Malgré le début du déconfinement outre-Manche et les aides financières mises en place pour les professionnels de la culture et du spectacle, le secteur est à l’agonie. Des syndicats et des artistes de renom ont lancé un appel au gouvernement pour éviter les fermetures et la disparition de centaines de milliers d’emplois.

Face aux conséquences de la pandémie, les théâtres britanniques sont menacés de ruine, selon les professionnels du secteur. Le 17 juin, près d’une centaine d’artistes de renommée nationale outre-Manche et six organismes liés au théâtre et à la musique ont envoyé une lettre ouverte au Premier ministre Boris Johnson, ainsi qu’aux ministres des Finances et de la Culture pour faire part de leurs inquiétudes. Leur demande est de trois ordres : soutenir les professionnels, soutenir les lieux de performances et préserver le futur de l’industrie du théâtre et la culture en général.

Selon une enquête menée par la Society of London Theatre, 70 % des salles de représentation pourraient en effet être à court de trésorerie d’ici la fin de l’année. Certains lieux commencent déjà à se débarrasser de leur personnel. Anna*, qui travaille dans l’équipe junior du management d’une des salles du West End, tenue par le groupe Delfont Mackintosh Theatres, vient d’en faire les frais. « On nous a dit que 85 % du personnel allait être renvoyé au 1er août, explique-t-elle. Des entretiens sont organisés pour ne garder que 15 % des employés actuels. » Jusque-là, Anna pouvait bénéficier du chômage partiel. À partir du mois d’août, elle sera donc au chômage tout court.

Un emploi sur cinq menacé

Le monde du théâtre n’est, bien sûr, pas le seul concerné. Selon la Creative Indutries Federation, qui représente la musique, le théâtre, le film, la photographie, la post-production ou encore le design, un emploi sur cinq du secteur créatif pourrait être supprimé, ce qui représente plus de 400 000 métiers. Malgré le système de chômage partiel mis en place, 119 000 personnes en poste fixe pourraient être renvoyées d’ici la fin de l’année.

Les effets du coronavirus s’observent aussi bien à Londres, où un emploi sur six serait menacé, qu’au niveau régional. Dans les West Midlands, au centre de l’Angleterre, deux emplois sur cinq seraient en péril. Un tiers des emplois du nord-ouest et du sud-ouest pourraient aussi disparaître. « Nous avons urgemment besoin d’un fonds de renouveau culturel pour ceux qui ont été frappés le plus durement dans le secteur, notamment les industries qui seront les dernières à retourner au travail, celles qui ne peuvent pas reprendre complètement en maintenant une distance sociale et les professionnels qui ne tombent pas dans les cases des soutiens du gouvernement », défend Caroline Norbury, la directrice de la Creative Indutries Federation.

Prévoir le pire des cas

L’autre inquiétude, selon elle, c’est le risque de rupture nette des mesures mises en place pour soutenir les professionnels telles que le chômage partiel ou l’aide aux indépendants. « Ces mesures ont représenté un soutien financier essentiel pour une grande partie du secteur et ne peuvent pas être coupées du jour au lendemain. » À ce jour, le programme de chômage partiel doit prendre fin le 31 octobre 2020. Pour les indépendants, il ne sera plus possible de demander une aide financière après le mois août… de quoi laisser les artistes, techniciens et professionnels dans l’incertitude pour plusieurs mois.

En réponse à la lettre ouverte, le ministre de la Culture a mis au point cinq étapes de retour à la normale pour les théâtres. Seront autorisés d’abord les répétitions, puis les enregistrements pour diffusion, les représentations en plein air, les représentations en intérieur mais avec public limité et enfin les représentations avec salle pleine. Cette feuille de route a été plutôt bien accueillie par le secteur, mais Julian Bird, le directeur général de la Society Of London Theatre et du UK Theatre, demande des précisions. « Il est essentiel que le gouvernement donne des indications de date pour les étapes 3 à 5 dès maintenant afin que le secteur puisse planifier l’avenir. Sans aucune information, les théâtres et producteurs devront envisager le pire des cas et prévoir d’être fermés pour une longue période. »

Chloé GOUDENHOOFT

* Le prénom a été changé.

 

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