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Vosges : deux octobasses bientôt prêtes à s’envoler vers le Canada

Vosges : deux octobasses bientôt prêtes à s’envoler vers le Canada
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Près de 4 mètres de hauteur, une table d’harmonie de 2 mètres et un tabouret pour en jouer ! À Mirecourt (Vosges), la capitale des luthiers, Jean-Jacques Pagès s’active à construire deux octobasses, des contrebasses géantes parmi les instruments les plus imposants au monde. Sa mission est inédite : concevoir, en les modernisant, deux octobasses pour l’Orchestre symphonique de Montréal. L’instrument, aux dimensions vertigineuses, a été abandonné à la fin du XIXe siècle.

[avec AFP]

L’octobasse « date de 1851 et je dois lui faire gagner 150 ans en une fois » pour l’adapter aux exigences actuelles, dit l’artisan, en caressant le premier exemplaire en épicéa et érable encore bruts. En raison de ses dimensions gigantesques (3,60 m de hauteur, une table d’harmonie longue de 2,06 m, trois cordes d’un diamètre compris entre 5,5 mm et 8,2 mm, et un poids de 130 kilos), l’octobasse a besoin d’espace. Le luthier a donc installé une partie de son atelier dans l’ancien tribunal de Mirecourt.

Une commande exceptionnelle à l’heure de la retraite

À 69 ans, après une vie dédiée à la lutherie, Jean-Jacques Pagès pensait jouir de sa retraite et écrire des polars historiques. C’était sans compter la détermination du chef d’orchestre de la prestigieuse formation symphonique de Montréal, Kent Nagano, qui lui a commandé ces deux octobasses.

L’orchestre canadien possède déjà l’octobasse réalisée « sur un coup de tête » par le luthier mirecurtien en 2010, pour montrer aux élèves de son atelier qu’une « octobasse n’est pas plus compliquée à fabriquer qu’un violon ».

Les accords de grave, entre 20 et 25 hertz avec une onde de 22 mètres, donnent « une vibration importante, à en faire vibrer les poumons. C’est le rêve de tous les compositeurs », s’enthousiasme l’artisan.

Une création saluée par Berlioz mais vite abandonnée

L’histoire de l’instrument démarre en 1851 : trois octobasses sont réalisées pour l’Exposition universelle par le maître-luthier Jean-Baptiste Vuillaume, grande figure de la tradition luthière de Mirecourt. Séduit par l’instrument, le compositeur Hector Berlioz l’intègre à son Te Deum en 1855.

Mais le son puissant du plus grand des instruments à cordes frottées ne résonne pas longtemps : l’octobasse est abandonnée à la fin du XIXe siècle « parce qu’elle n’était pas pratique à transporter, non pas parce qu’elle n’était pas intéressante pour l’orchestre », précise M. Pagès.

« Les trois octobasses se sont ensuite baladées : l’une a brûlé à Londres, la deuxième est en morceaux dans des boîtes à Vienne et la troisième est exposée à la Cité de la musique à Paris. »

Le salut de l’instrument vient de Montréal

Octobasse joué par Eric Chappell, à l'Orchestre Symphonique de Montréal (crédits : Antoine Saito)

Octobasse joué par Eric Chappell, à l’Orchestre Symphonique de Montréal (crédits : Antoine Saito)

Contrebassiste dans l’orchestre symphonique de Montréal, Eric Chappell, apprivoise depuis un an et demi l’instrument qu’il appelle « la grande beauté » et attend avec impatience l’arrivée de ses deux cousines, modernisées. Pour ce musicien de 42 ans, prendre en main un tel instrument a été « un vrai défi ». Il a bénéficié des conseils de l’Italien Nicola Moneta, seul autre membre de la communauté – très confidentielle – des octobassistes.

« L’effet dans l’orchestre est extraordinaire à cause de la longueur de la corde qui vibre », détaille M. Chappell. Et le son produit « ne peut pas s’enregistrer, c’est quelque chose qu’il faut vivre dans une salle de concert », renchérit Jean-Jacques Pagès.

Pour rendre « l’instrument résolument moderne », plus maniable, le luthier va y installer un système numérique à la place de la tringlerie mécanique, inventer un clavier et abaisser le tabouret. Il s’est entouré d’un menuisier, d’un électronicien et d’un horloger-pendulier pour l’accompagner dans cette aventure débutée en mai 2017.

Autres défis à relever : rendre l’octobasse démontable et lui fabriquer un coffre pour la transporter d’une salle de concert à l’autre. Confiant, l’artisan sourit : « Ça ne m’empêche pas de dormir, mais ça pousse un peu dans le dos quand même. Il ne faudrait pas que j’arrête, il y aurait des déçus ! »



Photographie de Une – Eric Chappell, contrebassiste, avec son octobasse à l’orchestre symphonique de Montréal
(crédits : YULorama)



 

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