C’est une première en France. L’IRMA (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles) s’est penché sur les startups françaises spécialisées dans le domaine musical. Cette enquête, dédiée aux entreprises innovantes, permet de redessiner les contours de l’écosystème musical et d’en savoir un peu plus sur ces jeunes pousses, qui pourraient un jour devenir des géants. Rencontre avec Fabrice Jallet, expert à l’Irma.

Au total, 250 startups françaises interviennent dans le domaine de la musique et 87  d’entre elles ont répondu à cette enquête. « L’objectif de ce travail  est double : pouvoir dans les années à venir surveiller l’évolution de ces jeunes pousses, mais aussi  mieux comprendre l’innovation dans le secteur musical », explique à Profession Spectacle Fabrice Jallet, expert à l’Irma. « Les professionnels de la musique ont trop souvent peur des bouleversements nés des innovations. Nous voulions ainsi rapprocher ces deux mondes, monter qu’ils sont complémentaires. » Dans cette masse de chiffres et de graphiques, cet expert nous a justement aidé à y voir plus clair.

1. Des innovations qui s’adressent majoritairement aux professionnels.

« Contrairement à l’image qui est véhiculée par les médias, ces startups offrent majoritairement des services, non pas aux consommateurs, mais aux professionnels eux-mêmes », analyse Fabrice Jallet. L’écosystème est plus profond que ce que l’on peut penser. » Concrètement, 86 % développent des offres destinées aux métiers de la musique, proposant ainsi des outils de recrutement, de paie, de récupération de droits, ou encore d’aide à la diffusion d’une programmation de spectacles sur le web, comme Sowprog. Ces innovations sont majoritairement des applis web (pour 74 % d’entre elles) et des applis mobiles (44 %).

2. Des fondateurs qui n’ont pas forcément toujours travaillé dans la musique.

L’étude dresse en effet le profil type de l’entrepreneur en se fondant sur les 116 fondateurs qui ont joué le jeu. Résultat : c’est un homme, âgé en moyenne de 34 ans, titulaire au minimum d’un bac +5 et qui est formé au marketing. Mais plus surprenant, seulement 46 % d’entre eux ont déjà travaillé dans la musique avant de se lancer dans l’aventure. Pas d’explication dans cette enquête mais, pour Fabrice Jallet, les startups naissent d’une équipe dans laquelle, si le fondateur n’a pas forcément baigné dans le monde de la musique, ses partenaires l’ont été.

3. Des « business angels » plutôt que le soutien des entreprises du secteur musical.

Comment se financer ? Comme dans tous les secteurs, c’est le nerf de la guerre. L’étude révèle que 33 % de ces jeunes pousses démarrent avec moins de 10 000 euros et que, pour plus de la moitié d’entre elles, ce capital initial est constitué par les fonds personnels des fondateurs. Plus d’un an après leur création, elles ont besoin d’en lever de nouveaux. Et c’est le plus souvent (76 %) des « Business Angels » qui volent à leur secours. Comprenez des particuliers qui investissent leurs fonds propres dans l’aventure et non l’industrie musicale elle-même. « C’est souvent un membre du réseau que ces startups ont pu constituer. Cela peut être un artiste, un producteur… », complète le spécialiste de l’Irma.

Celles qui ont eu recours à l’emprunt (41 %) ont sollicité les banques, mais curieusement peu la BPI (Banque publique d’investissement) ou l’Ifcic, établissement financier pourtant dédié au secteur culturel, relèvent à juste titre Les Echos. Le quotidien économique note également que deux emprunteurs sur trois n’ont jamais adressé de demande à ces deux institutions, pourtant créées pour accompagner et aider les startups.

Par contre, ces dernières s’appuient largement (60 %) sur les incubateurs ou des accélérateurs (en école ou en entreprise) pour bénéficier d’un accompagnement.

4. Moins de 300 000 euros de chiffre d’affaires.

En 2015, 18 % seulement des entreprises consultées réalisaient plus de 300 000 euros de chiffre d’affaires. 22 % des startups avaient un résultat nul. Et sur la durée, l’entreprise génère en moyenne un chiffre d’affaire au bout d’un peu plus de six mois.

5. Deux ans pour être viable.

Lancer un nouveau concept ou concrétiser une idée, c’est un pari. L’étude va permettre, dans les années à venir, de connaître le nombre de ces entreprises qui l’ont réussi ou non. Mais l’étude donne tout de même quelques enseignements sur cet aspect. Il leur faut en moyenne deux ans pour atteindre une vitesse de croisière.

Jacques GUILLOUX