Vincent Lindon confirme son goût pour les films en prise avec les enjeux sociaux dans En Guerre, du réalisateur Stéphane Brizé, dévoilé en compétition au festival de Cannes mardi, et dans lequel il interprète un dirigeant syndical à la tête d’une lutte sociale.

Vous vous sentez en colère et pourquoi exprimer cette colère au cinéma ?

Oui, mais en colère c’est vague, et maintenant il y a une signification quasiment négative à être en colère. Je pense qu’on est énormément à être en colère ou à être furieux ou indignés. Sauf que moi, j’ai les micros pour m’exprimer. J’ai une caméra qui me filme, mais je ne suis pas plus en colère que le personnage que je représente dans le film, ni ses camarades. Mais eux n’ont pas toujours autant de temps pour le dire. Ils le disent dans les mouvements sociaux, dans les piquets de grève, filmé comme ça par des caméras, et on passe 25 secondes de ce qu’ils ont dit. Je n’ai pas le monopole de la révolte, de la colère, de l’humanisme, du social, pas du tout. Mais si je peux aider, je le fais. […]

Je vibre dès que je peux incarner Monsieur Tout le monde. Je vibre dès que je me dis que lui c’est moi, ou à l’idée que quelqu’un puisse se dire « tiens, lui c’est moi ». J’aime ce contact, j’aime fédérer, j’aime rassembler, j’aime convaincre […]. Cette énergie que je dépense à tire-larigot où il y a une déperdition terrible, où les copains disent « mais franchement, que d’énergie dépensée pour rien ! ». D’abord, ce n’est jamais dépensé pour rien l’énergie, c’est ce que je pense. Et peut-être que Stéphane Brizé sent ça chez moi, et qu’il regroupe tout ça pour le recycler et le mettre dans les veines de ce personnage. Moi j’aime servir à ça, c’est ma fonction. J’aime faire mon métier d’acteur et pouvoir me jeter dans des passions ou dans des causes.

Propos recueillis par  Sophie LAUBIE (AFP)

Synthèse réalisée Vanessa Ludier



Photographie de Une – Vincent Lindon dans En guerre de Stéphane Brizé