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Gilles Costaz : « Élargir la porte étroite »

Gilles Costaz : « Élargir la porte étroite »
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Tribune libre de Gilles Costaz.

Régulièrement, Profession Spectacle laisse la parole à une personnalité liée au monde du spectacle. Elle s’adresse à tous ceux qui œuvrent, luttent et vivent pour leur art, en risquant une opinion ou une idée, en ouvrant une piste ou des perspectives, en partageant un cri ou sa joie… La parole est au fameux critique Gilles Costaz !

Faire du théâtre, c’est facile. En mourir, c’est facile aussi. Tant de jeunes équipes se lancent dans l’aventure et y laissent toutes leurs forces et tout leur argent. On ne compte plus les artistes ruinés. Quelques-uns arrivent à passer dans l’entonnoir, mais la survie n’est jamais acquise. Il y a trop de postulants aux subventions et au mécénat. Les subventions de l’État se réduisent, sans que les aides des collectivités territoriales augmentent. Certaines compagnies parviennent à gérer la vie de leurs spectacles, mais c’est véritablement épuisant d’accrocher des tournées et d’obtenir des nombres suffisants de représentations. Quelques privilégiés attrapent quand même le jackpot, mais ni le soutien de l’État ni l’approbation des médias ne leur sont assurés. D’ailleurs, les caisses de l’État et les médias vont mal, eux aussi !

Comment réagir ? Il faudrait changer la donne.

Cela paraît difficile, impossible. Ce qui manque de la part de la jeune création, c’est un mouvement de fond. Ou du moins un mouvement collectif, qui soit à la fois esthétique et politique. Il faudrait que des artistes puissent se réunir et dire : voilà, on est le nouveau théâtre et on vous le montre. Tant pis pour la modestie ! Vive l’orgueil ! Mais, évidemment, il faut être bon, neuf, imprévu, pour se lancer dans un tel défi.

On ne pourra avancer qu’avec de l’utopie puisque les moyens sont difficiles à acquérir et parce que le système en place fonctionne bien, en arbre qui cache la forêt, en structures confiées à des artistes qui font généralement bien leur travail et ne laissent pas la place. On a vu des troupes percer l’indifférence. Comme les Périphériques de Marc’O, mais ils ont explosé. Comme l’équipe de Gwenael Morin qui, depuis Aubervilliers, a créé un intérêt vite amplifié : lui a pu entrer dans le cursus et diriger un théâtre à Lyon. Cela tendrait à prouver qu’on ne peut vivre qu’en revenant au système. C’est vrai qu’il vaut mieux attendre son tour et le saisir, plutôt que d’accumuler les déceptions dans le off d’Avignon.

Pourtant, l’énergie, la capacité de création des jeunes troupes est immense.

Elle se disperse, elle se confond parfois dans l’agitation d’entreprises qui ont des soucis peu artistiques. Quelque chose de neuf doit nous exploser à la figure, parallèlement au théâtre officiel et aux lois du commerce. L’Histoire nous prouve que c’est la bonne voie. Pensons au dadaïsme, au surréalisme, à l’arrivée des Chéreau, Lavaudant, Savary et bien d’autres. Mais le propre de ceux qui font l’Histoire est de se passer des références, de les ignorer, de ne pas en avoir connaissance. D’ailleurs, il est possible que ce que nous souhaitons soit déjà en marche, sans que cela soit encore visible. Que se passe-t-il dans les structures alternatives de Mains-d’œuvre ou d’Anis Gras ? On peut le savoir, mais elles n’ont pas effectué leur combat, leur marche en avant, la proclamation de leur politique.

Il faudra beaucoup inventer. Il sera difficile d’inventer seul. Les portes étroites s’élargiront, tomberont peut-être, s’il y a groupes et mouvements. Ce n’est pas simple mais l’espoir est grand : les révolutionnaires d’antan sont fatigués.

 Gilles COSTAZ 

Lire aussi notre long entretien avec Gilles Costaz.

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