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Altaïr et l’irruption du politique en Avignon

Altaïr et l’irruption du politique en Avignon
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En 2011, plusieurs acteurs culturels proches de la gauche et confrontés à la sclérose des partis politiques décident de lancer un think tank pour aborder de front les grandes questions culturelles de notre époque. Pour leur 5e année au festival d’Avignon, ils proposent quatre grands débats, trois cartes blanches avec Edwy Plenel, Audrey Pulvar et Jean Birnbaum ainsi que différents apéros politiques. Rencontre avec François Adibi, président de Altaïr think tank.

Tout a démarré au festival d’Avignon 2011 : trois jours complets de débat furent organisés, sur l’économie de la culture, le fonctionnement spectacle vivant, les politiques culturelles, les nouvelles avant-gardes, etc. « Nous sommes dans le concret, explique François Adibi, président de Altaïr think tank. Nous sommes un laboratoire, non pas seulement d’idées, mais aussi d’actions de terrain. Nous désirons anticiper les grandes questions que le monde de la culture sera amené à se poser dans les années à venir. »

C’est ainsi qu’Altaïr a par exemple cherché à réconcilier les univers de la culture et du numérique, notamment par la mise en place d’un colloque de deux jours à l’Assemblée nationale. À l’issue de cette rencontre, 27 propositions concrètes ont été faites, dont plus d’un quart fut repris par la mission Lescure.

Tout est culture !

Les quatre grands débats qui auront lieu les 15 et 16 juillet prochains s’inscrivent dans cette logique. Les thématiques sont vastes et actuelles : l’action culturelle du maire, la nécrose politique de notre société contemporaine, les liens entre la culture, le numérique et l’innovation, ainsi que la religion envisagée comme fait culturel.

Pour François Adibi, la façon même dont s’organise la vie politique est un choix culturel ; c’est pourquoi il appartient à la culture de faire bouger les lignes : « Les partis politiques sont totalement englués dans les méandres de la technocratie, de l’énarchie, pour ne pas dire pire. Notre mécanique est donc d’abandonner le système partisan et d’ouvrir à droite et au centre-droit, à tous les gens de bonne volonté désireux de travailler sur ces problématiques. » Tous ? François Adibi reconnaît que le Front national reste le seul parti à ne pas avoir été invité.

Ce qu’Altaïr appelle culture est si vaste que nous peinons d’emblée à en voir les contours : la sortie du colonial, l’orientation mainstream de l’information et la religion sont, de l’avis de François Adibi, autant de faits culturels et historiques : « Ce n’est évidemment pas le seul angle possible pour aborder ces réalités, mais c’en est un qui favorise l’échange. Je suis persuadé pour ma part que la culture peut répondre aux grands défis du XXIe siècle dès lors qu’on aborde les réalités sous l’angle des faits culturel. »

Contre la gestion politique, la vision culturelle

Parce que la culture est, en son essence, « émancipation », François Adibi souhaite que soient renforcés et développés les écosystèmes culturels actuels. Cela nécessite première de remettre en cause une technocratie qui « phagocyte la culture ». Une des solutions proposées par Althaïr think tank repose sur le principe du 50-50 : dans tous les lieux de pouvoir, il faut 50 % de grands corps d’État et 50 % de personnalités qui ont des parcours différents, capables d’apporter leur éclairage sur un sujet.

Pourquoi ? Parce que la culture apporte une vision là où le politique se contente de la gestion : « Il faut arrêter de penser la culture comme un outil d’émancipation individuel, alors qu’il s’agit d’un outil d’émancipation collectif. La culture est ce qui transforme et cimente des groupes humains, des ensembles, des civilisations. La culture est ce qui fait civilisation. »

Perspectives : objectif 2017

Le gros chantier à venir, guidé par la présidentielle de 2017, peut être formulé ainsi : comment sortir d’une société figée par ses élites, bloqué à tous les niveaux ? On pense évidemment à la pièce de Maëlle Poésy, Ceux qui errent ne se trompent pas, joué au théâtre Benoît XII durant le festival ; si elle ne pose malheureusement pas concrètement la question, elle décrit avec talent la nécrose du système actuel. « Tous les ministères, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont constitués à 95 % d’énarques, pour ne pas dire 100 %, confirme François Adibi. Or quand on les met dans une même pièce, il n’en sort jamais rien, parce qu’ils ont tous la même vision sur des questions complexes, parce qu’ils ne sont pas ancrés sur le terrain. Ces systèmes sont accidentogènes et terriblement dangereux. »

D’autres enjeux, comme un label French creative class qui agirait au niveau local, sont également à l’étude : « Il s’agit de prendre conscience de la richesse de chaque région et de tisser des réseaux de compétence qui allient la culture et le politique. » Profession Spectacle ne manquera pas de revenir sur cette initiative ces prochains mois.

Pierre MONASTIER

Télécharger le programme des débats et cartes blanches.

Pour les apéros politiques, voir le site du Off : étant difficiles à trouver, taper « apéro politique » dans la barre de recherche.

  • Jeudi 14 juillet à 20h : Nathalie Kosciusko Morizet.
  • Vendredi 15 juillet à 17h30 : Bruno Lemaire.
  • Sont également annoncés : Jean-Luc Mélenchon, Christiane Taubira, Alain Juppé…
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