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Théâtre d’Ivry : accusé de viol, Jean-Pierre Baro fait face à une colère croissante des féministes

Théâtre d’Ivry : accusé de viol, Jean-Pierre Baro fait face à une colère croissante des féministes
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Lundi 16 septembre 2019 lors de la présentation de saison du Théâtre des Quartiers d’Ivry, centre dramatique national du Val-de-Marne, plusieurs féministes sont intervenues sur scène pour demander le retrait du directeur Jean-Pierre Baro qui est mis en cause par trois femmes pour viol et agression sexuelle.

Des voix se sont élevées dans ce sens en juillet 2019 pendant le festival d’Avignon à la suite de la parution de l’article de Jean-Pierre Thibaudat : « #metoo, le théâtre français aussi ». Depuis, une douzaine d’associations féministes ont réagi, ainsi que l’Association des centres dramatiques nationaux, le Syndicat national des scènes publiques ou encore divers médias.

En attente d’une décision…

Par la suite, dans un courrier adressé au Maire d’Ivry, les salariés ont exprimé leur malaise et leur difficulté à travailler dans ce contexte, avec ce directeur. Selon le communiqué du collectif des féministes : « Au théâtre des Quartiers d’Ivry, depuis le printemps, des artistes associé.e.s se sont désengagés, deux équipes artistiques se sont retirées de la programmation, une autre a annulé une résidence, des partenaires territoriaux et culturels se sont retirés, 15 000 plaquettes sont parties au pilon, des retards ont été pris sur la communication et les salarié.e.s ont exprimé leur malaise dans un communiqué. »

Jean-Pierre Baro est-il coupable ? Il appartiendra évidemment à la justice de trancher, et certainement pas aux réseaux sociaux. À ce jour, une seule des trois femmes a porté plainte contre lui ; celle-ci a été classée sans suite. Il reste que le faisceau des accusations est suffisamment important pour que Jean-Pierre Baro se mette en retrait, au moins temporairement, le temps que la justice fasse son travail.

Franck Riester, ministre de la culture, avait prononcé un discours en ce sens en juillet dernier, évoquant une situation de blocage « problématique » : « C’est un cas sensible, il faut faire preuve de détermination et agir sans blesser les individus », avait-il alors commenté, laissant entendre, selon notre collègue Stéphane Capron, qu’une décision serait prise très rapidement pour permettre au théâtre de continuer à fonctionner.

Présomption d’innocence et principe de précaution

Depuis ? Rien. Si certaines formulations du communiqué sur la culpabilité de Jean-Pierre Baro auraient mérité le conditionnel ou quelques nuances de forme – toute personne ayant droit, fort heureusement en ces temps d’impitoyable vindicte populaire, dans une société qui permet beaucoup mais ne pardonne plus rien, à la présomption d’innocence –, le collectif de féministes a bien précisé ne pas vouloir se substituer à la justice.

Le collectif a énoncé une triple revendication, en mettant d’abord et avant tout en avant le « principe de précaution », venu des champs scientifique et écologique, principe qui semblerait avoir toute sa pertinence dans le champ des agressions sexuelles. L’énoncé, tel que formulé dans la Déclaration de Rio en 1992, en faveur de l’environnement : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. »

Un tel principe permettrait de respecter les deux parties, le temps que la justice pose son jugement. Ce principe, selon le collectif de féministes, pourrait être « intégré dans les conventions d’objectifs des lieux labellisés par le ministère de la Culture […], ceci afin de permettre le maintien d’un équipement public en bon ordre de marche ». Si une telle mesure n’est évidemment pas inintéressante, elle n’est pas sans danger : il faudrait que le faisceau d’accusations soit suffisamment important pour qu’il n’entre pas en conflit avec l’indispensable présomption d’innocence, sous peine de transformer une lutte légitime en règlement de comptes, en chasse aux sorciers, illégale et partiale.

Le collectif rappelle enfin une troisième exigence, évidente, indispensable : « écouter une parole qui se libère enfin, mettre en place une cellule d’écoute et d’accompagnement des victimes, ouverte à toute la profession ».

Élodie NORTO



Crédits photographiques : DR



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5 commentaires

  1. Quel est l’intérêt de savoir que 15000 plaquettes sont passées au pilon ??? Pensez-vous vraiment que ce soit la seule structure culturelle qui a du ne pas uitiliser des documents imprimés ? Ces potins très détaillés doivent malheureusement accentuer le malaise de toute une équipe. À quand les militants écologistes pour sauver et recycler ces 15000 brochures non distribuées ??? Quant à la dite affaire, c’est à la justice de faire son travail et de décider s’il y a « matière  » à entamer une procédure judiciaire. Faut-il vraiment que chaque institution statue et donne son avis ? Il est surprenant de voir l’ampleur de cette affaire dans la presse tandis que d’autres cas similaire sont silencieux, notamment en province…

  2. C’est un sujet grave, très grave et oui le ministre doit prendre la parole. Il me semble que cela est plus que nécessaire pour que ce théâtre puisse fonctionner sereinement.

    La suite au prochain épisode !

  3. Quelle histoire…

  4. Le correspondant local du Parisien a photographié la scène de l’intervention de 5 mn au début de la soirée, et rend compte de cet événement à parfum de scandale et d' »affaire » qui fait faire des clics sur internet et vendre du papier, . Mais qui a assisté à la présentation de la saison en entier , parmi tous les chroniqueurs de Sceneweb et de profession-spectacle.com, pour dire que le maire s’est exprimé assez clairement face au public pour dire qu’il n’était pas dans son rôle d’émettre un jugement et que la justice avait prononcé un non-lieu? Qui dira de cette soirée de présentation, à laquelle j’ai assisté, qu’après cette intervention brève, une vingtaine d’artistes ont parlé successivement de leurs spectacles, devant six cents personnes environ qui sont restées jusqu’au bout et ont suivi la soirée de 2h30 avec intérêt ? Qu’il n’y a eu aucun départ de public ni remous dans l’assistance à la suite de cette action militante ? Que si les faits qui ont été évoqués par les plaignantes suscitent une évidente réprobation, l’accusation ad hominem hors de toute décision de justice, sur la base de rumeurs et d’articles écrits par des journalistes-blogueurs qui n’ont jamais recueilli la version ou le point de vue du principal mis en cause, tout ça se déroule dans une ambiance où l’on confond délibérément la gravité du sujet (les agressions sexuelles commises dans l’environnement professionnel du spectacle) et la gravité d’une accusation sans jugement ni preuves, avec une volonté manifeste de sanctionner « pour l’exemple » celui qui passe au tribunal populaire des réseaux sociaux et des rumeurs malveillantes. La gravité du sujet ne peut excuser le manque de rigueur morale et de déontologie dans la diffusion des informations.

  5. Qui a parlé des supporters qui essayaient de couvrir la voix des féministes?de l histrion qui hurlait au loup pour les faire taire? Et dans ce pitoyable cloaque, qui a parlé de l absence absolue de dignité du directeur qui s est contenté de faire le dos rond?
    Dans ce cloaque nauséabond que tous aient le droit de parler, que tous soient entendus, et que le ministère décide en connaissance de cause.
    En attendant, principe de précaution.
    Quand des rumeurs circulent sur un directeur d école soupçonné pédophile, on le suspend aussitôt, sans même attendre les plaintes. Les femmes méritent elles moins?

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