5 janvier 1932… 86 ans jour pour jour. À Vienne, dans la grande salle du Musikverein, le pianiste Paul Wittgenstein crée le concerto pour la main gauche de Maurice Ravel, sous la direction de Robert Heger. C’est un concerto dont la partie soliste est en effet écrite uniquement pour la main gauche. Wittgenstein, pianiste virtuose alors très célèbre et commanditaire de l’œuvre à Ravel, avait en effet perdu son bras droit durant la Première Guerre mondiale. 

Le compositeur avait écrit l’œuvre en même temps que son autre concerto pour piano, celui en sol, en 1929-30, alors qu’il en est pourtant fort différent mais moins représenté au concert.

Relativement bref, il se joue généralement d’un seul tenant même si on distingue nettement les traditionnels trois mouvements des œuvres concertantes, marqués ici Lento-Allegro-Finale (allegro également).

C’est une œuvre un peu étrange, très mystérieuse, et même inquiétante, comme traversée, justement, par les ombres de la guerre. Tendu, souvent violent, vigoureux et âpre, ce concerto, qui s’achève brutalement, n’est pas aisé à écouter lorsqu’on l’aborde pour la première fois. Il est d’une grande virtuosité pianistique, mais laisse bien sûr une place énorme à un orchestre à l’effectif important. On y perçoit, au milieu, l’influence du jazz, que Ravel aimait passionnément.

Cédric MANUEL