessinateur au trait de génie, Albert Uderzo, est décédé mardi avec la certitude qu’Astérix et ses turbulents amis gaulois, qu’il inventa en 1959 avec René Goscinny, lui survivront longtemps.

Né le 25 avril 1927 à Fismes (Marne), Albert nait avec douze doigts. L’anomalie sera corrigée par une opération. Son père était luthier. L’enfance, à Paris, est modeste mais heureuse.

Le jeune homme, qui est daltonien, découvre le dessin à la Société parisienne d’édition qui publie Les pieds nickelés. Après la guerre, il lance des héros comme Belloy l’invulnérable, Flamberge, Clopinard ou Arys Buck, un hercule accompagné (déjà) d’un petit compagnon casqué. Il travaille, entre autres, pour France-Dimanche et France-Soir. C’est une période de vache enragée : « Vivre de la BD était très dur à l’époque, disait-il, et j’ai dessiné une quantité astronomique de planches pour régler les fins de mois. »

Rencontre avec Goscinny

En 1951, il rencontre Goscinny, début d’une collaboration fraternelle de 26 ans. Ils créent Jehan pistolet le corsaire, puis Oumpah Pah le peau-rouge. En 1959, dans un HLM de Bobigny, où habite Uderzo, entre cigarettes et pastis, ils inventent un nouvel univers tout en « ix », avec une bande d’irréductibles Armoricains. L’idée proviendrait des séjours en Bretagne pendant la guerre du frère aîné d’Albert, Bruno, désireux d’échapper au STO (Service du travail obligatoire).

Anti-archétype du Gaulois viril, Astérix fait son apparition dans le premier numéro du magazine Pilote en octobre 1959, à la page 20. Le numéro s’arrache. Cette même année, Uderzo crée, avec le scénariste Jean-Michel Charlier, Les aventures de Tanguy et Laverdure, un succès.

En 1961, paraît Astérix le Gaulois, premier album d’une longue série. Rapidement, le dessinateur aux traits si expressifs ne se consacrera plus qu’aux aventures du Gaulois à gros nez.

Succession d’une œuvre colossale

La mort en 1977, à 51 ans, du grand scénariste René Goscinny, lors d’un test d’effort effectué pour un bilan de santé, l’affecta beaucoup. Ils ont publié ensemble 24 albums. Grâce à eux, la bande dessinée a conquis le grand public.

Uderzo a ensuite quitté Dargaud, son éditeur historique, pour fonder sa propre maison, les éditions Albert-René, et reprendre le flambeau pour huit Astérix en solo (sans compter les albums anniversaires et de récits courts).

A l’instar d’Hergé pour Tintin, Uderzo ne voulait pas de nouveaux Astérix après sa mort. Il a finalement changé d’avis. En 2011, souffrant d’un rhumatisme articulaire à la main droite, il passa le relais (en accord avec Anne Goscinny, unique ayant-droit de son père) à des auteurs plus jeunes, tout en suivant de près leur travail, là encore couronné de succès.

Avec AFP

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