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Carrière et parenté : Londres ose le partage de rôle !

Carrière et parenté : Londres ose le partage de rôle !
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Pour ménager vie de famille et carrière, les acteurs et actrices du West End, aire urbaine de Londres qui regroupe la majorité des grands théâtres londoniens, proposent une solution : partager leur rôle avec un autre acteur. Cette idée émerge parmi d’autres initiatives, signe d’un changement de mentalité en faveur des parents artistes.

En montant sur les planches huit fois par semaine, week-end compris, les stars du West End n’ont que peu de temps à consacrer à leurs enfants – à moins de sacrifier leur carrière. Pour ménager vies de famille et professionnelle, certains ont décidé de tenter une initiative : le partage de rôle avec un autre acteur, car les papas sont tout aussi concernés que les mamans, pour alterner les représentations. Un forum de mise en commun des opportunités a récemment été lancé en ligne par Florence Andrews, une actrice britannique qui se produit dans la comédie musicale School of Rock. À la mi-février, il comptait déjà plus de 300 membres.

Répandre le système de l’alternance

Si l’initiative fait sens, elle n’est pas tout à fait nouvelle. Certaines actrices, devenues jeunes mamans, ont déjà eu recours à ce genre d’organisation pour s’occuper de leurs bébés, tout en continuant de se produire sur scène.

« Les régisseurs pratiquent aussi ce partage d’emploi, mais c’est plus facile pour ce type de fonction que pour les acteurs », estime Virginia Wilde, en charge du West End au sein du syndicat britannique d’artistes Equity. La volonté des professionnels de la scène serait donc d’étendre plus largement la pratique aux acteurs et actrices.

D’un point de vue juridique, il existe déjà des contrats permettant la mise en place de ce partage de rôle. « Quand un show est très fatigant, les comédiens ont la possibilité d’alterner avec une autre personne pour ne travailler que six représentations sur huit, poursuit Virginia Wilde. Ce sont des accords que le syndicat a contribué à créer. Un employeur peut tout à fait utiliser cet outil pour mettre en place un système de partage d’emploi. »

Inciter les théâtres

D’un point de vue pratique, la mise en place du système se complique un peu. Il y a d’abord, bien sûr, la question des coûts. « Les deux acteurs devraient être présents lors des répétitions et il faudrait prévoir des costumes adaptés pour chacun d’eux alors qu’ils reviennent parfois très chers », souligne encore Virginia Wilde.

Autre difficulté, l’effet d’appel des têtes d’affiche. Ne pas voir son acteur préféré pourrait décevoir certains spectateurs. La syndicaliste considère néanmoins que la majorité d’entre eux se déplacent pour les shows en eux-mêmes, plus que pour les artistes.

Enfin, subsiste encore la question du changement d’habitude et de mentalité. Pour Cassie Raine*, actrice impliquée dans la question, le monde des arts performatifs britannique est prêt pour ce genre d’évolution. En 2016, elle a lancé avec une associée la consultation appelée Parents and Careers in Performing Arts Campaign (Pipa). Plus de 400 personnes ont répondu présentes lors de la première session, signe de l’intérêt porté au sujet. Un an après, elle a transformé cette consultation en entreprise pour faire des recherches et inciter le changement dans la profession. Selon elle, le partage de rôle peut se développer, mais il faut accompagner les productions dans sa mise en place, par exemple pour gérer la question du cachet. Pipa a travaillé sur le sujet et émis des propositions.

Aménager les horaires

La fondatrice de l’entreprise considère néanmoins que le partage de rôle ne peut être la seule solution au problème. « Chaque représentation et chaque situation est différente, il faut donc trouver des idées pratiques qui répondent à chaque besoin. »

L’un des premiers éléments identifiés pour aider les artistes parents consiste à mieux communiquer sur le sujet et à faire connaître leurs difficultés d’organisation. Pipa Campaign a aussi effectué une recherche pour repérer les bonnes pratiques qui existent déjà et essayer de les répandre. « Rien que le fait de programmer les choses en avance permet aux parents de mieux s’organiser, avance la fondatrice. Autre exemple, l’English Touring Company a réduit les horaires de répétitions par jour pour permettre aux parents de récupérer leurs enfants à la sortie de l’école. »

Pour inciter les producteurs et directions à s’impliquer dans la démarche, Pipa a établi une charte de neuf recommandations. Elle comprend par exemple le fait de nommer une personne en charge d’élaborer des stratégies pour prendre en compte les besoins des parents, ou encore l’organisation de rôles qui rend possible le partage entre deux acteurs.

Chloé GOUDENHOOFT

Correspondante Grande-Bretagne

* Cassie Raine a établi des liens avec des groupes similaires aux États-Unis et cherche à étendre la discussion de ce côté-ci de la Manche. Pour la contacter : pipacampaign@gmail.com.



 

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