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Aynur Doğan, la grande artiste kurde qui défie la Turquie, en concert à Paris

Aynur Doğan, la grande artiste kurde qui défie la Turquie, en concert à Paris
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Née à Çemişgezek, une petite ville de montagne dans la province du Dersim en Turquie, elle est l’une des grandes voix kurdes, alliant tradition et modernité : la chanteuse Aynur Doğan, celle qui a défié la Turquie en affirmant son être de femme dans un pays marqué par un islam particulièrement violent, sera présente à Paris pour un concert à l’Institut du monde arabe, le samedi 9 mars, dans le cadre du premier festival Arabofolies.

Entretien avec Aynur Dogan.

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Vous allez chanter à l’Institut du monde arabe à Paris, mais vous n’êtes pas arabe vous-même. Comment vivez-vous le fait d’être Kurde dans le monde arabe et de parler un langage proche de l’iranien en Turquie ?

Je pense que la musique est l’un des plus anciens langages, qui fait que nous nous sentons tous pareils. Quand vous écoutez de la musique dans une autre langue, que vous ne connaissez pas, vous ressentez la même chose mais vous y mettez votre signification propre, en fonction de votre histoire et des expériences vécues. La langue est seulement une voie pour exprimer les sentiments. La musique ou les arts ont le pouvoir incroyable de raccourcir les distances entre les sociétés, de favoriser la solidarité, de devenir plus proche des autres et d’apporter une paix intérieure. Je pense que ce devrait être notre perspective dès lors qu’il s’agit de musique.

La musique kurde a-t-elle une spécificité ? Laquelle ?

C’est une très ancienne musique. Nous avons des chansons de près de trois cents ans qui ont été transmises par des Dengbej : “Deng” signifie voix et “bej” chanter. Les Dengbej sont des conteurs qui jouent un rôle fondamental dans la musique kurde traditionnelle. Ils recueillent la mémoire de la culture kurde, comme les chansons, les ballades et les histoires, pour les transmettre oralement aux nouvelles générations à travers la musique.

Vous mélangez musique traditionnelle et création contemporaine. Quel en est le sens ? Est-ce pour réconcilier le passé et le présent, les ancêtres et les vivants ?

J’aime croiser différents musiciens et les cultures, en essayant de trouver à la fois la différence et les similitudes entre eux. En même temps, j’essaie de conserver le cœur de la tradition. Je puise à la source de l’ancienne tradition kurde et l’harmonise avec ma propre musique, avec mes sentiments, afin de créer un pont entre la nouvelle génération et les publics du monde entier.

En 2004, vous avez sorti Keçe Kurdan, album condamné par la cour de la province de Diyarbakir : cet œuvre, selon la justice locale, « incite les femmes à prendre le maquis et promeut la division ». Femmes et résistances sont le thème principal des premières Arabofolies. Comment pourriez-vous décrire pour nous, Occidentaux, la condition des femmes en Turquie ?

Il est malheureusement évident que le développement en Turquie, en particulier pour tout ce qui concerne le sujet des femmes, est une régression au lieu d’une avancée.

Que devons-nous enfin attendre de votre concert à Paris ?

J’aime beaucoup jouer en France, et tout particulièrement à Paris. Je pense qu’ils ont une plus grande expérience dans l’écoute de la musique traditionnelle et ethnique – plus que tous les autres pays européens. C’est pourquoi je suis heureuse d’y jouer et espère que je pourrai vous le manifester.

Propos recueillis par Pierre MONASTIER

Remerciements à Adrienne de la Fuente pour la traduction de l’anglais



Crédits photographiques : Nadja Pollack



Aynur Doğan (crédits : Nadja Pollack) Aynur Doğan (crédits : Nadja Pollack) Aynur Doğan (crédits : Nadja Pollack)Aynur Doğan (crédits : Nadja Pollack)



 

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2 commentaires

  1. La traduction va au-delà de ce que dit Aynur Dogan.

  2. Bonjour,

    Il est effectivement possible que ma traduction ne soit pas rigoureusement exacte, étant donné que la version reçue était dans un anglais approximatif. C’est d’ailleurs pourquoi tout a été relu par une Américaine dont l’anglais est la langue maternelle.

    Mais je ne prétends pas avoir raison dans mes choix de transcription (« traduttore, traditore »). Si vous voyez un élément à réétudier, je suis évidemment à votre écoute.

    Cordialement.

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