Ils sont le cœur de la musique, ceux qui conçoivent, réparent, entretiennent les instruments. Et eux aussi, avec la crise du coronavirus, sont à la peine. 

Une crise sans précédent et qui touche tous les corps de métiers. Si on ne cesse de répéter ici que les professionnels du spectacle sont parmi les plus durement touchés, ceux que l’on appelle les « facteurs d’instruments », c’est-à-dire les luthiers, réparateurs, vendeurs s’inquiètent encore plus que d’autres. Ils subissent de plein fouet le confinement et les annulations en séries de spectacles qui en découlent. Certains craignent même de mettre la clé sous la porte, comme le rapporte ce reportage de France 3 Nord.

« Le retour à la normale n’est pas à envisager avant longtemps, très longtemps« , estiment, unanimement, plusieurs luthiers français, interrogés par France Musique. Pour prendre le pouls de la profession, la Chambre syndicale de la facture instrumentale (CSFI) a envoyé deux questionnaires à près de 4 000 entreprises. Des sondages précieux qui nous renseignent sur la manière dont ils vivent la crise et des perspectives peu réjouissantes qui s’offrent à eux.

Un secteur à l’arrêt

Après avoir réalisé une première enquête le 29 mars, la CSFI a effectué un deuxième sondage afin de faire un point d’étape après un mois de confinement.

Et le constat est catastrophique, avec 94,6 % des entreprises partiellement ou totalement à l’arrêt et 88,18 % d’entre elles qui ont vu leur chiffre d’affaires chuter au mois d’avril.

Plus de 63 % des professionnels qui ont répondu au questionnaire n’ont pas pu maintenir une activité, et 7 % n’ont pas pu payer les factures de leurs fournisseurs.

Autre difficulté mise en exergue : la difficulté d’accès aux aides proposées. Près de 45 % des sondés ont eu besoin d’aide pour connaître, comprendre et savoir comment bénéficier des mesures de soutien déjà existante. Et pour la grande majorité, c’est en se tournant vers leur expert-comptable qu’est venue la solution.

Enfin, une note d’espoir dans ce marasme : si 17 professionnels sur les 400 qui ont répondu estiment qu’ils vont devoir mettre la clé sous la porte, une grande majorité garde espoir de surmonter cette crise.

Flou sur les conditions de réouverture

Mais ces artisans et commerçants sont-ils prêts pour le 11 mai et à ce qui ressemble davantage à un desserrement du confinement plutôt qu’à un déconfinement ? Pas sûr. Le sondage montre qu’ils semblent quelque peu désemparés pour déterminer les mesures à prendre pour la relance de leur activité. S’ils sont capables d’évaluer ce qui leur manque, la fourniture de gants, de gel ou encore de masques posent, à l’image du pays de manière général, problème.

11 préconisations pour sortir de l’ornière

La Chambre syndicale veut prendre les devants et, pour y arriver, propose onze préconisations pour soutenir la filière. Les premières mesures concernent le déconfinement progressif : la CSFI envisage de s’associer au Pôle innovation de la facture instrumentale de l’Institut technologique européen des métiers de la musique (ITEMM), école basée au Mans et reconnue dans le monde entier dans la formation des futurs facteurs d’instruments, pour proposer des solutions concrètes à appliquer dans les ateliers de fabrication, de réparation et dans les magasins : comment bien manipuler, bien stocker, bien désinfecter les instruments de musique…

Les professionnels veulent également obtenir l’autorisation de rouvrir des ateliers de lutherie (tout type d’instruments) et des magasins de musique généralistes et spécialisés sur un système de rendez-vous type « drive », ainsi que la validation d’un protocole pour les interventions à domicile des accordeurs de piano. Outre le déconfinement immédiat, le secteur souhaite la prolongation des aides aux entreprises au-delà du temps du confinement.

Pour relancer la filière, le syndicat propose un soutien direct à l’achat d’instruments de musique, avec la mise en place d’une prime de 1 000 euros, et lance un appel aux collectivités locales pour qu’elles investissent dans l’entretien et le renouvellement des packs instrumentaux de leurs écoles de musique et écoles, en faisant travailler tous les acteurs du territoire.

Jacques GUILLOUX

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