Dans un pays dominé par l’influence allemande depuis des décennies, les responsables du principal festival américain dédié aux jeunes musiciens classiques cherchent à leur faire découvrir les compositeurs français, souvent mal connus.

Ils sont plus de 600 jeunes musiciens réunis dans la station de ski huppée d’Aspen, dans le Colorado, pour apprendre au contact de professionnels reconnus mais aussi pour jouer lors de l’un des 400 spectacles produits durant ces huit semaines de formation, de fin juin à fin août.

Et cette année, l’Aspen Music Festival and School a choisi Paris comme thème principal de la saison, pour sensibiliser un public qui connaît beaucoup plus la Ville Lumière pour ses monuments que pour ses compositeurs.

« Dans combien de villes trouvez-vous cette richesse à travers autant d’époques? », interroge Alan Fletcher, directeur du festival.

« Même Vienne a une importance première à deux périodes. Mais Paris compte dans le monde de la musique (classique) depuis des siècles », ajoute-t-il.

Mais s’il se prenait à demander à des jeunes musiciens présents « ce qu’ils connaissent de (Henri) Dutilleux, ils diraient: +je n’ai aucune idée de qui est ce monsieur+ ».

Les compositeurs français contemporains Pierre Boulez et Olivier Messiaen ont tous deux travaillé aux Etats-Unis, où ils ont influencé plusieurs compositeurs, mais leur portée reste limitée, dans un pays où la référence demeure l’Autrichien Gustav Mahler et ses symphonies très structurées.

« Pour les Français, il est davantage question d’humeur, de couleur et de texture », considère M. Fletcher. « Je crois tout à fait plausible que les jeunes compositeurs américains finissent par dire: +l’approche française nous intéresse davantage+ ».

Pour familiariser ses ouailles à ce son à la française, les organisateurs du festival ont choisi de mettre en valeur l’apport de Nadia Boulanger (1887-1979), compositrice mais surtout professeure qui a marqué des générations d’élèves, dont de nombreux musiciens américains.

« Il y a des compositeurs brillants à Londres, bien sûr », dit-il, « mais là-bas, ou à Berlin, on crée de la musique parce que quelqu’un réclame quelque chose de nouveau, c’est destiné à quelqu’un ».

« A Paris, ils créent simplement ».

 

 

 

[avec AFP]