Pour ses vœux 2021, le chercheur et dramaturge Ismaël Jude souhaite une profonde revitalisation de la démocratie par l’art, en proposant quelques mesures simples, franches, directes.

Pour veiller à la vitalité collective de nos subjectivités, nous devons exiger une revitalisation de la démocratie par l’art. Cette démocratisation par l’art passe à n’en pas douter par une démocratisation de l’art. Pour que cette démocratisation soit systématique, rendons tout simplement l’art obligatoire ! Ce seront les nouveaux gestes barrières : barrières contre le marasme, contre la fièvre parano-identitaire. Des ateliers de pratiques artistiques hebdomadaires seront de rigueur. Nous serons tenu·e·s de nous rendre dans un musée, un théâtre, un cinéma ou une bibliothèque au moins une fois par mois pour y découvrir des œuvres d’art exigeantes. Décrétons les sorties obligatoires ! Elles seront décomptées de notre temps de travail. Ce serait une réforme écologique : on produirait moins. On produirait autre chose : une société plus saine, plus inventive.

Nous bricolons, nous bidouillons notre propre subjectivité, notamment à partir des œuvres qui nous travaillent. Voici le programme : travailler moins, être travaillé·e·s mieux.

Notre vitalité dépend de notre capacité à introduire du jeu dans notre subjectivité. Quand la possibilité de jouer est tarie, ce sont les replis identitaires qui prennent le pas, on retrouve sa bonne vieille paranoïa, la défiance de tous contre tous s’installe. Pour sortir de cette ornière, chacune et chacun de nous doit travailler aux subjectivités. Il n’y a pas que des biens de consommation à produire. Nous devons aussi produire nos subjectivités individuelles et collectives. La pratique artistique et le contact avec les œuvres d’art interviennent exactement à l’endroit de cette créativité fondamentale.

On nous objectera que l’État n’investira pas dans un tel projet. Mais comment l’État pourrait s’opposer à ce qui est bon pour nous collectivement ? L’État est-il autre chose que l’expression de notre volonté commune ? N’est-il pas de notre devoir de participer activement à cette volonté ? Quelle subjectivité collective voulons-nous ?

Viens on va jouer dehors.

Ismaël JUDE

Écrivain

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Crédits photographiques : Francesca Mantovani