Sur la lancée de ses courts et moyens métrages (Thermidor à la Quinzaine des Réalisateurs 2009, Pandore nominé au César 2012, Orléans  à Locarno en 2012), Virgil Vernier avait opéré des débuts très remarqué dans le long avec Mercuriales (sélection de l’ACID à Cannes en 2014 et nominé au prix Louis-Delluc du meilleur premier film). Le réalisateur français poursuit sur sa lancée avec Sophia Antipolis, dévoilé l’été dernier à Locarno (à Cinéastes du Présent) et distribué dans l’Hexagone depuis mercredi dernier, 31 octobre, par Shellac.

Fabien Lemercier l’a interrogé pour Cineuropa. Nous reproduisons une synthèse de ses réponses, centrée sur Sophia Antipolis et les interrogations liées au monde contemporain.

Que symbolise pour vous la ville de Sophia Antipolis ?

Ce n’est pas tant la ville que les échos poétiques et l’imaginaire que cela ouvre qui m’attirent. Sophia Antipolis convoque de l’archaïque, comme une sorte de cité grecque mythique qui n’aurait jamais existé, une civilisation perdue, parce tout le monde a déjà entendu ce nom, mais personne n’est jamais allé là-bas. Choisir comme décor un lieu qui s’appelle comme ça permettait aussi des jeux de mots sur « anti polis » : contre la ville et contre la police même parce que le film raconte, entre autres, l’histoire de deux agents de sécurité.

[Ces agents de sécurité sont] ce qui représente le mieux le monde contemporain. On les croise partout, dans tous les lieux du capitalisme et de l’urbain, mais en même temps, ce sont comme des meubles : personne ne leur prête attention, on ne leur donne pas une valeur humaine car ils sont considérés à la limite comme des robots ou des caméras de vidéo-surveillance. Ce sont surtout les agents de sécurité de nuit qui me fascinent, des sortes de sentinelles qui rôdent et règnent sur la ville pendant que nous dormons, comme autrefois les gardiens de châteaux forts.

[…]

J’ai choisi Sophia Antipolis car, comme à Los Angeles, c’est une ville qui n’est pas faite pour les piétons. Tout est en circulation par voiture, tout est trop grand, avec des architectures fascistes comme quand on devait impressionner avec des cathédrales trop grandes, pour que les gens se sentent petits et du coup soumis. Ce sont des lieux vides où l’on ne se sent pas à échelle humaine et c’est d’autant plus criant par rapport au besoin de trouver de la chaleur humaine, de se retrouver les uns les autres. En même temps, on est au soleil. J’adore cette contradiction entre cette inhumanité, cette froideur, et le fait que ce soit sous le soleil, le cliché des cartes postales de la Côte d’Azur qui voudrait faire croire que tout le monde se la coule douce, qu’il y a une jeunesse éternelle, un farniente ludique.

Propos recueillis par Fabien LEMERCIER

Synthèse réalisée par Vanessa LUDIER



Source photographique : Virgil Vernier (© Thomas Smith / Shellac)