« L’ADN d’Artis est d’être un complément à la mise en place des politiques culturelles », annonce Stephan Hernandez. Depuis plus de quarante ans et plus particulièrement en ce temps de crise, l’association Artis – dont il est le directeur – continue d’intervenir en soutien des politiques culturelles pour le spectacle vivant en Bourgogne-Franche-Comté.

Comment a-t-elle évolué depuis sa création, quelles sont ses missions et comment parvient-elle à adapter son action dans le climat incertain généré par la pandémie ? Rencontre avec son directeur Stephan Hernandez pour évoquer les différents chantiers de l’association et sa vision de la crise.

Le LAB, Liaisons Arts Bourgogne, rebaptisé Artis

L’association Artis en Bourgogne-Franche-Comté est dirigée depuis 2014 par Stephan Hernandez, qui fut d’abord musicien professionnel pendant environ une quinzaine d’années avant de devenir directeur d’Arts Vivants 52 à Chaumont, puis responsable spectacle vivant au conseil départemental de la Côte-d’Or, pour enfin diriger Artis à Dijon.

Reconnue d’utilité sociale, l’association a porté plusieurs noms depuis sa création en 1978 – Assercam, Musique Danse Bourgogne, Liaisons Arts Bourgogne (le LAB) – et intervient en appui des politiques culturelles : « La structure a été créée à l’initiative des pouvoirs publics, à l’époque la DRAC puisque la région n’existait pas encore en tant qu’assemblée régionale, explique Stephan Hernandez. Dès que celle-ci fut créée en 1982, les deux institutions sont devenues ses principaux financeurs. »

L’association avait auparavant deux pôles, l’un dédié au spectacle vivant et l’autre à la voix. Elle ne compte désormais plus la voix parmi ses missions, et ce depuis le 1er janvier 2020. D’où ce changement de nom, anciennement le LAB Liaisons Arts Bourgogne, pour qualifier la nouvelle dynamique de la structure : « Depuis que l’association existe, un travail de fond a été mené pour la création de la Cité de la voix à Vézelay, confirme le directeur d’Artis. Nous avons également porté la structure en interne pendant deux ans jusqu’à ce que celle-ci devienne autonome. Maintenant qu’elle est devenue un établissement public régional, notre mission voix a logiquement intégré la Cité de la voix et l’on s’est recentré sur le spectacle vivant. »

« Un complément aux politiques culturelles »

L’association répond principalement à une nécessité d’accompagnement et de structuration des projets artistiques : « L’ADN d’Artis est d’être un complément à la mise en place des politiques culturelles, précise Stephan Hernandez. Notre rôle est de travailler avec les acteurs pour les acteurs. Si les politiques culturelles délivrent des financements et des expertises, ça ne suffit pas à couvrir l’ensemble du champ pour lequel les acteurs ont besoin d’aide. »

L’association s’adresse donc aux professionnels du spectacle vivant, qu’ils entrent dans le métier ou qu’ils soient installés de longue date dans leurs activités et pratiques.

Création de lien et de réseau professionnel

Stephan Hernandez (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Stephan Hernandez (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Composée de cinq personnes, l’équipe d’Artis collabore avec des organismes comme Quintest, un réseau à cheval entre les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand-Est, ou encore Affluences, qui réunit des programmateurs de théâtres de ville et de structures conventionnées en Bourgogne-Franche-Comté.

 « Avec eux nous organisons Prémices, une journée où dix compagnies sélectionnées présentent leurs projets de créations à des programmateurs, détaille le directeur d’Artis. Quand on fait un spectacle, il ne s’agit pas uniquement de le vendre, on est dans autre chose, il y a du rapport humain qui se crée et nous sommes là pour favoriser cet échange. »

Faciliter l’émancipation des acteurs culturels est l’objectif de l’association : « Notre boulot n’est pas de nous vendre, mais que les acteurs grandissent », insiste Stephan Hernandez. La structure a par exemple aidé la PlaJe, réseau jeune public en Bourgogne-Franche-Comté, à monter ses premières actions, le théâtre privé l’Atelier Bleu, installé dans l’Yonne en Puisaye, ou encore la compagnie Pocket Théâtre à Voiteur, dans le Jura.

 « Un diagnostic » pour les compagnies…

Aider à faire avancer les projets implique pour Stephan Hernandez une intervention directe auprès des compagnies, dans le cadre notamment du parcours “Trajectoires”. « Ce qu’on appelle accompagnement est assez précis, indique-t-il. On va au-delà d’une simple liste de lieux à contacter. Nous proposons un vrai dispositif qui dure de six à huit mois et qui aide les compagnies à cerner précisément leurs besoins en suivant une méthodologie. Notre équipe diagnostique ces besoins et définit la marche à suivre, jusqu’à ce que les objectifs soient atteints. »

L’équipe d’Artis conseille, répond aux interrogations et se déplace régulièrement pour voir les répétitions et les représentations, afin d’assurer au mieux son travail d’aiguillage artistique entre les compagnies et les structures susceptibles d’être intéressées par un projet.

… et un centre de ressources

Pour conseiller les acteurs culturels, il faut être en mesure de les renseigner ; Artis est devenu un véritable centre de ressources culturelles. « C’est l’un des grands chantiers de l’association ! On essaie de récupérer toutes les études qui concernent le milieu du spectacle vivant, par exemple sur la COVID-19, on a fait une page sur notre site qui permet de récolter tout ce dont on peut avoir besoin pour analyser la situation. »

Des fiches pratiques sur les dispositifs d’aides financières dont les artistes et les structures peuvent bénéficier sont également en ligne sur le site de l’association. « Nous avons une ancienneté et une expertise dans le métier de la ressource, insiste Stephan Hernandez. Une info peut sortir, être reprise, puis transformée ; au bout du compte, on perd l’information originale. Notre travail, c’est de remonter à la source. »

Des outils pragmatiques et pédagogiques…

L’association cherche à innover et mettre en place des moyens concrets pour améliorer l’action des politiques culturelles, avec notamment des fiches consultables par les élus eux-mêmes. « À la suite des élections municipales du mois de mars dernier, on s’est aperçu que les nouveaux élus n’étaient pas préoccupés par la culture en arrivant, analyse le directeur d’Artis. On a donc travaillé au niveau national avec l’Association de maires ruraux de France et préparé six fiches pratiques : Comment je fais pour élaborer une politique culturelle ? Comment me former en tant qu’élu ? Comment faire un diagnostic culturel du territoire ? »

Des fiches pratiques sur l’écologie dans le spectacle vivant sont également en cours de rédaction et la sortie d’un guide national sur la responsabilité sociétale des organisations réalisé en collaboration avec l’association Opale est prévue en novembre prochain.

… pour faire face à une « crise écologique »

Pour Stephan Hernandez, la pandémie est le signe d’une nécessité à réinterroger les pratiques de chacun, collectivement, afin d’avoir une action plus efficace : « Au fond cette crise, si on en tire le fil, est écologique, soutient le directeur d’Artis. Avec le fait qu’on se déplace partout, une pandémie se diffuse plus vite ; notre relation à la nature est mise en question. Cela implique de ne pas réfléchir chacun dans son coin et de se demander ce que nous devons changer. Écologie, économie et management sont les trois piliers de la responsabilité sociétale. Dans le métier, tout le monde parle écologie, tout le monde essaie de s’organiser, mais ça manque encore d’unité. »

D’après Stephan Hernandez, pour identifier de meilleures pratiques et les transformer, une réflexion en commun s’impose en amont. Lui et son équipe, qui est par ailleurs formée sur l’intelligence collective, proposent dans cette perspective un dispositif d’accompagnement inspiré de Bruno Latour et adapté au secteur du spectacle vivant.

Artis intervient donc comme une articulation entre les politiques culturelles, les organismes culturels et les artistes. Investie dans l’accompagnement des acteurs du spectacle vivant, elle s’est parallèlement développée comme centre de ressources. Cette position bien assise dans le paysage culturel peut à terme favoriser la viabilité de tout un écosystème culturel.

Morgane MACÉ

En savoir plus : association Artis

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