A l’approche des élections présidentielles, Profession Spectacle lance une série de vidéos intitulée : « La Culture selon… » Avant d’aborder le programme de chaque candidat, commençons par le bilan du quinquennat Hollande concernant les politiques culturelles. Du discours du Bourget à la décision de François Hollande de ne pas se représenter à sa propre succession, force est de constater que la politique menée par le président ne fut pas linéaire, bien au contraire.

CHAPITRES

I. Le budget de la culture
II. Cinq ans, trois ministres
III. Promesses tenues ou pas ?
IV. Conclusion

LE BUDGET DE LA CULTURE

L’aspect le plus visible des contradictions portées durant le quinquennat est sans conteste celui du budget alloué à la culture. Après que le candidat Hollande a annoncé la sanctuarisation du budget de la culture, mesure que nous retrouvons dans certains programmes actuels, le président nouvellement élu s’est empressé de le grignoter, avec deux coupes claires successives en 2013 et 2014, de 4 puis de 2 %. Au total ? 400 millions d’euros en moins. Somme à laquelle il faut ajouter la lourde baisse des dotations de l’Etat auprès des collectivités locales, qui représente une économie de 11 milliards d’euros en trois ans. Une politique dont les maîtres d’œuvres, Aurélie Filippetti et Manuel Valls, diront tous deux en 2015 qu’il s’agissait d’une « erreur »…

La fin de mandat signe un revirement budgétaire. A partir de 2016, le budget global alloué à la culture augmente enfin. Il atteint, l’année suivante, le palier de 1 % du budget de l’Etat, soit plus de 10 milliards d’euros. Une hausse semble-t-il spectaculaire, que Profession Spectacle a aussitôt dénoncée : si cette augmentation s’explique en partie par la hausse des budgets du CNC, des DRAC ou de l’aide au spectacle vivant, elle est surtout imputable à un véritable tour de passe-passe : le calcul du budget inclut en effet des crédits d’impôts et des taxes qui existaient déjà, mais qui n’étaient pas comptabilisées dans le budget jusque-là… Cet artifice malhonnête est décrypté dans divers articles publiés dans notre magazine : pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Profession Spectacle !

CINQ ANS, TROIS MINISTRES

En cinq ans, trois femmes se sont succédé au ministère de la culture : Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin et Audrey Azoulay… difficile de mener une politique cohérent sur le long terme dans ces conditions ! Que retenir ?

Aurélie Fillipetti s’est contentée d’avaler des couleuvres, ne laissant derrière elle qu’une simple loi sur la nomination des patrons de France Télévisions et Radio France.

Fleur Pellerin peut se targuer de quelques avancées honorables : le crédit d’impôt cinéma, l’accord pour la répartition des revenus du numériques dans le secteur musical, la loi « création, architecture et patrimoine » ou bien encore la négociation des « pactes » municipaux pour garantir les crédits à la culture sur trois ans. Mais faute de savoir communiquer, nécessité politique oblige, elle est renvoyée brutalement.

Elle est remplacée par une proche du président, Audrey Azoulay. Douée d’un grand sens politique, elle applique à la perfection le triste mot d’ordre de François Hollande désormais célèbre : « Va au spectacle et flatte ! » Elle est partout, multipliant les annonces sans néanmoins pouvoir garantir, à quelques semaines des élections, leur application.

PROMESSES TENUES OU PAS ?

Dans son programme, François Hollande a fait un certain nombre de promesses.

Parmi les engagements tenus, citons l’initiation d’un plan national d’éducation artistique, la défense du régime des intermittents et… c’est tout.

Que devient la loi d’orientation sur le spectacle vivant ? Rebaptisée Loi « liberté de création, architecture et patrimoine », elle ne fait qu’annoncer la mise en place de labels pour la création artistique ainsi que d’un observatoire de la création et de la diversité culturelle. L’orientation promise est réduite à quelques formulations principielles et naïves telles que : « La création artistique est libre ».

Plus importantes sont les nombreuses promesses non tenues, telle la fameuse sanctuarisation du budget, la suppression annoncée de l’HADOPI, que le gouvernement a même choisi de sauver quand le Sénat avait adopté l’abrogation de la loi, ou encore l’éternel chantier d’un Centre National de la Musique, enterré dès 2012.

Entre résultats timides et promesses non respectées, la balance semble bien pencher du mauvais côté… Ce constat négatif est renforcé par la question du régime des intermittents : si la promesse a bien été tenue, cela s’est fait au prix de luttes acharnées entre les intermittents et l’État. L’abandon à plusieurs reprises des négociations, les grèves à répétition et l’annulation de nombreux festivals ont abouti à un accord final instable : celui-ci dépend en effet d’un fonds de soutien prévu par le gouvernement, à hauteur de 90 millions par an. Une aide qui se retrouve ainsi soumise au bon vouloir politique et à l’alternance démocratique. En ne faisant qu’ajourner le problème, François Hollande et son gouvernement engendrent une situation précaire, susceptible d’exploser à tout moment.

CONCLUSION

Faute de vision et de courage politique, François Hollande a manqué son rendez-vous avec les artistes. Ses allers-retours sur la culture sont difficilement défendables : la valse des ministres en est un signe ; le non-respect de bien des promesses en constitue la preuve. Si Benoît Hamon semble avoir tiré les conséquences de cette déception générale, en s’appuyant dorénavant sur le principe des droits culturels et en évitant de mentionner le bilan du président sortant, il reste que le Parti Socialiste s’est largement décrédibilisé sur la question des politiques culturelles. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans nos prochaines vidéos sur le programme culturel de chaque candidat à l’élection présidentielle…



« La culture selon… » est la nouvelle série vidéo de Profession Spectacle. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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