Select Page

Profession Tourneur : notre grande enquête

Profession Tourneur : notre grande enquête
Advertisement

Ils sont les chefs d’orchestre mais dans l’ombre de l’artiste. Les tourneurs sont un rouage souvent incontournable d’un moment magique pour les artistes : le live. Profession Spectacle vous propose un zoom sur ce métier : rôle, domaine de compétence, rémunération, relations avec les artistes… On vous dit tout ! 

Commençons par les bases : un tourneur qu’est ce que c’est ?

C’est à lui que revient la responsabilité du spectacle et la qualité d’employeur de la totalité du plateau artistique mais, à la différence du producteur, il n’est pas systématiquement à l’initiative de sa création. C’est ainsi lui qui s’investit dans la diffusion du spectacle auprès des exploitants de salles ou des organisateurs locaux. Jimmy Kinast est l’un d’eux au sein de 3C. Basée à Angers et Bordeaux, cette agence a été fondée en 1994 et compte dans son catalogue une centaine de groupes et d’artistes. On y trouve ainsi des Français comme Renan Luce, La Grande Sophie, Sergent Garcia, Général Electriks, Eiffel… mais également des étrangers avec les anglais de She and Him ou encore les américains de Spoon. Sa mission : développer et gérer le parcours des artistes en étroite collaboration avec tous leurs partenaires, que ce soit les maisons de disques, les éditeurs ou les promoteurs

« On s’occupe de négocier les cachets des artistes et on produit leur spectacle. Ça se traduit par la réservation des salles de spectacles à travers la France et pour certains artistes, à l’étranger également. On s’occupe de tout, de la fiche de paie, des assurances, du matériel ou des véhicules. Dans certains cas, on trouve même des musiciens pour compléter un groupe. »

La promotion, c’est également son job. Elle passe forcément par des affiches placardées dans les villes étapes de la tournée, mais aussi grâce au réseau que s’est construit au fur et à mesure du temps le tourneur. « On communique dans les médias, on se rapproche des radios, locales ou non, pour faire passer et connaître le morceau sur les ondes. » Certaines radios peuvent aussi aider financièrement. Alors forcément, plus le tourneur est gros et expérimenté, plus le dispositif est complet et surtout efficace ! Mais pour l’agence 3C, le travail ne s’arrête pas forcément là. Pour certains artistes, l’effort est plus important, comme le confirme Jimmy : « Comme nous cherchons à faire tourner de nouveaux talents, notre aide dépasse l’organisation de concerts. On les aide à trouver une maison de disques, un éditeur, un manager… »

Objectif : faire des entrées

Les tourneurs sont des entreprises, et pour vivre elles doivent être rentables. Elles ne font donc pas tourner les artistes pour des salles vides… Le spectacle proposé doit plaire au plus grand nombre. Si certains tourneurs sont prêts à parier sur certains artistes, si le résultat n’est pas au rendez-vous, il est fort à parier que l’association ne se prolongera pas. Cette logique économique doit toujours être gardée en tête.

Comment artiste et tourneur se trouvent ?

« Il n’y a pas de règle générale », explique Virginie Dubois de Furax. D’abord issu du monde associatif et créé en 1992, Furax est basé à Paris. L’entreprise est devenue productrice de spectacles en 1999. On lui doit, entre autres, les tournées d’Emily Loizeau, des nantais d’Hocus Pocus, des angevins de Zenzile ou encore le quatuor de DJ de C2C. Virginie y travaille depuis 5 ans et détaille les situations rencontrées le plus fréquemment : « Les managers peuvent nous contacter directement pour nous proposer un artiste, cette démarche peut également être fait directement par les groupes eux-mêmes. Mais ça peut très bien être nous qui démarchons. » C’est notamment le cas pour des groupes étrangers. Pour découvrir de nouveaux talents, Furax se doit ainsi d’être présent dans les grandes manifestations, comme le festival Eurosonic à Groningen aux Pays Bas, The Great Escape à Brighton en Angleterre ou encore aux Transmusicales de Rennes. Si un groupe tape dans l’oreille de Furax, l’entreprise peut lui proposer de trouver des dates en France. « C’est comme cela que j’ai réussi à faire venir en France les canadiens repérés lors du festival M pour Montréal. » Dans ces grands rendez-vous, la bataille fait souvent rage entre les tourneurs pour faire venir et faire tourner en France les grands ou les futurs grands. Ce qui va alors faire la décision, c’est le carnet d’adresses. Si le tourneur a ses entrées aux Vieilles Charrues, aux Eurockéennes ou encore à Rock en Seine, ce sont des arguments déterminants dans le choix de l’artiste.

Comment se passe la sélection ?

Là non plus, pas de règle chez Furax, même si les penchants funk-électro sont assumés. Si le choix se fait souvent au coup de cœur, il faut également qu’une relation de confiance puisse se tisser : « Le live est un moment important, voire essentiel pour l’artiste. Il faut donc que tout se déroule dans un maximum de sérénité ». Furax est également une société de production. « Toute l’équipe se met d’accord. Lorsque l’on parie sur un artiste, et que l’on va s’investir dans le développement de sa carrière, on sait que cela va durer plusieurs années. Donc tout le monde doit y croire. » Pour profiter du réseau, de l’expérience et des services d’un tourneur, il faut évidement avoir fait un minimum ses preuves, avoir un projet solide et du talent, forcément ! Mais pour 3C, il ne faut pas être une star. « On est plus axé sur la découverte », explique Jimmy. Il existe tout de même des critères de bases pour faire le tri : le niveau musical évidemment et la qualité scénique, mais également le nombre d’artistes présents dans le groupe : plus ils sont nombreux, plus la tournée reviendra chère et sera lourde à financer. Ce critère est extrêmement important. On peut ainsi noter qu’actuellement les « gros » groupes sont de plus en plus rares. Les tournées « acoustiques » de certains artistes cotés sont ainsi devenues de plus en plus fréquentes, car elles rapportent un maximum sans nécessiter de gros investissements. L’artiste qui cherche donc un tourneur doit ainsi proposer un dispositif « light », pour ne pas l’effrayer. L’entourage de l’artiste est également scruté. Si l’artiste a déjà une maison de disque, c’est elle qui peut fournir les affiches et aider à la diffusion.

Une sélection plus dure ces dernières années

Depuis quelques années, la sélection est plus dure car les moyens de diffusion ont diminué. « Avec la baisse des ventes de disques, les majors ont réduit la voilure. Elles dépensent moins d’argent pour financer les tournées de leurs artistes. Certaines, obligées de se diversifier pour continuer à vivre, s’occupent même elle-même des tournées », explique Jimmy. Mais on ne signe pas à vie avec un tourneur. En fonction de l’évolution de la carrière et du succès rencontré, les structures peuvent varier. Un groupe qui a tourné, et bien tourné, avec une entreprise peut, par la suite, trouver une structure plus conséquente qui lui permettra de jouer dans certaines salles jusque là inaccessibles.

Préparer le live

Une fois le calendrier bouclé, c’est le régisseur qui prend le relais pour caler les détails techniques et logistiques de la tournée. Mais c’est au tourneur de coordonner les équipes comme le détaille Virginie : « En amont, on a discuté avec le groupe pour connaître leurs besoins. Ces détails participent au processus de sélection des lieux de concert. Il faut que par la suite toutes les conditions soient réunies pour que ce qui a été imaginé se réalise. » Le tourneur intervient bien en amont du spectacle. Il participe ainsi aux résidences proposées aux artistes, c’est-à-dire le lieu où ils vont créer et réaliser un album ou un spectacle. Elles permettent au tourneur de mettre en place les moyens nécessaires pour améliorer le spectacle en fonction du show imaginé. C’est également l’occasion de faire de la promotion, en invitant des programmateurs de salles ou des journalistes.

Le financement

Impossible de chiffrer et de donner le coût moyen d’un spectacle. Pour chaque artiste c’est du sur-mesure. En revanche, le processus de calcul est à chaque fois le même. Le coût du spectacle est établi en fonction du projet (nombre de musiciens, de techniciens, type de matériel…). Le montant du cachet est déterminé en fonction de la notoriété du groupe. Ces paramètres permettent ensuite de fixer le prix de vente du  spectacle qui sera proposé aux salles. Le tourneur se rémunère grâce à un pourcentage de cette vente. Le reste revient à l’artiste. Mais le prix d’un spectacle n’est pas figé. Parce que les besoins et les  exigences de l’artiste évoluent, le coût d’un spectacle peut être réévalué et c’est souvent à la hausse. Le tourneur est le principal interlocuteur de l’artiste, c’est lui qui gère l’image véhiculée par le musicien, sa présence sur internet, la sortie de ses disques… « Là encore, cela dépend de l’artiste et du lien que l’on entretient avec lui. Mais lorsque l’on est proche de lui et qu’on l’accompagne dans son processus de création, lorsqu’il est notamment en résidence ou en filage, on peut faire des remarques ou des propositions », explique Virginie. Elle se tient également en permanence au courant des projets développés par les artistes dont elle s’occupe.

Beaucoup d’artistes… et parfois la perle

Il y a les bons coups et les moins bons. Si tous les efforts ne sont pas couronnés de succès, il peut y avoir parfois le succès, et même les gros succès, comme avec Renan Luce, se souvient Jimmy : « Lors de sa première tournée, dans une salle de 200 places, on avait fait 27 entrées payantes. Mais l’année suivante, on est monté à 2 700. Ça peut aller très vite. Il y a un fossé immense entre la découverte et le succès. »  Et pour certains ce fossé ne sera jamais franchi. Il y a aussi ces petites victoires qui, mises bout à bout, en font une encore plus belle. C’est ce que réalise en ce moment Virginie avec Monogrenade. Après avoir fait venir le groupe canadien en tournée en France, ils ont signé dans label Atmosphériques. En 2012, ils n’avaient qu’une semaine de disponible pour revenir en France, Virginie est parvenue à les inscrire sur la programmation du Printemps de Bourges. « On a l’impression du travail bien fait, et d’avoir réussi un pari. »

La passion

C’est un métier de passion. « Je bosse sans réfléchir », avoue ainsi Jimmy Kinast. Les projets s’enchaînent, les artistes aussi avec leur variété. « Un kiff, confirme Virginie. Il n’y a pas de routine. Ce n’est jamais pareil. À chaque artiste, on imagine une nouvelle stratégie, jusqu’où on peut l’accompagner, dans quel lieu, on fait des plans. Et ensuite, on les réalise. »

Jacques GUILLOUX

Lire aussi : Radical production : « Les bons groupes attirent les bons groupes »



Article paru dans Profession Spectacle n.18, de mai 2012



 

Advertisement

Laisser un commentaire

Suivez-nous

Restez informé !

Rencontre avec Anne-Christine Micheu autour des droits culturels

Nous soutenons …

affiche barcelone en scene à paris theatreaffiche Quand on sait