Le Sri Lanka exporte peu ses films et ne saurait faire concurrence à l’Inde, mais ses paysages et les conditions de tournage que le pays offre attirent les productions internationales. Si les artistes et techniciens locaux sont bien payés quand ils travaillent pour des étrangers, ils le sont nettement moins dès lors qu’il s’agit de projet nationaux, et ne bénéficient pas vraiment de protection sociale efficace. Enquête.

Le Sri Lanka présente une alternative intéressante à l’Inde pour les productions cinématographiques qui doivent se situer en Asie : Le Pont de la rivière Kwai (1957) ou Indiana Jones et le temple maudit (1984) ont notamment été tournés dans le pays*. Si les équipes locales bénéficient de cette manne étrangère, qu’en est-il de leurs conditions de travail ? « Le Sri Lanka n’a pas vraiment de système de protection sociale, explique Ainsley de Silva, producteur associé à la société sri-lankaise The Film Team. Il n’y a donc pas d’assurance pour le chômage ni pour la santé. Il existe un fonds pour la retraite, pour les entreprises du privé et le public. Mais comme la plupart des professionnels du cinéma sont indépendants, ils n’en profitent pas. » Ils n’ont pas de vacances payées, seulement un jour de congé par semaine lorsqu’ils sont en contrat. Comme ailleurs dans le monde pour ce secteur, les jours fériés ne leur sont pas donnés.

Salaires du simple au double en fonction du statut

La situation est la même pour les professionnels salariés. C’est le cas par exemple de Darshana Pushpakumara, machiniste au sein de la société Film Equipement Gallery. « Je n’ai ni fonds de retraite ni vacances », confirme-t-il. Il a donc recours à des assurances privées pour anticiper l’avenir. « Mais être dans une société permet d’avoir du travail en continu. Je suis sur deux ou trois films par an, et lorsqu’un projet se termine, on me positionne sur une publicité par exemple. » Lorsqu’il travaille pour une production nationale, il touche 10 000 roupies par mois (62 euros), ce qui correspond au minimum national selon la fondation Wage Indicators. En revanche, le salaire journalier peut grimper à 10 000 ou 15 000 roupies quand il s’agit d’une production étrangère. Par comparaison, un figurant européen peut être payé à même hauteur que les professionnels locaux à la journée… Et les équipes locales ne seront pas logés dans les mêmes hôtels que les équipes internationales – mais cette situation n’est pas spécifique au pays.

Heures supplémentaires payées pour les productions nationales

Brian Rathnasekara, premier assistant caméra indépendant, explique que les conditions financières sont meilleures pour les indépendants. Mais ce n’est pas suffisant à ses yeux. Professionnel du secteur depuis 1992, il a lancé, il y a 4 ans, sa propre entreprise pour aider les étudiants sri-lankais en cinéma à se former à Singapour. « C’est mon plan de retraite ! », explique-t-il, ce qui ne l’empêche évidemment pas d’accepter les éventuels projets cinématographiques qu’on lui propose.

Petite nuance, les contrats internationaux sont payés à la journée ou à la semaine. S’il y a des heures supplémentaires, elles ne sont donc pas payées ; les professionnels peuvent toutefois bénéficier de deux jours de repos au lieu d’un seul par semaine. Les heures supplémentaires sont payées pour les films nationaux au-delà de 8 heures de travail et par tranche de 4 heures. « Un indépendant peut être payé par exemple 2 400 roupies (15 euros) pour 8 heures, 3 750 roupies (23 euros) au-delà de 8 heures et 5 000 roupies (31 euros) au-delà de 12 heures », précise par exemple Darshana Pushpakumara. Les films étrangers restent donc intéressants pour les équipes locales… à condition de parler l’anglais ! Pour Ainsley de Silva, cette compétence pose parfois problème : l’acquisition de la langue reste une priorité pour les professionnels du secteur, comme pour le développement de l’industrie cinématographique du pays.

Chloé GOUDENHOOFT

* Ironie du sort, c’est en Inde qu’ont été filmées les actions du film Dheepan (Jacques Audiard, Palme d’or 2015) censées se passer au Sri Lanka.


France – Sri Lanka, des liens cinématographiques très discrets

La France tourne peu au Sri Lanka, car ses besoins en termes de paysages sont notamment limités. Néanmoins, à l’occasion du mois de la Francophonie 2016, le Festival Bonjour Cinéma ! (Canada, Roumanie, Suisse, Tunisie, Vietnam et Belgique) a été organisé en mars à Colombo et à Kandy. Réalisé en partenariat avec la National Film Corporation* de Colombo et Agenda 14, une plate-forme sri-lankaise dédiée aux activités liées au cinéma, l’événement avait pour but de renforcer la coopération entre délégations francophones et sri-lankaises. Il était présidé par Vimukthi Jayasundara, réalisateur sri-lankais primé à Cannes pour son film Sulanga Enu Pinisa (caméra d’or), et qui travaille régulièrement avec la France. Le Centre national du cinéma explique que des films sri-lankais ont été soutenus par le Fonds sud, mais pas encore par l’Aide au Cinéma du Monde. Rien, en revanche, concernant les Français qui souhaiteraient travailler sur place…

C. G.

* The National Film Corporation of Sri Lanka, www.nfc.gov.lk, est l’autorité qui délivre les autorisations de tournage et de partenariat avec le pays.


Photo de Une : Brian Rathnasekara.