Après avoir licencié ses intermittents du spectacle, Disneyland Paris a réintégré ses employés en contrat court sous la forme du chômage partiel. Une victoire obtenue notamment grâce à l’implication des syndicats, mais qui laisse en suspens le sort des remplaçants.

Comme toujours dans le monde de Disney, c’est une histoire qui se termine bien, ou presque. Au début du mois pourtant, nombres d’intermittents travaillant pour le géant du divertissement ont eu peur pour leurs droits.

Tout commence par une sorte de mauvaise blague le 1er avril. La direction envoie un courrier de rupture à l’amiable des contrats de travail des employés en CDD et CDDU. « On nous a demandé de donner notre accord avant le 2 sans préciser si on avait le droit de refuser », explique Henry*, qui devait travailler au parc d’attraction jusqu’en septembre. L’intermittent estime qu’entre 350 et 450 artistes, techniciens, personnel pour les costumes, etc., ont été concernés. Avec les CDD engagés pour la maintenance du parc, le nombre total est estimé à 1 300 personnes.

Inspection du travail prévenue

Face au refus des employés, le parc envoie ensuite une lettre de rupture anticipée de contrat pour cas de « force majeure ». Selon l’équipe de Disney, que nous avons contactée, cette option était l’une des possibilités envisagées, et puisqu’elle ouvrait les droits au chômage des personnes licenciées, il a été estimé qu’il s’agissait d’un bon compromis. Mais la perspective est différente pour les intermittents du spectacle. « Cela nous faisait perdre nos heures qui sont pourtant nécessaires pour ouvrir nos droits », rappelle Henry.

Face à cette situation, les employés se mobilisent, préviennent l’inspection du travail et contactent la CGT Disney, la CFE CGC et des syndicats de branches tels que le SNAM ou le SFA. Dès le 6 avril, 90 intermittents sont réintégrés au sein de la société dans le cadre du chômage partiel. Même si c’est un signe positif, il reste incompris de la part des intermittents. « Il y avait tous les cas de figure, explique Henry, des étrangers, des Français, ceux qui avaient toutes leurs heures, ceux qui ne les avaient pas, toutes les tranches d’âge… C’était comme si la sélection avait été faite à la tête du client. » Selon Disneyland Paris en revanche, ce premier choix de réintégration avait été fait justement pour les personnes qui n’allaient pas pouvoir toucher de compensation.

Salaire complet jusqu’au 19 avril

Des lettres sont envoyées à Brigitte Macron, réputée pour défendre la culture, et à des élus. Patricia Lemoine, députée de la 5e circonscription de Seine-et-Marne, où se trouve le parc Disneyland Paris, répond aux intermittents le 9, indiquant être intervenue auprès « des autorités compétentes en la matière » et avoir sensibilisé le ministre de la Culture, Franck Riester, sur la question.

Le 11 avril, l’équipe du ministre contacte en effet les intermittents pour leur indiquer que le ministre a pris contact avec la présidente de Disneyland Paris, Natacha Rafalski. Cette dernière s’est engagée à maintenir l’intégralité des 1 300 contrats courts en chômage partiel. Il était prévu qu’ils touchent 84 % de leur salaire net, auxquels s’ajoutent 16 % assurés par Disneyland Paris jusqu’au 19 avril. Depuis le 20 avril, ils ne reçoivent plus que les 84 % de leur salaire prévus par la loi jusqu’à la fin de leur contrat.

Spares

Henry reçoit en effet sa lettre de réintégration dans la société le 16 avril. Selon lui, cette victoire a été obtenue grâce à l’implication de chacun et des efforts des syndicats qui « se sont battus bec et ongles et sans division pour le droit des intermittents ». « Disney tient énormément à son image, cela a aussi joué, ajoute-t-il. Il y a eu des relais dans la presse, on a écrit que Disney voulait faire des économies en licenciant ses intermittents du spectacle, ce qui n’est pas très élogieux… »

Néanmoins, une part d’ombre demeure. « Nous n’avons pas eu de nouvelles concernant le sort des remplaçants, appelés les ‘spares’, qui peuvent être appelés à travailler sur les spectacles, souligne Henry. Ce sont des intermittents qui signent des contrats au jour le jour. On ne sait pas comment la situation va être réglée pour eux. »

Interrogé sur la question, Disneyland Paris nous a dit ne pas savoir de qui il s’agissait. La CGT Disney et d’autres syndicats également contactés à plusieurs reprises sur ce sujet des remplaçants n’ont jamais souhaité donner suite à nos demandes répétées.

Chloé GOUDENHOOFT

* Il s’agit d’un nom d’emprunt.

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