Alors que le cinéma transmet chaque année des chiffres détaillés de la fréquentation dans ses salles, pour les arts de la scène, le ministère de la culture est incapable de savoir combien de personnes assistent à des spectacles ou encore combien de représentations sont données. Un vide qui doit être comblé avec SIBIL d’ici à la fin 2019.

Explications en six réponses.

1) Quelles sont les données collectées ?

Inscrite dans la loi Liberté de la création, architecture et patrimoine et votée en juil­let 2016, SIBIL (pour “Système d’Information BILletterie”) est l’obligation, pour tous les entrepreneurs de spectacles vivants, de faire remonter leurs données de billetterie. Cela concerne le prix des places, le nom et l’auteur de l’œuvre ainsi que la localisation du spectacle.

2) Quelles entreprises sont concernées ?

Depuis le 1er juillet 2018, ce sont tous les organismes subventionnés qui ont constitué la première vague. Le 1er janvier 2019, ce sera au tour de tous les adhérents de l’Association de soutien au théâtre privé (ASTP) et du Centre national de la chanson des variété et du jazz (CNV). Enfin, le 1er avril 2019, toutes les autres structures détentrices d’une licence de spectacle vivant seront concernées.

3) Comment ça marche ?

La transmission des données s’opère par voie dématérialisée et leur collecte pourra être automatisée depuis n’importe quel système d’information de billetterie des structures. Les données relatives aux représentations du trimestre écoulé sont transmises par les entrepreneurs de spectacles responsables de la billetterie avant le dixième jour du premier mois de chaque trimestre civil. Un tutoriel est disponible à cette adresse.

4) Qui déclare ?

La déclaration doit être faite par le responsable de billetterie, peu importe le lieu, lequel ne doit pas être pris en considération. En cas de partenariat (co-accueil avec vente à plusieurs, ou vente sans contrat de cession, vente par le biais d’un partenaire…), la déclaration doit être faite par le responsable de billetterie à proprement parler, quelle que soit la configuration des modalités de vente évoquées précédemment. Si la billetterie est partagée, chaque partenaire déclare ses propres données s’il peut le faire sans risque de doublons. Sinon, les partenaires doivent s’accorder sur un responsable de billetterie qui déclare toutes les données. En cas d’enregistrement automatique des données par un logiciel de billetterie, le problème ne se pose pas.

5) C’est bien tout ça, mais est-ce que ce n’est pas un moyen de mieux nous contrôler ?

Le ministère s’en défend. L’objectif est, selon lui, de dresser une cartographie nationale des lieux, mais aussi une « sociologie des spectateurs », nous explique Le Monde, ainsi que de mesurer la durée de vie des créations. Mais dans quel but ? Pour « améliorer et piloter la politique du spectacle vivant, notamment en matière de diffusion et d’élargissement des publics », explique le ministère, pour « observer – et pas contrôler – pour partager un diagnostic ». L’idée est ainsi d’aider au pilotage des politiques publiques et mesurer ensuite leur impact.

6) Et cette idée sort d’où ?

En 2004 déjà, le rapport Latarjet préconisait déjà ce comptage pour permettre d’obtenir une vision plus nette de la fréquentation des spectacles. « Depuis les années 1980, le nombre de lieux, de compagnies indépendantes et de créations s’est multiplié sans tenir compte des possibilités de diffusion et sans que l’élargissement du public suive, car la démocratisation culturelle a davantage été géographique que sociale », résume au Monde Fabien Jannelle, ancien directeur de l’Office national de diffusion artistique (ONDA) et auteur de Pour une politique du spectacle vivant (Les Solitaires intempestifs, 2016). Et alors, vous dites-vous ? Ce déséquilibre entre l’offre et la demande entraînerait une baisse du nombre moyen de représentations par création et de la durée des tournées, selon les spécialistes.

Jacques GUILLOUX