Dans une tribune, le metteur en scène et directeur du Lucernaire Benoît Lavigne évoque les difficultés de la situation actuelle pour le théâtre, les espoirs et les chantiers du moment et appelle à ce que lieux culturels et lieux conviviaux retrouvent « leur place au cœur de notre société car ils nous sont indispensables pour vivre ».

En septembre 2019, le Lucernaire, lieu mythique de la scène parisienne, fêtait ses cinquante ans… Six mois plus tard, comme tous les lieux culturels français, il fermait une première fois ses portes. De réouvertures en confinements, d’espoirs avortés en restrictions assénées, le Lucernaire subit la loi des décisions politiques – parfois bien contradictoires – prises par le gouvernement depuis le début de la pandémie.

C’est pourquoi Benoît Lavigne, dans une tribune diffusée le 4 mars 2021, évoque des « lieux fantômes » qui ne rassemblent plus les artistes, les techniciens, les spectateurs… « Aucun horizon, aucune perspective, aucun calendrier de reprise ne nous sont proposés par nos tutelles, regrette Benoît Lavigne. Nous devons donc attendre des jours meilleurs : que la vaccination produise ses effets, que l’épidémie régresse et que les hôpitaux et les services de réanimation ne soient plus sous tension. »

Derrière ce constat, qui se veut objectif, le directeur du Lucernaire souhaite néanmoins dénoncer la vision et l’action arbitraire du gouvernement français : « La Culture, pour ce gouvernement, n’est pas essentielle car la décision de fermer les établissements culturels est avant tout une décision politique et non une mesure de protection sanitaire : il y a moins de risque à se rendre dans un théâtre, un cinéma ou au musée que d’aller dans un supermarché ou de voyager dans un train bondé. »

L’artiste évoque un constat d’échec et s’interroge : « Comment réagir ? Que faire aujourd’hui face à cette iniquité et à l’incertitude à laquelle nous sommes confrontés ? » Comme l’écrit Pierre Monastier à l’occasion du cinquantième anniversaire du lieu, « le Lucernaire tire son nom de ce moment où, dans la liturgie chrétienne, devant l’affaissement du jour et l’expansion des ténèbres, les croyants allument leurs chandelles et font monter leur louange vespérale ». Or cette lumière est aujourd’hui éteinte – toutes ces chandelles : les salles de théâtre, la librairie, le restaurant, le bar, les salles de cinéma, la galerie d’expositions… Seule l’école d’art dramatique continue de fonctionner, dans le strict respect des mesures sanitaires.

Si Benoît Lavigne évoque des travaux d’embellissement, son désir aujourd’hui « est plus que jamais de rejouer, de recevoir au plus vite notre public et de le faire dans les meilleures conditions de sécurité sanitaires possibles mais, prévient-il, sans des contraintes telles qu’un couvre-feu ou un passeport vaccinal qui rendraient toute reprise trop contraignante ».

La crise frappe violemment quantité de lieux culturels. Le Lucernaire en a certes vu d’autres, lui qui a connu nombreuses difficultés, essentiellement financières, même après sa reprise par les éditions l’Harmattan en 2004. Toutefois, les équipes administratives, sur le pont, « travaillent à atténuer nos difficultés économiques ».

Et le directeur de conclure sous la forme d’un vœu : « Les théâtres, les musées, les cinémas, les salles de concerts, tous les arts mais aussi les restaurants et les bars doivent maintenant, rapidement et librement, retrouver leur place au cœur de notre société car ils nous sont indispensables pour vivre. Le Lucernaire, lieu de culture et de l’art de vivre par excellence, n’a qu’un souhait, celui de bientôt vous retrouver. »

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Crédits photographiques : Eddy Brière