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18 janvier 1930 : Chostakovitch prend un coup dans le nez

18 janvier 1930 : Chostakovitch prend un coup dans le nez
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Instant classique – 18 janvier 1930… 88 ans jour après jour. Au théâtre Maly, à Leningrad, sous la direction de Samuel Samossoud, Chostakovitch crée son premier opéra en version scénique, le Nez, d’après Gogol. Il avait demandé à un écrivain notoirement antisoviétique, Zamiatine, de lui écrire le livret, que deux autres auteurs avaient ensuite complété, empruntant çà et là à d’autres grands chefs-d’œuvre de Gogol.

Le jeune compositeur savait ce qu’il risquait : la création en version de concert quelques mois auparavant avait fortement agacé « l’association russe des musiciens prolétariens ». Heureusement pour lui, on n’en était pas encore à la folie stalinienne et il dut affronter « seulement » une bordée de critiques féroces. Le Nez fut retiré des affiches soviétiques dès 1931, pendant plus de 40 ans.

Cette œuvre burlesque et surréaliste est, il est vrai, très hardie. Elle raconte l’histoire d’un nez, retrouvé par un barbier dans son petit déjeuner. Sa femme lui ordonne de s’en débarrasser afin qu’on ne l’accuse pas d’avoir défiguré un client. Il tente de le jeter dans la Neva, mais est interpellé par un gendarme. Au même moment, le major Kovaliov se réveille et constate la disparition de son nez. Ce dernier (oui, oui, le nez lui-même) apparaît à la cathédrale de Kazan en uniforme de conseiller d’État. Kovaliov l’implore de reprendre sa place, mais il refuse. Le major va donc passer une petite annonce, mais suscite l’hilarité des employés du journal. Kovaliov rentre chez lui, malheureux comme les pierres. Le nez, lui, se fait lyncher par la foule et reprend sa taille normale. Le gendarme le rapporte donc à Kovaliov, contre une forte somme d’argent. Mais voilà, impossible de le remettre en place et Kovaliov soupçonne Mme Podtotchine, qui voudrait qu’il épouse sa fille, de lui avoir jeté un sort, tandis que l’histoire du nez fait le tour de la ville et suscite beaucoup d’agitation. A l’épilogue, Kovaliov se réveille avec son nez remis en place, rencontre Mme Podtotchine et sa fille, mais préfère lutiner la marchande des 4 saisons… Tout rentre dans l’ordre.

Cette satire sociale totalement loufoque peut se lire de bien des façons et laisse libre cours à plusieurs interprétations. Dimitri Chostakovitch en a tiré une musique pleine d’éructations, de syncopes, de borborygmes, d’ironie et autres cavalcades.

Voici un très court extrait de la belle mise en scène récente du Met à New York, lorsque Kovaliov se précipite au commissariat pour déclarer le vol de son nez.

Cédric MANUEL



 

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