L’immense pianiste et compositeur de jazz américain Thelonious Monk aurait eu 100 ans aujourd’hui. Il est considéré, avec Charlie Parker, Kenny Clarke, Dizzy Gillespie et Bud Powell comme l’un des fondateur du bebop – style dont il s’écartera par la suite. Adepte des mots d’esprit, il est réputé pour ses mélodies dissonantes. Après plusieurs années en retrait, il meurt le 17 février 1982 d’une attaque cérébrale. Hommage d’une vie en anecdotes et six vidéos.

« Ma musique est noire comme l’acajou, mais pas sombre, staccato, mais pas nerveuse. Il y a des accords anciens, des nouveaux, et d’autres accords. Toute la masse et la densité explosent en fragments de sons entre lesquels des silences soigneusement calculés tombent. C’est une musique verticale plutôt qu’horizontale. Elle n’a qu’une ligne ténue. » (Thelonious Monk)

1936-1944 – « ‘Round Midnight »

« ‘Round Midnight » est probablement l’un des morceaux les plus connus de Thelonious Monk. S’il fut enregistré pour la première fois en 1944, sa date de composition fait aujourd’hui l’objet d’un débat, certains penchant pour le début des années 40, d’autres – comme Harry Colomby, agent artistique de Monk – évoquant l’année 1936. Le jeune Thelonious n’aurait alors eu que 19 ans.

Monk enregistre pour la première fois le morceau en tant que leader d’un quartet, en novembre 1947. Le concert donné en Norvège l’année précédente (cf. vidéo ci-dessous) apparaît alors comme une annonce de l’album à venir.

1954 – « The Man I Love » avec Miles Davis

Il participe en 1954 à deux albums de Miles Davis – Bags’ Groove et Miles Davis and the Modern Jazz Giants -, avec le trompettiste Dizzy Gillespie, le saxophoniste Charlie Parker, le contrebassiste Percy Heath, le vibraphoniste Milt Jackson.

L’enregistrement de Miles Davis and the Modern Jazz Giants a fait couler beaucoup d’encre : l’ambiance est tendue entre Thelonious Monk et Miles Davis. Plusieurs échanges vifs sont échangés ; la tension monte, jusqu’à ce qu’ils jouent « The Man I love« , ballade célèbre écrite par George Gershwin. La bataille est alors musicale, entre improvisation discordante, rupture de phrases et silences imprévisibles. L’un comme l’autre enchaînent des solos qui restent encore aujourd’hui dans les annales du jazz.

Comme a pu le dire le trompettiste italien Enrico Rava : « The Man I love, les deux prises sont un sommet du jazz noir, comme Potato Head Blues ou Tight like this, de Louis Armstrong. Des disques qui justifient la vie. »

1955 – Thelonious Monk Plays Duke Ellington

Si Thelonious Monk est reconnu par ses pairs comme un grand du jazz, il peine néanmoins à être connu du grand public. Sur les conseils de son producteur, il décide d’enregistrer un album de reprises du grand maître Duke Ellington. Si ses explorations et modernisations des thèmes sont largement appréciées, son interprétation de « Caravan », composé par Duke Ellington et Juan Tizol, fait l’objet d’une grande admiration, au point que Monk la reprendra à plusieurs reprises au fil de sa carrière – comme ici, au Berliner Jazztage (plus connu aujourd’hui sous le nom de JazzFest Berlin), le 7 novembre 1969.

1957 – Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall

Thelonious Monk contribue à l’émergence d’une valeur montante du jazz, le jeune saxophoniste John Coltrane. Beaucoup ont longtemps pensé qu’il ne restait rien de leurs performances communes, dans le cadre d’un quartet, au Five Spot Café. Mais un enregistrement est récemment retrouvé, qui fait l’objet d’une édition par Blue Note en 2005. Outre Monk et Coltrane, le quartet est composé d’Ahmed Abdul-Malik à la contrebasse et de Shadow Wilson à la batterie. L’album, intitulé Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall, est aujourd’hui considéré comme un classique et un précieux témoignage sur cette collaboration exceptionnelle.

1962 – Monk’s Dream

Monk’s Dream est l’album le plus vendu de Thelonious Monk. Il est produit par le très prestigieux label Columbia, avec qui l’artiste vient de signer. Avec Charlie Rouse au saxophone tenor, John Ore à la contrebasse et Frankie Dunlop à la batterie, Monk enregistre cinq morceaux qu’il a composés et trois reprises, dont deux en solo : « Body and Soul  » et « Just a Gigolo », rendu célèbre par Louis Prima six ans plus tôt.

1971 – The Giant of Jazz

Dix ans avant sa mort, il forme le groupe « The Giant of Jazz » avec Dizzy Gillespie, Al McKibbon, Art Blakey, Kai Winding et Sonny Stitt. Ces artistes, connus dans le monde entier, entame alors une tournée mondiale, qui connaît un immense succès.

À partir de 1975-1976, Thelonious Monk se retire presque totalement de la scène. Il meurt le 17 février 1982 d’une attaque cardiaque, à l’âge de 64 ans. Nombre de ses compositions sont aujourd’hui devenues des standards, par exemple : « ‘Round Midnight », « Straight », « No Chaser », « Blue Monk », « Ask me Now », « Well You Needn’t », « Monk’s Dream »… Il est l’un des cinq seuls artistes de jazz ayant fait la couverture du Time avec Louis Armstrong, Dave Brubeck, Duke Ellington et Wynton Marsalis.

Le 22 avril dernier est sorti chez Sam Records /Saga/Zev Feldman un double album vinyle d’un enregistrement inédit de Monk pour le film de Vadim Les Liaisons dangereuses.

Élodie NORTO