Dans le cadre des théâtrales d’Albi, « le meilleur du théâtre parisien en France et à l’étranger », était joué Le syndrome de l’Écossais, pièce d’Isabelle Le Nouvel, mise en scène par Jean-Louis Benoit au Grand Théâtre des Cordeliers. Une comédie typiquement française, présentant un miroir du couple et de la famille avec, en creux, une crise du dialogue social.

 

Une comédie française, un divertissement

Avec des acteurs comme Thierry Lhermitte et Bernard Campan, la salle ne pouvait qu’être comble. Le jeu oscille entre théâtre et cinéma. Les personnages évoluent dans un intérieur coquet : une cuisine toute équipée, digne de publicité, avec des carreaux noirs et blancs au sol, et un salon en premier plan confortable, propre, un mur bardé de livres, un canapé Ikea, une table dressée comme les intérieurs témoins de chez n’importe quel magasin de meubles.

Dans ce décor évoluent deux couples, les hôtes de la soirée : Bruno, auteur, et sa femme Florence, ainsi que la sœur de cette dernière, Sophie, femme au foyer névrosée, et son mari Alexandre, chef d’entreprise. Lors d’une soirée faite de quiproquos fondés sur des problèmes conjugaux, des non-dits et la confrontation des positions politiques et sociales, nous sommes finalement proches de situations telles que celle du Dîner de cons ou encore, plus récemment, de la pièce adaptée du Prénom. Le scénario en tant que tel ne surprend pas dans sa forme ou son fond, et tend presque à faire perdre la visée réflexive, avec des décors très riches et des jeux d’acteurs qui, émerveillant le public, étouffe la mise à distance.

Miroir du couple et de la famille…

La pièce exploite les rapports individuels et les relations humaines à partir de la cellule familiale comme première expérience de la vie en société. Une pièce témoin ; gros plan sur le quotidien ! L’auteur joue sur les non-dits de deux couples qui communiquent mal, jusqu’à ne plus essayer.

Sophie (Florence Darel) exprime, par de grandes tirades empruntant au vocabulaire psychologique, un sentiment d’incompréhension vis-à-vis de son mari. Ce discours, tout au long de la pièce, manifeste une recherche de communication et d’écoute pour comprendre ce mari, Alexandre (Bernard Campan), homme d’affaire attaché à son entreprise depuis vingt-cinq ans. Elle lui propose pour cela de tout quitter, en un discours dicté ou aidé par la psychologie, comme un dernier recours. Lui, n’écoutant que d’une oreille, sans cesse en mouvement, avec un ton autoritaire, ne s’arrête face à elle que pour lui donner des ordres. A travers l’exemple d’Alexandre et Sophie, c’est plus largement le dialogue qui se joue entre les carriéristes financiers, incapables de prendre le temps de vivre, et les médiateurs sociaux, sans formules pour se comprendre.

Quant à Bruno (Thierry Lhermitte) et Florence (Christiane Millet), ils représentent la vie quotidienne qui s’épuise. Florence reçoit une plante pour son anniversaire, la pose à côté du frigidaire ; Bruno, lui, la déplace plus loin. Ce va-et-vient ponctue la pièce, ainsi que les échanges entre les membres du couple, comme une réplique gestuelle. Florence finit par la déplacer en criant pour exprimer son désaccord, dévoilant explicitement le conflit latent qui pèse sur l’atmosphère tout le long.

Le nœud de l’intrigue, c’est le verre de whisky échangé entre Bruno et Alexandre en l’absence de leurs femmes. Bruno cache à sa femme qu’il n’a pas arrêté de boire et masque l’alcool derrière ses livres, dans la grande bibliothèque. Toute la pièce naît de ce quiproquo et se dénoue dès lors que la vérité éclate malgré eux. Il est donc vain de vouloir faire semblant. C’est à partir de ce verre et des médicaments pris par Alexandre pour soigner son mal de dos (médicament incompatible à l’alcool) que naît le malaise. Par une apparition en chemise de nuit, une position allongée au milieu du salon, la recherche d’un écossais dans un placard, Alexandre, complètement désinhibé, se retrouve en dehors des règles de vie en société. Il renverse la perspective d’un dîner conventionnel, où tout le monde peut jouer son rôle, en scène de crise

avec, en creux, une crise du dialogue social

Le canapé, nombre de fois démantibulé en fauteuils individuels, devient un objet maîtrisable, peut-être la seule chose qui peut encore être manipulée comme ils le souhaitent. A ce titre, il pourrait formaliser le manque de communication au sein du couple et, plus largement, grâce aux positions sociales des deux hommes notamment, les questions de la vie en société.

Les rapports entre les individus sur scène se construisent par ailleurs à travers les clichés du « capitaliste » prétentieux, ayant des comptes un peu partout, macho, imbu de lui-même, et de l’« intellectuel de gauche », citant Trotsky à tout va, jouant avec les mots pour mieux échapper aux situations gênantes. L’auteur utilise le corps pour diminuer le businessman, le rendant vulnérable par un mal de dos et, de ce fait, dépendant des autres. Cet abaissement les valorise, en creux.

Les hommes se retrouvent tout de même contre le projet de Sophie : emmener Alexandre dans une communauté altruiste des pays de l’Est et abandonner ainsi les affaires qu’il construit depuis vingt-cinq ans. Encore un cliché hommes-femmes, avec l’opposition de deux points de vue qui ne sont pas discutés mais plutôt tournés en dérision.

Une conclusion……

Le public rit franchement des quiproquos de cette micro société, avec un divertissement tout prêt, des acteurs connus et un décor riche. La conclusion ? « Chacun doit chercher son bonheur là où il le sent », autour d’une vapote au cannabis, avant que les coups de théâtre n’obligent chacun à entrer à nouveau en dialogue.

En laissant le public devant l’apparition des bouteilles derrière les livres (la bibliothèque s’effondre et laisse voir la collection), l’auteur et la pièce semblent dire que tout se révèle nécessairement au grand jour et que cette fausse tranquillité n’est pas durable. Cependant, le gag et l’excentricité des situations écrasent un peu trop la pièce, ne lui laissant que peu d’ouverture à une conclusion véritable. Le scénario emmène le public dans plusieurs pistes de réflexions, qu’il ne traite malheureusement jamais jusqu’au bout. Il semble que l’auteur ait davantage posé les jalons d’une critique, comme il a disposé ses rebondissements, sans vraiment nous permettre d’aboutir à une conclusion précise.

Joséphine RABANY

 



DISTRIBUTION

Mise en scène : Jean-Louis Benoit

Texte : Isabelle Le Nouvel

Avec :

  • Bernard Campan : Alexandre
  • Florence Darel : Sophie
  • Thierry Lhermitte : Bruno
  • Christiane Millet : Florence

Décors : Jean Haas

Lumières : Jean-Pascal Pracht

Costumes : Marie Sartoux

Son : Fabrice Naud

Crédits photographiques : Bernard Richebé



DOSSIER TECHNIQUE

Informations techniques
– Durée : 1h30
– Public : à partir de 15 ans

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OÙ VOIR LE SPECTACLE ?

Tournée :
– Du 25 avril au 2 mai à 20h30 : Théâtre des Nouveautés à Paris (16 à 70 €)

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