Fermés depuis la fin mars, les théâtres londoniens créent des initiatives pour soutenir leurs artistes. Un accord a notamment été mis en place avec le syndicat Equity pour garantir les contrats en cours.

Juste avant la crise sanitaire, la société des théâtres londoniens se réjouissaient de son dernier rapport d’audiences. Plus de 15,3 millions de spectateurs sur un an, soit un demi-million de plus que Broadway, avec 80,7 % des sièges disponibles remplis et 913 millions d’euros de recette.

Mais voilà, comme ailleurs en Europe, les salles de spectacles britanniques ont dû fermer leurs portes à partir du vendredi 20 mars. Face à cette situation inédite, plusieurs initiatives ont été mises en place pour soutenir les acteurs et actrices.

Le numéro de soutien Theatre Helpline, lancé en 2018 par la SOLT (Society of London Theatre) et UK Theatre, continue de fonctionner pendant le confinement. « Le service enregistre un nombre supérieur d’appels et de courriels depuis le début de la crise, explique Eva Mason, attachée de presse de la SOLT. Les opérateurs ont été formés pour répondre aux demandes spécifiques liées au coronavirus. » Ouvert 24 heures sur 24, ce service permet d’aborder des problèmes de santé physique et mentale mais aussi des questions de difficultés financières ou de carrières. En partenariat avec les principales associations de théâtre, le site Support for Theatre Professionals during Coronavirus a aussi été créé pour recenser les informations et les ressources mises à disposition pour soutenir les artistes.

Aide gouvernementale pour les indépendants

Afin de sécuriser les contrats en cours pour les artistes du West-End, un accord a été passé entre la SOLT et le syndicat Equity. « Pour tout spectacle qui reprendra après l’ouverture des théâtres, les artistes verront leur contrat prolongé pour la durée de la période de fermeture », poursuit Eva Mason.

En ce qui concerne la rémunération des acteurs, ce sont les producteurs qui doivent faire leurs propres arrangements. Toutefois, de nombreux artistes devraient avoir droit à la compensation étatique mis en place pour les travailleurs indépendants. Il leur sera possible de demander 80 % de leurs revenus jusqu’à un maximum de 2 863 euros par mois.

Pour les aides financières, l’association Make a Difference Trust a lancé un fonds pour offrir un apport de 230 euros maximum pour couvrir des dépenses exceptionnelles liées au virus. Mais cette aide financière sera accordée en priorité à ceux qui ont participé aux levées de fonds organisées par l’organisme.

Mission créative

En plus des soutiens psychologiques et matériels, certaines compagnies ont aussi voulu continuer de faire vivre la création durant la période de confinement. Le théâtre de Stratford East a proposé aux infirmiers, caissiers, travailleurs sociaux et tout professionnel qui participent à l’effort de lutte contre le virus de décrire leur expérience dans une vidéo. Les monologues seront utilisés pour créer une pièce virtuelle, jouée et enregistrée par des acteurs professionnels et membres de la Young Actors Company. Le projet final sera ensuite diffusé en ligne gratuitement.

« Alors que nos portes physiques sont fermées, notre mission créative est de donner une voix à ceux qui sont aux premières lignes et rassembler les gens, explique Nadia Fall, la directrice artistique de Stratford East. Nous espérons que ce projet soit à la fois une affirmation de la vie et une réalité émouvante de ce qui vivent les gens en cette période extraordinaire. »

Faire de la crise une opportunité

Comme en France, plusieurs théâtres ont également rendu accessibles leurs spectacles en ligne. La compagnie Ballet Boyz, qui avait anticipé la fermeture des théâtres, avait filmé son spectacle Deluxe en cours de représentation juste avant la fermeture. « Nous faisons déjà des documentaires d’art et des films de danse, nous avions les compétences et la capacité de le faire », explique William Trevitt, un des directeurs artistiques. Le spectacle a été diffusé fin mars sur la page Facebook du théâtre Sadler’s Wells.

Pour le directeur artistique, c’est une manière de maintenir le lien avec le public. « Il fait lâcher prise sur le contenu artistique, estime-t-il Nous serons récompensés par un nouvel intérêt pour les performances sur scène. » William Trevitt considère aussi que toutes personnes qui découvrent des spectacles gratuitement depuis leur canapé deviendront peut-être le nouveau public de demain. La situation, aussi dramatique soit-elle, doit présenter une opportunité. « Je me sens assez optimiste, affirme-t-il. Nous allons apprendre de cette expérience. »

Défi pour les jeunes auteurs

Pour Chris Foxton, président de la compagnie Papatango, cette crise doit être génératrice d’opportunités. « C’est l’occasion de réfléchir à la façon dont on travaille avec les artistes. Comment soutenir la diversité ? Comment rendre plus accessibles des travaux différents ? »

Pour stimuler la création, la compagnie a lancé un défi aux jeunes auteurs de théâtre dès la fermeture. « Nous sommes isolés mais nous avons toujours une voie, commente-t-il. On a demandé aux auteurs de créer un monologue de cinq minutes maximum avant le 31 mars. Nous en avons sélectionné dix, les auteurs seront payés 115 euros. Nous avons ensuite auditionné dix acteurs pour jouer et se filmer eux-mêmes pour 115 euros également. » Les premiers films commencent à être diffusés gratuitement sur le site de la compagnie.

Chloé GOUDENHOOFT

Correspondante Grande-Bretagne

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Crédits photographiques : Chloé Goudenhooft / Profession Spectacle