Budget : avant la présidentielle, la culture redevient (soudain) une priorité…

Qui a dit qu’il n’y avait plus de saisons ? Si vous êtes un peu déboussolé par la hausse des températures, l’été indien et tout le reste, vous pouvez toujours vous baser sur le budget du gouvernement pour vous situer dans le temps politique. Et cette année pré-électorale ne fait pas exception ! À neuf mois du premier tour de la présidentielle, Audrey Azoulay a annoncé une hausse de la dotation de son ministère de 5,5 % par rapport à 2016 ! Adieu la crise, bonjour la culture.

Le seuil du fatidique 1 % du budget de l’État

« La plus forte hausse enregistrée sur ce ministère », a annoncé fièrement la ministre lors d’une conférence de presse de présentation. Résultat, les moyens du ministère s’élèvent, pour 2017, à 10 milliards d’euros dont 3,6 milliards rien que pour la culture. Un niveau jamais atteint selon le ministère. Rendez-vous compte : il dépasse pour la première fois le seuil fatidique des 1 % du budget total de l’État. Il fallait bien cela pour tenter de faire oublier le serrage de ceinture du milieu de quinquennat. N’oublions pas que, jusqu’en 2014, il avait diminué, de 4 % en 2013 et de 2 % en 2014, avant de se stabiliser en 2015. Mais depuis 2016, la tendance s’inverse, la culture redevenant une priorité gouvernementale : +2,7 % (7,3 milliards d’euros) en 2016, puis +5,5 % pour 2017 donc.

Dix milliards ? Vraiment ?

Bel effort, reconnaissons-le, mais qui mérite tout de même quelques précisions, ou plutôt quelques bémols. Derrière ce « chiffre historique » révélé par la ministre se cache nécessairement une astuce. Ces 10 milliards incluent en effet les crédits d’impôts consentis par l’État au titre de la culture, mais aussi certaines taxes comme celles prélevées sur la billetterie des spectacles.

« Aucun ministre de la Culture n’avait encore jamais calculé les choses ainsi », explique Télérama, qui a donc fait ses calculs. Résultat, si cette astuce budgétaire avait été appliquée en 2012, on serait déjà arrivé à un budget de 9,7 milliards au lieu des 7 milliards annoncés à l’époque. En 2016, cela représente un budget de 9,6 milliards. On est donc très loin des 3,6 milliards en plus pour 2017 !

C’est plus, mais c’est quoi ?

Mais arrêtons de jouer les grincheux ! Ainsi que le répète le président Hollande comme un mantra, « ça va mieux ». La hausse est tout de même bien réelle et mérite d’être détaillée. Ainsi un fonds pour l’emploi dans le spectacle vivant de 90 millions d’euros est-il débloqué pour aider les intermittents. L’audiovisuel public voit sa dotation augmenter de 63 millions d’euros pour atteindre les 3,931 milliards d’euros. Un effort financé par une hausse de 2 euros (1 euro au titre de l’inflation et 1 euro d’augmentation) de la redevance télé qui sera portée ainsi à 139 euros. Le budget du CNC va augmenter de 5,2 % à 707 millions d’euros, un coup de pouce notamment destiné à soutenir l’exportation des films. L’éducation artistique et culturelle est aussi une priorité, avec plusieurs chantiers comme des résidences d’artistes dans les collèges et lycées ou encore la création d’une « villa Médicis-bis » à Clichy-Montfermeil (Seine-Saint-Denis).

Enfin, contexte sécuritaire oblige, un effort est porté à la sécurité des institutions culturelles, avec 9 millions d’euros et la création de 73 emplois. Le Fonds d’urgence pour le spectacle vivant (14 millions), initié en novembre 2015, va être « prolongé et abondé autant que de besoin », précise Libération.

Ces millions et ces pourcentages sont certes de bon augure, mais ne se comprennent, ne l’oublions pas, qu’à l’aune de cette année pré-électorale qui débute. Nous entrons désormais dans une séquence figée, un arrêt sur image qui va laisser sa place aux débats (dans le meilleur des cas), mais surtout aux querelles politiques. À nous d’y repérer le vrai du faux, le véritable engagement de la promesse démagogue, une véritable vision de la Culture de l’initiative opportuniste.

Jacques GUILLOUX

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