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Antoine Ciosi chante Bastia

Antoine Ciosi chante Bastia
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 Personnalité incontournable de la chanson corse depuis plus de 50 ans, Antoine Ciosi a croisé la route des plus grands (Charles Aznavour,  Jacques Brel…) et joué dans les plus belles salles parisiennes. Son dernier album de 18 titres, intitulé  « In Bastia », rend hommage à la ville de sa jeunesse, avec la complicité de son fils Jérôme et de Thomas Dutronc.

Antoine Ciosi est originaire de la Casinca, région verdoyante et agricole de la Haute-Corse, en bordure de la plaine orientale. Comme pour tous les jeunes de sa génération, Bastia symbolisait la porte de départ, le passeport pour tenter sa chance de l’autre côté. Comme d’autres, le jeune Ciosi a des raisons pour quitter son village : il veut être chanteur. À cette époque le chant corse est à l’agonie : « J’avais seulement dans la mémoire les très beaux airs qu’interprétait ma mère. À l’époque, il n’y avait qu’une seule radio, celle de la France qui diffusait Georges Guétary, Luis Mariano, Edith Piaf. ‘‘Les Trois cloches’’ des Frères Jacques, avec ce refrain ‘‘Village au fond de la vallée’’, me donnait littéralement des frissons. Cette chanson me touchait car elle s’inscrivait dans un contexte paysan. Elle parlait de la naissance, de la vie et finalement de la mort, toujours au fond de la vallée, dans ces villages oubliés. De mon côté, je ne pouvais songer à chanter en corse puisque la chanson corse n’existait plus », se souvient l’artiste.

Après plusieurs tentatives, il finit par arriver à Paris en 1954 ; il y fait un peu tous les métiers. Il en profite pour apprendre sérieusement le chant et la musique : « J’ai tout sacrifié pendant trois ans pour cette vocation dévorante. À l’issue de cette formation classique, presque lyrique, j’ai obtenu un prix au conservatoire », explique-t-il. C’est ainsi qu’il débute au théâtre Mogador, puis au Châtelet où il chante pendant trois ans des opérettes en tant que baryton Martin, entrecoupées de nombreuses tournées en province.

Premier prix à l’Olympia

Paradoxalement, c’est la Corse qu’il avait abandonnée quelques années plus tôt qui va lui redonner le goût du chant et de l’émotion pure. « Qu’est-ce qui n’allait pas dans ces opérettes ? En réalité, elles ne me touchaient pas. Je ne me sentais pas concerné. Il a fallu que ce soit une chanson corse qui me remette d’aplomb. » En 1963, il participe au premier festival de la chanson corse à l’Olympia. Parmi tous les chanteurs qui concouraient, il y avait des gens connus : les frères Vincenti, Maryse Nicolaï, Charles Rocchi… « Quelque temps auparavant, j’avais retrouvé au fond d’un vieux tiroir une chanson : ‘‘Paese Spentu’’ de Ghjuvanni Giocanti et de Vincente Orsini. Elle m’avait mis la larme à l’œil ! C’était, à ma connaissance, le tout premier texte qui dénonçait, avec force et vigueur, la désertification de nos villages et la perte progressive de nos traditions et valeurs ancestrales. Pourquoi étions-nous tous partis, pourquoi avais-je moi aussi suivi le troupeau ? » Ce soir-là, ce chant, ou plutôt ce cri, lui permet de gagner le premier prix de la chanson insulaire dans la mythique salle parisienne de l’Olympia, pleine à craquer.

Mémoire collective

Dans la foulée, il signe avec la maison de disques d’Eddie Barclay qui lui fournit la sécurité financière, des studios, des arrangements… Si la carrière internationale du chanteur français est lancée, il manque encore l’essentiel au chanteur corse : le public. « À l’époque, la grande majorité du public n’était pas encore sensibilisée à la chanson corse. J’ai participé à cet éveil croissant, à cette renaissance progressive que nous avons appelée plus tard le riacquistu [la réappropriation en français, NDLR] », se rappelle-t-il. En plus d’un demi-siècle de carrière, Antoine Ciosi a réalisé une cinquantaine d’albums, soit une moyenne d’un ou deux par an.

CIOSISon dernier opus, enregistré dans les studios Coppelia à Paris, avec la complicité de son fils Jérôme et de Thomas Dutronc, rassemble des mélodies très belles, intemporelles et populaires.  « La chanson la plus connue, ‘‘U Campanile Di San’Ghjuva’’, a été écrite il y a 40 ans par le compositeur Eugène Annarella (1917/1980) ; je suis heureux de constater qu’elle possède toujours la même force évocatrice », souligne-t-il. Dans son dernier album, Antoine Ciosi entremêle délicatement les morceaux en français et en corse. Petit à petit, le chanteur s’efface pour laisser subrepticement la place au conteur et au poète. « La meilleure des choses pour un chanteur est d’entrer dans la mémoire collective et d’avancer avec le temps… »

David RAYNAL

Antoine Ciosi, In Bastia, Olivi Music, 2013

 

 

 

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